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Courir pour faire le grand ménage de la rue Sainte-Catherine

James Guilbaud et Julien Conte

James Guilbaud aurait pu faire comme tout bon adepte de la course à pied : se lever tôt, enfiler ses espadrilles, puis s'entraîner pour améliorer ses chronos.

Mais ce Montréalais préfère plutôt pratiquer le plogging, c'est-à-dire ramasser les déchets sur son passage et les jeter aux poubelles par souci pour l'environnement.

Il fait déjà chaud. Ce samedi s'annonce brûlant pour les coureurs dans la métropole. Vaut mieux s'attendre à souffrir un peu.

James Guilbaut sort de chez lui avec sa veste remplie d'eau et son sac à déchets. Celui réutilisable, avec des ganses, qu'on utilise normalement pour faire ses emplettes et qu'on laisse dans la valise de son auto. James, lui, le traîne sur son dos.

Ce spécialiste du marketing de 32 ans profite d'une journée de congé pour mettre son plan à exécution, et il n'est pas à son premier rodéo du genre.

Le mot-valise plogging est composé de jogging et du terme suédois plocka upp, qui veut dire ramasser.

James quitte son appartement de l'arrondissement Verdun sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller sa conjointe. James a rendez-vous avec un compatriote français qui l'attend au centre-ville de Montréal près d'une station de métro de la rue Sainte-Catherine.

À leur manière, James et Julien ont le goût de galoper. Ils ont l'intention de procéder à un grand nettoyage. Comme celui que les cols bleus font jour après jour pour que les rues de Montréal restent propres. Toutefois, les deux coureurs, eux, ne touchent pas un sou. Ils ne veulent que mettre la main à la pâte pour assouvir leurs convictions environnementales.

Ce jour-là, ces deux hommes sont prêts à courir l'équivalent d'un demi-marathon pour arriver à leurs fins.

Je veux sensibiliser la communauté des coureurs. Des gens me voient faire et j'espère leur donner le goût d'agir. Il n'y a pas si longtemps, j'avais l'air d'un extraterrestre. Aujourd'hui, c'est mieux.

Une citation de :James Guilbaud

D'un bout à l'autre de la Sainte-Catherine, au pas de course et en se penchant des centaines de fois pour récupérer des ordures sur le trottoir ou au bord du chemin, les deux Français vont se mettre à l'épreuve lors d'un défi de plus de 23 kilomètres, aller-retour.

Allez les Bleus!

J'ai mon sac fétiche que j'utilise chaque fois, renchérit James sous le regard amusé de son ami Julien Conte qui a opté pour des sacs en plastique.

Les deux coureurs d'élite sont de toute évidence heureux de se retrouver pour cette activité. Accompagné de ses jeunes enfants, Julien a déjà prêté main-forte à son copain lors de l'un de ses challenges comme James les appelle.

C'est pas ragoûtant de voir tous ces déchets, mais je me dis qu'on fait notre part. Et si on ne le fait pas, qui va le faire? Sinon, ils vont finir dans le Saint-Laurent à quelques blocs par là-bas. 

Une citation de :James Guilbaud

James s'est donné comme mission de nettoyer au moins une grande rue de Montréal chaque mois en 2021. La Sainte-Catherine est la 5e au programme et la tâche ne s'annonce pas de tout repos. Un tas d'ordures les attend sur leur chemin.

Ça dérange, mais il faut qu'on fasse attention à notre planète, ajoute Julien.

Au sol, il y a effectivement beaucoup de bouteilles et de verres en plastique. Des canettes aussi. Des sacs qui s'envolent au vent. Et tellement de masques, apportés par la pandémie, que des gens insouciants jettent n'importe où après les avoir utilisés.

Il y en a partout !, jure James en enfilant ses gants pour se protéger de toute infection.

À cette heure-ci, la rue Sainte-Catherine est presque déserte. Les deux coureurs n'auront pas à se faufiler parmi les piétons qui se demandent pourquoi ces deux-là semblent si pressés de remplir leurs sacs. 

James et Julien discutent durant leur course, mais ils veulent maintenir un bon rythme. Parfois, ils rebroussent chemin pour ramasser la boîte de frites ou l'emballage d'un hamburger qu'ils n'ont pas vu au premier coup d'oeil près de la porte d'un magasin.

Après à peine un kilomètre, leurs sacs sont déjà remplis.

C'est comme on s'y attendait, disent-ils, avant de verser le contenu de leurs premiers sacs dans une poubelle aux environs du Quartier des spectacles.

C'est beau ici, lance Julien. Je vais revenir! .

James et Julien admirent la propreté des lieux. À proximité, une employée de la ville avec son balai pousse lentement un gros bac à déchets noir au milieu de la rue. Le travail de la dame leur a facilité la tâche.

Premier essai en France

James et Julien se sont liés d'amitié grâce au plogging. Il ne s'agit pas de leur première activité du genre ensemble à Montréal.

J'ai commencé ça il y a 4 ans en France. J'ai pris part à un événement à Nantes avec une centaine de coureurs pour ramasser des déchets. J'ai eu la piqûre. Nous en avions accumulé 252 kilos en une heure. Chaque fois que je cours, c'est-à-dire 3 ou 4 fois par semaine, j'essaye de porter attention aux déchets sur ma route. Je ne le fais pas toujours de cette façon, mais je reste conscient que je peux faire ma part au jour le jour.

James Guilbaud s'est déjà prêté à cet exercice lors du marathon d'Ottawa. Il avait franchi la distance en 3 h 24 min en tentant de ne rien laisser traîner sur son passage. Il a d'ailleurs l'intention de répéter l'expérience au marathon de Montréal en septembre. 

À la mi-parcours, James et Julien n'ont pas ralenti la cadence bien que le temps soit humide. Le dos tient bon.

Il faut souvent se baisser et repartir. C'est demandant, souligne Julien. Il y a des passants qui nous ont demandé si on était payés!

La remarque fait éclater de rire James.

C'est un grand geste de leur part. Il faudrait le faire plus souvent, avoue un passant en admiration. C'est vraiment dégueulasse par terre. C'est une action collective qu'il nous faut. Pas juste celle de deux personnes.

Grâce à eux, la rue Sainte-Catherine est plus propre. Leurs efforts leur ont permis de remplir 27 sacs en moins de quatre heures.

J'ai l'impression que demain la rue sera aussi sale, mais il ne faut pas voir ça de cette manière.

Une citation de :Julien Conte

L'objectif ultime est de nettoyer la rue Notre-Dame à l'automne, insiste James. C'est une affaire de 70 kilomètres. Il faudra bien s'entraîner et j'espère que nous pourrons cette fois-ci être accompagnés.

Effectivement, votre aide sera la bienvenue. Durant la pandémie, James a été forcé de freiner ses élans. 

J'espère pouvoir refaire des événements en groupe, comme en 2019. Inspirer des enfants qui pourraient faire comme nous autour de leur école. Et j'avoue que d'entendre un simple merci d'un étranger pour notre engagement durant une activité comme celle-là, c'est toujours plaisant.

Vous pouvez suivre James sur son compte Instagram @james_runs_streets si vous désirez vous joindre à lui lors de son prochain défi de plogging cet été.

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