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Chronique

La LNH et le plus fascinant laboratoire de hockey au Québec

Gros plan d'un joueur de hockey pendant une période d'échauffement

Zachary Bolduc a profité des enseignements de Denis Francoeur.

Photo : Océanic / Iften Redjah

Il y a neuf ans, avec la collaboration d’une petite école privée de la Mauricie, Denis Francoeur a mis sur pied ce qui est rapidement devenu le plus fascinant laboratoire de hockey jamais vu au Québec. Et plus le temps passe, plus les résultats de cette expérience sont hallucinants.

Les habitués de cette chronique ont plusieurs fois entendu parler de Denis Francoeur. Au début des années 2010, cet ex-entraîneur en chef des Cataractes de Shawinigan a décidé de réunir un groupe de hockeyeurs de sa région qui étaient sur le point d’atteindre l’âge atome (9-10 ans) et de leur enseigner les rudiments de ce sport différemment, sur une longue période.

Incroyablement, neuf ans plus tard, quatre joueurs qui ont fait partie de cette première cohorte des Panthères du Collège Marie-de-l’Incarnation (CMI) voient apparaître leur nom sur la liste finale des espoirs nord-américains de la centrale de recrutement de la LNH.

Et soulignons ici que trois de ces joueurs figurent parmi les 60 meilleurs espoirs du continent, ce qui rend l’affaire encore plus exceptionnelle.

Ces joueurs sont :

  • Zachary Bolduc, centre, Rimouski (LHJMQ), classé 17e (1er tour);
  • Guillaume Richard, défenseur, Tri-City (USHL), classé 32e (1er tour);
  • Jacob Guévin, défenseur, Muskegon (USHL), classé 56e (2e tour);
  • Joaquim Lemay, défenseur, Salmon Arm (BCHL), classé 224e (7e tour).

Un cinquième joueur issu de cette cohorte, le gardien William Rousseau (Québec, LHJMQ), se trouvait sur la liste de la centrale de recrutement en janvier dernier, mais il n’a pas été retenu sur la liste finale, qui ne comporte que 32 noms.

Un autre aspect remarquable de cette histoire repose sur le fait que les cinq jeunes mentionnés plus haut ont tous pris des chemins différents après avoir passé entre six et huit ans au sein de ce fabuleux programme de hockey scolaire québécois.

Quatre d’entre eux ont choisi la route du hockey midget AAA, tandis qu’un autre a décidé de terminer son parcours scolaire. Bolduc et Rousseau ont choisi la LHJMQ. De leur côté, Richard, Guévin et Lemay ont préféré le hockey universitaire américain, et ce choix les a amenés à faire leur stage junior dans des ligues différentes.

En fin de compte, le seul lien qui les unit tous est l’apprentissage dont ils ont pu bénéficier, du primaire jusqu’à l’adolescence, dans le programme piloté par Denis Francoeur.


À l’origine, et c’est toujours le cas aujourd’hui, l’objectif du programme se déclinait en deux axes. Premièrement, je voulais miser sur le développement des habiletés individuelles des joueurs (patinage, contrôle de la rondelle et tirs) sans jamais me soucier de la victoire. À la vitesse où le hockey est joué de nos jours, il faut être extrêmement habile. Sinon, on se retrouve rapidement sur la voie d’évitement.

Notre deuxième pierre d’assise était le développement du QI hockey des jeunes. Et je pense que c’est ce qui nous a placés dans une catégorie à part. Il y a toujours eu un questionnement à savoir si le sens du hockey est inné ou acquis. Or, il est clair que l’intelligence sportive s’enseigne et se développe, explique Denis Francoeur.

Ça fait plus de six ans que je garde un oeil sur le développement du programme de Denis Francoeur, qui est maintenant hébergé par le CMI (pour les élèves du primaire) et par le Séminaire Saint-Joseph en ce qui a trait aux élèves du secondaire. La saison prochaine, le CMI cédera sa place à un regroupement d’écoles primaires mauriciennes qui souhaitent partager les bénéfices du programme. J’y reviendrai plus tard.

En 2019, j’avais publié cette chronique soulignant le fait que 35 % des joueurs de l’équipe québécoise participant aux Jeux du Canada provenaient de la Mauricie, ce qui était totalement inusité, et que 25 % de l’équipe avait été formée par Denis Francoeur au CMI.

Cette année-là, pour la première fois depuis les Jeux de 1987, le Québec avait d’ailleurs remporté la médaille d’or.

Au cours des dernières années, plusieurs événements ont validé la qualité de l’enseignement que nous avons fait auprès de nos joueurs. Il y a eu la sélection d’Équipe Québec, les sélections d’Équipe Canada, les repêchages de la LHJMQ et de la USHL et les engagements qu’ont pris plusieurs universités américaines envers nos joueurs. Mais le fait de voir quatre de nos anciens sur la liste de la LNH, c’est très particulier, soutient Denis Francoeur.

Notre programme tient la route. Ça se reflète dans les commentaires que nous font les entraîneurs qui accueillent nos anciens joueurs. Les entraîneurs le remarquent immédiatement quand un nouveau venu sait vraiment jouer au hockey. Souvent, même s’ils en sont à leur première année à un niveau supérieur, nos anciens sont jumelés aux meilleurs joueurs de leur nouvelle équipe.

Ce dernier explique que 80 % de son enseignement est axé sur les notions de tactique offensive individuelle.

