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Chronique

Quarantaine : nos athlètes olympiques, des sportifs de deuxième classe

Le coureur sourit en tenant un drapeau canadien.

Andre De Grasse

Photo : Getty Images / Paul Gilham

La semaine dernière, on se doutait déjà que le gouvernement canadien allait trouver une solution afin que l’équipe canadienne se rendant en demi-finales de la Coupe Stanley puisse jouer des rencontres à domicile et traverser la frontière sans trop de contraintes de quarantaine. Juste à imaginer la situation, je bouillais de l’intérieur pour nos athlètes olympiques qui allaient peut-être voir les joueurs professionnels millionnaires recevoir un traitement de faveur, alors qu’Ottawa fait la sourde d’oreille pour ceux qui représenteront notre pays dans quelques semaines à Tokyo.

Depuis plusieurs mois, les athlètes olympiques canadiens ainsi que leurs entraîneurs sont dans un casse-tête de la planification pour atteindre un pic de performance à Tokyo. Lorsque l’on parle de planifier un pic de performance, dans certains sports, ça peut être carrément la différence entre l’or et une 20e position. Pour les sports acrobatiques ou artistiques, ce n’est pas aussi grave, mais dans les sports où le chronomètre décide du vainqueur, la science fait foi de presque tout.

Comment expliquer que le gouvernement canadien n’ait rien fait pour ces athlètes?

Plus tôt ce printemps, on a même recommandé aux athlètes et aux fédérations sportives de ne pas faire trop de bruit sur le sujet. Cela laissait donc croire à ceux qui voulaient se plaindre publiquement que quelque chose de positif allait se passer. Sans compter qu’avec Sport Canada qui finance majoritairement le sport au pays, certains n’osaient pas trop critiquer la main qui les nourrit.

Voyant que les efforts de négociation avec le gouvernement ne menaient nulle part, certaines fédérations ont commencé à faire du bruit dans l’espoir d'une solution raisonnable pour nos athlètes, tout en protégeant la santé des Canadiens.

Lorsque l’on parle avec des gens dans le milieu, la solution idéale et sécuritaire aurait été de réduire la quarantaine à sept jours à l’arrivée au Canada, tout en suivant des conditions strictes. Selon les spécialistes du sport, l’impact sur la performance entre deux semaines et une semaine de quarantaine est énorme.

6 juin, 13:45, vlan! La claque dans la figure de nos athlètes olympiques est arrivée, comme prévu.

Ceux qui portent fièrement l’unifolié, ceux qui nous font vibrer pendant deux semaines, ceux qui unissent notre pays entier en chantant l’hymne national, ceux qui inspirent nos jeunes et moins jeunes, ceux qui s’endettent pour y arriver, on vient de leur dire que, politiquement, ils ne valaient rien comparativement aux joueurs de hockey millionnaires.

Je suis complètement hors de moi en écrivant ces lignes, car je sais exactement comment se sentent ceux qui sacrifient leur préparation olympique en raison de cette injustice.

Nos athlètes étaient prêts à faire face à ces défis et acceptaient la réalité de la pandémie qui frappe tout le monde. Voilà pourquoi ils ne désiraient jamais passer devant qui que ce soit pour avoir leur vaccin, même chose pour la quarantaine. Mais là, on vient d’offrir un passe-droit à ces hockeyeurs pour qui ça ne changerait rien de jouer aux États-Unis plutôt que de revenir ici devant des gradins presque vides.

Alors, pour qui a-t-on pris cette décision? Pour quoi? De l’argent?

Non, pas de l’argent, car je ne pense pas que nos élus s’inquiètent vraiment de la condition financière des propriétaires du Canadien ou des Jets, qui s'affrontaient pour le titre de champion de la division canadienne. Non.

Tout ça parce qu’ils ont sûrement évalué que le bonheur collectif du Québec ou du Manitoba de voir son équipe jouer à la maison dans une demi-finale de la Coupe Stanley donnait un différentiel de vote positif, alors qu’un athlète qui manque le podium à Tokyo, ça ne changera rien dans un scrutin.

Peu importe ce que le gouvernement fera pour la suite des choses, il aura clairement démontré qu’à ses yeux, nos athlètes olympiques sont des sportifs de deuxième classe par rapport aux hockeyeurs professionnels.

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