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Un week-end crucial de qualifications olympiques pour les karatékas canadiens

Elle tente d'atteindre sa rivale avec un coup de pied à la tête.

Haya Jumaa

Photo : Courtoisie Karaté Canada

Jean-François Chabot

Les meilleurs espoirs canadiens en vue du premier tournoi de karaté de l’histoire olympique tenteront d’obtenir leur billet pour Tokyo ce week-end à Paris.

Huit combattants canadiens seront présents pour ce tournoi de la dernière chance. Parmi eux, l’Ontarienne Haya Jumaa est en lice pour les kumités (combats) chez les 61 kg.

Également, la Britanno-Colombienne Ha Thi Ngo voudra se tailler une place pour les compétitions de katas, ces enchaînements de mouvements exécutés en solo face à des adversaires virtuels.

Comme une majorité d’athlètes de la planète, mais peut-être encore plus sèchement au Canada, toutes deux ont eu à composer avec les contraintes et limitations imposées par la pandémie, dont le report de leur objectif ultime, les Jeux d’été de 2020.

Née à Dubaï, aux Émirats arabes unis, Jumaa est tombée dans la potion des sports de combat dès son plus jeune âge. Fille d’un père et d’une mère eux-mêmes champions du monde de karaté, et sœur cadette d’un frère également couronné sur la scène internationale, elle a vite développé une passion pour le karaté, le taekwondo et le kickboxing.

Émigrée au Canada en 2013 avec sa famille, elle a poursuivi son développement et a choisi de concentrer ses efforts sur le karaté dès l’instant où elle a appris que cette discipline allait être inscrite au programme des Jeux de Tokyo.

Entrave sur sa route

Le 4 décembre 2019, un mauvais coup du sort a bien failli mettre un terme non seulement à sa carrière, mais à sa vie et à celle de sa famille en entier.

Ils roulaient sur l’autoroute 407 à la hauteur d’Etobicoke, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest du centre-ville de Toronto, quand un autre véhicule a lourdement embouti le leur.

Après avoir effectué cinq violents tonneaux, la carcasse de l’auto s’était transformée en étau. Haya Jumaa était coincée entre le siège arrière et le coffre et avait du mal à respirer. Elle s’en tirera avec une commotion cérébrale et une blessure au dos.

Son père, qui est aussi son entraîneur, en a été quitte pour des fractures aux cervicales qui ont nécessité une chirurgie et une hospitalisation prolongée. Une semaine plus tard, Haya Jumaa participait à la séance photo de l’équipe canadienne qui se préparait pour les Jeux.

Au moment où elle devait prendre part aux qualifications olympiques à Rabat, au Maroc, la planète sport au grand complet a été heurtée de plein fouet par la pandémie de COVID-19. Tout s’est arrêté net. Plus de compétitions nulle part et les Jeux olympiques étaient officiellement reportés d’un an.

Avec en plus la fermeture des gymnases au Canada, rendant impossible les séances d’entraînement de groupe, la jeune femme a fait le choix de retourner à Dubaï afin d’y maintenir la forme et d'avoir la possibilité de s’inscrire à quelques compétitions.

Au moment de l’annonce du report des Jeux, je me suis interrogée sur ma motivation à continuer et je me suis rendu compte que rien n’avait changé en moi. Je me suis dit que j’avais une année de plus pour développer mes habiletés. J’ai pris ça comme un cadeau.

Une citation de :Haya Jumaa, karatéka

Jumaa était alors classée 4e dans sa catégorie. Mais sa longue période d’inactivité lui a nui quand elle a fini par remonter sur un tatami au terme d’une absence de 13 mois de la scène internationale.

Elle est repartie déçue de ses performances lors des étapes de la Premier League de karaté à Istanbul en mars, puis à Lisbonne à la fin avril. En glissant au 6e rang mondial, elle s’est vue reléguée au tournoi de la dernière chance qui se déroule en fin de semaine à Paris. Seules les quatre meilleures du monde ont été automatiquement inscrites au tableau olympique.

Dimanche, elle devra se classer parmi les trois premières de sa catégorie pour obtenir son billet pour le Japon. Sa compétition se déroulera sur une seule journée. Elle pourrait livrer sept ou huit combats.

Ses principales rivales, qu’elle a déjà combattues et vaincues, sont originaires de l’Iran, de l’Ukraine, du Pérou et de la France. Les athlètes seront réparties en deux poules. La phase de groupe sera suivie de la finale où là aussi toutes les karatékas se mesureront les unes aux autres.

À noter que même si son père a fait le voyage vers Paris, il ne pourra pas être à ses côtés pendant sa compétition. Ce privilège est réservé aux entraîneurs du programme national canadien.