C’est ce qui est le plus difficile à enseigner et le plus difficile à acquérir : comment utiliser les espaces libres, comment créer de la vitesse, comment se démarquer et comment s’appuyer les uns les autres, ou comment créer des mouvements qui sèment la confusion chez l’adversaire. On met un temps fou là-dessus. Au final, ça donne des joueurs qui se démarquent énormément.

Quant à l’aspect défensif du hockey, on s’y consacre aussi, mais jamais dans une notion de système de jeu. On enseigne la bonne utilisation du bâton, le positionnement en territoire défensif, la manière d’effectuer une bonne transition et les notions de repli défensif, ajoute l’entraîneur de 58 ans.


C’est en 2015 que j’ai vu jouer pour la première fois cette cohorte de joueurs nés en 2003. L’équipe de Denis Francoeur participait alors à la finale de la Ligue de hockey préparatoire scolaire. Et à mon grand étonnement, les joueurs de la formation du CMI n’occupaient pas de position fixe.

D’une période à l’autre ou d’une présence à l’autre, à leur gré, les joueurs pouvaient passer du centre à l’aile, et même du rôle d’attaquant à celui de défenseur.

Cette façon d’enseigner le hockey est encore systématiquement en vigueur avec nos plus jeunes joueurs. Et même au sein de nos équipes M-18, nos joueurs reçoivent la consigne de changer de position à l’entraînement et parfois dans certains matchs.

Ça fait partie de l’expérience acquise. Ça développe une meilleure capacité d’adaptation. Aussi, le fait de saisir les nuances de toutes les positions stimule l’intelligence du jeu. Si un ailier se rend compte que son défenseur est soumis à un échec avant intense de l’adversaire, il saura mieux le supporter parce qu’il l’aura lui-même vécu.

De la même manière, un joueur polyvalent peut reconnaître qu’un droitier patrouillant le flanc gauche ne dispose pas des mêmes options de jeu qu’un joueur gaucher, souligne Francoeur.

Le plus intéressant de l’affaire, c’est que cette façon d’enseigner le hockey a produit des effets qui étaient inattendus au départ.

Cette approche a permis à des joueurs de découvrir une passion pour la position de défenseur. Quand ils sont arrivés chez nous, Guillaume Richard, Jacob Guévin et Joaquim Lemay étaient tous des attaquants. Et de fil en aiguille, ils ont exprimé le souhait de jouer en défense. Et les voilà sur la liste de la centrale de la LNH!

C’est doublement intéressant parce qu’en général, nous développons très peu de défenseurs de haut niveau au Québec. Dès le plus jeune âge, on a tendance à demander aux joueurs plus talentueux de camper un rôle d’attaquant parce que les parents veulent voir des buts. Mais si on veut développer des défenseurs qui s’impliquent dans le jeu et qui atteignent des standards très élevés, il faut offrir aux meilleurs la chance d’occuper cette position.

Au bout du compte, le plus important, c’est que l’enfant se sente bien et ressente du plaisir à pratiquer son sport.


En écrivant cette chronique, j’imagine de nombreux lecteurs assis sur le bout de leur siège et qui se demandent pourquoi la géniale expérience menée par Denis Francoeur n’est pas reprise à plus grande échelle au Québec.

C’est un de mes rêves les plus fous, avoue-t-il. J’essaie parfois de m’imaginer ce que ça donnerait si on me confiait le mandat d’appliquer cette méthode dans l’ensemble d’une région. Ça pourrait être une région où le bassin de joueurs est moins élevé ou une région qui, pour une raison ou une autre, développe moins de joueurs de haut niveau. Peu importe. Je suis certain que ça donnerait des résultats intéressants après quelques années, dit-il.

Malheureusement, ce n’est pas de cette façon que les choses fonctionnent par les temps qui courent dans le hockey québécois. Au lieu d’innover et d’adopter les meilleures pratiques disponibles, on déploie souvent des efforts énormes pour protéger des structures. On nivelle vers le bas.

Comme je l’ai mentionné dans une récente chronique, les fonctionnaires du ministère de l’Éducation (la Direction du sport, du loisir et de l’activité physique) sont engagés dans une espèce de guerre sainte qui vise à faire disparaître la Ligue de hockey préparatoire scolaire.

Et en rayant de la carte la Ligue de hockey préparatoire scolaire, la DSLAP veut du même coup éliminer les programmes de hockey scolaire M-12, qui s’adressent à des jeunes du primaire. Des programmes exceptionnels comme celui de Denis Francoeur, qui commence pourtant à peine à produire des fruits exceptionnels. Le genre de programme qu’on devrait vouloir reproduire au lieu de chercher à les éliminer.

Pourquoi? Parce que Hockey Québec veut rétablir le monopole dont jouissait auparavant sa structure de hockey civil. Bref, cette histoire se résume à une petite et bête guéguerre de pouvoir et de territoire.

On n’en sort jamais.

Comment la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest, peut-elle appuyer pareille calamité?

Je ne comprends pas ce gouvernement. Comment peut-on en arriver à vouloir priver des enfants de jouer au sein d’un bon programme de hockey soutenu par son école? lance Denis Francoeur.

En espérant que la raison finisse par triompher, nous continuerons assurément à suivre l’évolution du programme de l’Académie de hockey Denis Francoeur.

Au sein des cohortes qui se sont enchaînées après celle de 2003, on retrouve encore de très beaux talents, conclut l’entraîneur.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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