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Chronique

Six mois plus tard, la crise perdure à Hockey Québec

Des chandails d'Équipe Québec

Des chandails d'Équipe Québec

Photo : Hockey Québec

Aux prises avec un climat de travail toxique et empêtrés dans un processus de médiation qui ne semble plus finir, les employés de Hockey Québec continuent de quitter l’organisme à pleine porte.

En décembre dernier, Radio-Canada avait publié les résultats d’une longue enquête révélant l’existence d’un climat de travail toxique au siège social montréalais de la fédération.

Cette enquête avait notamment révélé que 11 des 22 employés de Hockey Québec avaient quitté leur emploi depuis la nomination du directeur général Paul Ménard. Il s’agissait d’un roulement de personnel exceptionnellement élevé dans un milieu où régnait auparavant une grande stabilité.

Or, selon nos informations, trois directeurs de la fédération ont récemment signifié à leur employeur leur intention de prendre leur retraite. Selon deux sources, deux de ces départs surviennent de façon prématurée. Aussi, une secrétaire comptant 28 ans d’ancienneté a remis sa démission. Et il semble que d’autres départs pourraient survenir au cours des prochains jours.

On parle ici d’un taux de désaffection de près de 70 %. C’est extrêmement alarmant. Hockey Québec est en train de se saigner d’une expertise acquise au fil de plusieurs décennies.

Les trois cadres qui ont décidé de quitter Hockey Québec sont la directrice responsable des services aux membres, Ève Asselin, le directeur responsable de la régie, Yvan Dallaire, ainsi que le directeur administratif, Gilles Taillon.

Selon une source, deux de ces départs n’ont pas été annoncés officiellement aux employés. Mais les nouvelles se sont quand même répandues comme une traînée de poudre et ont semé la consternation parmi le personnel.

Ce sont des employés-clés qui auraient pu assurer une transition en douceur dans l’éventualité d’un changement de directeur général, explique une personne bien au fait de la situation.

***

Il y a six mois, pour expliquer leurs difficultés, les nombreux employés et ex-employés interrogés évoquaient des directives contradictoires du directeur général; des réprimandes écrites pour des peccadilles; le fait que des employés aient été subrepticement délestés de leurs dossiers; la microgestion de vétérans en poste depuis plusieurs décennies; une absence de communication; un climat de suspicion ainsi que des conflits entre la direction et des partenaires de longue date de la fédération.

Le 2 décembre dernier, dans les heures suivant la publication de cette enquête, le conseil d’administration de HQ s’était résolument rangé derrière son directeur général Paul Ménard. Et le président du conseil, Yve Sigouin, avait annoncé la mise en place d’un « comité indépendant » présidé par un avocat à la retraite qu’il avait lui-même choisi.

Cette procédure, par laquelle HQ sélectionnait elle-même l’autorité censée enquêter sur ses pratiques et sa gouvernance, ne tenait pas la route.

À Québec, la ministre déléguée à l'Éducation Isabelle Charest avait réagi promptement, promettant notamment de poser les questions nécessaires afin que les employés de Hockey Québec puissent travailler dans un climat sain.

Au bout du compte, le syndicat des employés de HQ et le conseil d’administration se sont engagés dans un processus de médiation chapeauté par un médiateur du ministère du Travail. À Québec, une source de l’entourage de la ministre Charest révèle que c’est nul autre que le médiateur en chef du ministère du Travail, Gilles Lachance, qui a pris le dossier en charge.

Or, depuis que le processus de médiation s’est enclenché, le syndicat et le conseil d’administration se sont engagés à ne pas commenter le dossier publiquement et à ne laisser filtrer aucune information. Cette entente permet sans doute à HQ de préserver son image, mais elle laisse autant les cadres que les employés dans le noir le plus total.

***

Par la bande, vers la fin avril, des employés ont appris qu’après avoir mené son enquête auprès des employés-cadres et syndiqués, le médiateur avait remis un rapport confirmant qu’un climat de travail toxique existe à Hockey Québec.

Toutefois, même s’ils sont les premiers concernés par les conclusions de ce rapport, les employés, les cadres et les syndiqués n’ont jamais pu le lire. Pas plus que les membres de la fédération d’ailleurs.

Invité à s’exprimer sur l’allure du processus de médiation, le président du conseil d’administration de HQ, Yve Sigouin, a répondu par message texte qu’aucun commentaire ne sera fait avant la conclusion du processus. Même son de cloche du côté du syndicat.

Sur le terrain, des membres et des organisations membres de Hockey Québec se questionnent sur la gouvernance de la fédération. Au fil des mois, de nombreux intervenants m’ont écrit afin de savoir si de nouvelles informations circulaient et si les problèmes de relations de travail et de relations humaines qui paralysent HQ étaient en voie de se régler.

À titre d’exemple, à partir des dénonciations qui visaient l’ex-gouverneure générale Julie Payette en juillet 2020, seulement six mois ont suffi pour qu’une enquête soit menée et que le pays se dote d’un nouveau représentant de la reine. Dans ce contexte, il est difficile de comprendre comment il se fait que l’inacceptable crise qui nuit aux activités d’un organisme comme Hockey Québec ne soit pas encore réglée.

L’assemblée générale annuelle de HQ est prévue pour les 18-19 juin. Au train où vont les choses, le conseil d’administration va se réfugier derrière le processus de médiation pour ne pas informer les membres sur cette importante question. On dirait qu’ils veulent enterrer le rapport qui a été fait par le médiateur, estime une source bien au fait du dossier.

Hockey Québec se retrouve dans une situation loufoque. Ses employés continuent à démissionner les uns après les autres et le directeur général responsable de la crise est toujours en place, ajoute un observateur.

Et si le processus de médiation continue de traîner en longueur, c’est donc Paul Ménard qui choisira les remplaçants des employés qui ont démissionné. C’est Ménard qui sélectionnera les collaborateurs clés de son successeur. Ça n’a aucun sens.

Effectivement, ça n’a aucun sens.

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