Je me suis préparée en sachant que cette compétition allait être différente de toutes celles que j’ai connues auparavant. Il y aura des tests COVID tout juste avant ma période d’échauffement. Et je sais que, pour la première fois, je n’entendrai pas la voix de mon père. Ce sera un défi. Mais j’essaie de me concentrer sur les choses que l’on a préparées ensemble, a conclu Haya Jumaa.

Dans la tête

Les choses ne s’annoncent pas plus simples pour Ha Thi Ngo, qui devra se faire convaincante même si ses adversaires ne seront qu’imaginaires quand elle exécutera ses katas.

Celle qui se fait aussi appeler Rita, surnom que lui a donné son père parce que ses camarades de classe n’arrivaient pas à prononcer son nom d’origine vietnamienne.

Elle a grandi en Colombie-Britannique. Elle a fait ses premières armes en karaté quand elle avait 14 ans et la voici 16 ans plus tard qui frappe à la porte des Jeux olympiques. Comme pour Haya Jumaa, c’est dans la Ville Lumière qu’elle tentera de décrocher une place pour Tokyo.

Les cousines que j’ai suivies au dojo près du salon de coiffure de ma mère n’ont pas continué, mais j’ai adoré ça, surtout quand j’ai découvert l’aspect compétitif de la chose, a dit la jeune femme.

Ce n’est en fait qu’après avoir obtenu de bons résultats à ses deuxièmes Championnats canadiens que Ngo a réalisé qu’elle avait peut-être l’étoffe pour aller plus loin.

Je me suis dit : "Wow, me voilà sur le podium parmi tous ces athlètes de partout au Canada!" J’avais 18 ans et ça m’a ouvert les yeux, raconte la jeune femme qui a eu 30 ans mercredi.

À ses débuts, comme tous ceux et celles qui pratiquaient son sport, elle combinait les kumités et les katas. Elle aimait les deux volets autant l’un que l’autre. Avec le temps, elle a développé une plus grande aisance et a inscrit de meilleurs résultats en katas, d’où son choix de s’y consacrer à 100 %.

Une karatéka en action

Ha Thi "Rita" Ngo

Photo : Courtoisie Karaté Canada

La quadruple championne canadienne en titre (de 2016 à 2019) a aussi récolté des 7es places aux Championnats du monde en 2016 et en 2018, ce qui fait d’elle notre plus bel espoir pour une présence aux Jeux olympiques.

Depuis octobre 2019, c’est au dojo K de Terrebonne, en banlieue nord de Montréal, qu’elle a peaufiné sa préparation aux côtés de son entraîneuse Katarina Vadovicova.

D’origine slovaque, celle-ci a connu une belle carrière sous le drapeau unifolié avec notamment des médailles d’or aux Championnats panaméricains en 2006 ainsi qu’aux mondiaux (WKA) en 1998. Elle non plus ne pourra accompagner Ngo à la compétition.

À l’instar de Jumaa, c’est à Lisbonne en avril que Ngo a participé à son premier tournoi en plus de 14 mois. Les choses ne se sont pas passées comme elle l’espérait, mais elle s’est vite remise au travail.

Nous avons procédé à de nombreuses simulations pour me mettre dans des situations qui ressemblent à celles que j’aurai à gérer à Paris. J’ai traversé une longue période sans compétitions et il est important de me replonger le plus possible dans cet environnement.

Une citation de :Ha Thi Ngo, karatéka

Pour cette ultime qualification olympique, elle a préparé cinq katas qu’elle souhaite parfaitement au point pour impressionner les juges et changer en fonction des compétitrices qui se retrouveront dans le même groupe qu’elle.

Il existe des katas plus courts d’environ une minute et demie, mais il peut devenir important de démontrer que vous êtes capable de soutenir le rythme et la précision dans une routine plus longue de trois minutes, a-t-elle expliqué.

Arrivée à Paris il y a cinq jours, elle aura eu le temps de terminer sa quarantaine à temps pour sa compétition de vendredi.

Le tournoi se déroulera au stade Pierre-de-Coubertin, voisin du Parc-des-Princes. Au total, il y a 24 billets olympiques à récolter dans huit catégories de katas et de kumités. À noter que la moitié de ces places seront attribuées selon la représentation par continent. Près de 500 athlètes de 98 pays y sont attendus.

Pour les kumités, il y a trois catégories de poids chez les femmes (55 kg, -61 kg et +61 kg) et chez les hommes (67 kg, -75 kg et +75 kg), tandis que le poids n’est pas une considération pour les épreuves de katas.

Autres athlètes canadiens à Paris :

  • Kathryn Campbell (kumités féminins -55 kg)
  • Melissa Bratic (kumités féminins +61 kg)
  • Toshi Uchiage (katas masculins)
  • Ryan O’Neil (kumités masculins -67 kg)
  • Mohammad Reza Nikbakhsh (kumités masculins -75 kg)
  • Daniel Gaysinsky (kumités masculins +75 kg)

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