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Chronique

En raison de Price (et un peu de Fleury) : le Canadien en sept

Il fait dévier une rondelle derrière Carey Price.

Max Pacioretty a inscrit un but en trois matchs face au Canadien depuis le début de sa carrière.

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Avant de passer à l’analyse de la série Montréal-Las Vegas, établissons tout de suite un fait : contrairement à une opinion répandue chez nombre d’amateurs, les Golden Knights font bien partie de la Ligue nationale de hockey (LNH). Ils n’appartiennent donc pas à « une autre ligue ».

Au cours des derniers jours, j’ai dû rencontrer au moins 20 personnes qui ont affirmé en grimaçant : Si le Canadien remporte un match durant cette demi-finale, ce sera déjà très bon.

Les amateurs qui s’expriment ainsi souffrent du syndrome du gazon plus vert chez le voisin. À leurs yeux, le hockey qui se pratique dans l’Ouest est toujours nettement supérieur à ce que l’on voit dans l'Association de l’Est. Et en cette saison de pandémie, toujours selon cette frange d’amateurs, toutes les divisions de la LNH, sauf la division canadienne, présentaient du hockey exceptionnel. Ah! vous savez, le Canadien n’est même pas dans la même ligue que ces équipes-là, entend-on.

Soyons un peu sérieux.

Max Pacioretty n’est pas arrivé à Las Vegas en provenance de la planète Mars. On l’a vu jouer à quelques reprises avant qu’il soit expédié au Nevada (à sa demande, d’ailleurs, parce que la pression du marché montréalais l’écrasait).

Il est par ailleurs indéniable que Mark Stone excelle dans les deux sens de la patinoire. On peut même arguer qu’il figure parmi les attaquants les plus complets de la LNH. Mais il y a trois ans, avez-vous entendu quelqu’un plaider le fait que les Sénateurs s’étaient fait voler quand ils avaient cédé Stone et Tobias Lindberg aux Golden Knights en échange d’un choix de deuxième tour, d’Oscar Lindberg et de l’espoir Erik Brannstrom?

Plus de la moitié de la formation partante des Golden Knights (11 joueurs) est encore composée d’athlètes offerts par les 30 autres clubs de la LNH au repêchage de l’expansion de l’été 2017. Des joueurs qui se situaient quelque part au milieu de l'organigramme de leur équipe d’origine.

Il y a quatre ans, donc, les Golden Knights ne sont pas instantanément devenus des aspirants à la Coupe Stanley parce qu’ils misaient sur les meilleurs talents de la ligue. Ils obtiennent du succès parce qu’ils ont hérité, en une seule journée, d’une profondeur que la plupart des équipes de la LNH sont incapables de développer elles-mêmes par la voie du repêchage.

Grâce à cette profondeur, en très peu de temps, les Golden Knights sont aussi parvenus à se façonner une identité et une culture organisationnelle extrêmement fortes. Ils ont vécu une finale de la Coupe Stanley dès leur première saison, et ils en sont déjà à leur troisième présence en quatre ans au sein du carré d’as. Confiants, ils se considèrent comme des aspirants à la Coupe Stanley depuis le premier jour du camp d’entraînement.

Et ils le sont.

Ces précieuses expériences collectives les rendront extrêmement difficiles à sortir du tableau. S’ils prennent les devants dans la série, ils ne s’effondreront pas comme l’ont fait les Maple Leafs. Et si jamais ils se retrouvent en difficulté ou qu’un coup dur survient lors des premiers matchs, ils ne plieront pas bagage en cinq minutes comme l’ont fait les Jets.


Sur papier, cette série semble au moins aussi inégale que celle qui se dessinait entre Montréal et Toronto. Et, rappelons-le, le Tricolore a dû réaliser l’une des plus grosses surprises de sa longue histoire pour se défaire des Leafs.

Il faudrait faire preuve d’une incroyable créativité, et peut-être même d’un brin de malhonnêteté intellectuelle, pour dénicher, dans les statistiques du calendrier normal, des données annonçant une victoire du CH sur Las Vegas.

Cela dit, les Golden Knights commettraient une grosse erreur en sous-estimant leurs adversaires.

La qualité d’exécution (notamment en échec avant) et le niveau d’engagement de la formation montréalaise ont considérablement évolué au cours du dernier mois.

Les Jets, qui avaient pourtant affronté Montréal neuf fois durant le calendrier habituel, n’ont jamais vu venir ce qui les a frappés au deuxième tour des séries. Même si Winnipeg avait tout ce qu’il fallait sur papier pour remporter cet affrontement, les Jets ont été victimes d’un des plus décisifs lessivages des 15 dernières années.

À compter de lundi soir, ce ne seront donc pas deux équipes de ligues différentes qui croiseront le fer. On verra à l’œuvre deux clubs qui misent sur la profondeur, qui excellent à cinq contre cinq et dont la défense s’appuie sur d’excellents gardiens.


Chaque fois qu’on analyse une série éliminatoire au baseball, on doit prioritairement tenir compte de l’identité des lanceurs qui seront appelés à monter sur la butte. C’est inévitable. Le sport est ainsi fait. Et il en va de même avec la position de gardien au hockey.

Lors du printemps Halak, en 2010, le CH s’était affaissé d’un seul coup en arrivant dans le carré d’as. Les Flyers avaient immédiatement détruit l’aura du gardien slovaque, et le reste de l’équipe n’était pas de taille pour Philadelphie.

Puis, en 2014, les espoirs de participation à la finale avaient duré exactement 23 min 15 s. Le temps que Price se fasse blesser par Chris Kreider dans la finale de l’Est qui opposait le Tricolore aux Rangers.

Face aux Golden Knights, pour la première fois de sa carrière, Price aura une réelle chance de mener son équipe jusqu’à la finale de la Coupe Stanley. Il ne s’effondrera pas.

Lors des deux premiers tours, les Golden Knights ont fait face à Cam Talbot et à Philipp Grubauer devant le filet. Avec respect, leur tâche sera plus ardue au cours des deux prochaines semaines.

Reculé profondément dans son filet, Grubauer tente d'arrêter une rondelle face aux Golden Knights.

Philipp Grubauer a accordé au moins trois buts aux Golden Knights lors des quatre derniers matchs de leur affrontement de deuxième tour.

Photo : usa today sports / Stephen R. Sylvanie

On peut aussi se demander comment se comportera Fleury, qui présente un taux d’efficacité inférieure à ,900 contre Montréal depuis le début de sa longue et excellente carrière. Et ce, tant en séries éliminatoires (,892) qu’en saison (,897).

On ne parle pas ici d’un faible échantillonnage ni d’un gardien ayant constamment porté les couleurs d’équipes perdantes. Si Fleury s’avère incapable de renverser cette très lourde tendance, Vegas se retrouvera en position précaire. Pour s’en convaincre, il suffit d’avoir vu Robin Lehner nager devant son filet dans le premier match de la série Colorado-Vegas.

Fleury, par ailleurs, a montré des signes inquiétants dans les deux derniers matchs qu’il a disputés contre l’Avalanche.


En fin de compte, bien que les statistiques favorisent très nettement les Golden Knights, il y a des impondérables intéressants qui favorisent le CH.

Comme l’inexplicable confort que ressentent les Montréalais lorsqu’ils se retrouvent dans un rôle de négligés.

Comme la présence de cinq gagnants de la Coupe Stanley dans le vestiaire.

Et comme cette propension, profondément ancrée dans la culture et l’histoire de l’équipe, à s’appuyer sur un gardien dominant pour causer des surprises de taille en séries éliminatoires.

Dans une récente chronique, j’expliquais que les insuccès des Maple Leafs dans les éliminatoires sont tellement ancrés dans leur culture, que les nouveaux joueurs de cette organisation finissent par s’approprier les défaites du passé et à en porter le poids. Or, le phénomène inverse se produit à Montréal. Les surprises n’y sont pas espérées, elles y sont attendues parce qu’elles se sont souvent produites au cours des 50 dernières années.

Un

À cet effet, un confrère du média Athlétique écrivait il y a quelques jours que, selon son modèle statistique, la LNH a été le théâtre, depuis 2010, de 23 séries éliminatoires dans lesquelles une équipe avait 25 % ou moins de chances de l’emporter.

Les équipes provenant d’une ville autre que Montréal ont une fiche de 2-18 dans une telle situation. De son côté, le Canadien présente un dossier de 3-0, disait-il, en tenant compte de la récente élimination des Leafs.

Après la série Montréal-Toronto, j’étais d’avis que le Tricolore avait atteint son pic de performance et épuisé ses réserves d’émotion. Or, à tous les niveaux, les hommes de Dominique Ducharme ont considérablement élevé la barre depuis.

Le CH ne sera pas une proie facile. Il ne sera peut-être même pas une proie du tout.

Pour toutes ces raisons, j’y vais avec les impondérables, et je choisis le Canadien en sept.

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