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Violence dans la LNH : quand chacun y trouve son compte

Ehlers tente de faire une barricade pour repousser les joueurs qui se bataillent.

Lors de la bousculade suivant la mise en échec sur Jake Evans, Nikolaj Ehlers a protégé son adversaire qui était étendu sur la patinoire.

Photo : usa today sports / James Carey Lauder

Jean-François Chabot

Comme c’est chaque fois le cas à la suite d’un geste disgracieux, amateurs et partisans s’insurgent de l’inaction de la LNH pour enrayer la violence. Les professeurs André Richelieu et Éric Brunelle nous disent pourquoi les dirigeants ferment encore les yeux.

Les amoureux du hockey en eux ont été horrifiés par la scène où Mark Scheifele a foncé sur Jake Evans après qu'il eut marqué dans un filet désert pour sceller la victoire du Canadien de Montréal dans le premier match contre les Jets de Winnipeg.

En entrevue à Radio-Canada Sports, André Richelieu, professeur au Département de marketing de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste en éthique et enjeux sociétaux du sport, estime que les commanditaires associés à la LNH pourraient jouer un rôle prépondérant.

Quand on parle des partenaires de la LNH, ce sont quand même des multinationales : Adidas, Apple, Amazon, SAP, Honda, vous avez Canadian Tire ici au Canada, Esso, Labatt, Molson, Tim Hortons… Ce sont des joueurs majeurs qui auraient un poids pour amener la LNH à gérer le dossier de la violence avec sérieux, a-t-il soutenu d’entrée de jeu.

EXTRAIT PROFESSEUR ANDRE RICHELIEU - COMMANDITES LNH

Cependant, les sommes engagées sont colossales et les publicités pendant la télédiffusion des matchs rejoignent une audience à laquelle les annonceurs ne veulent pas renoncer sous peine de perdre leur place aux mains d’un compétiteur direct.

Nous sommes devant une situation grave. On pourrait croire que les consommateurs pourraient bouder parce qu’ils votent aussi avec leur portefeuille. Mais dans le contexte de la pandémie, on essaie de se raccrocher à ce que l’on peut. En tant que consommateurs, le sport est une forme de bouée de sauvetage ou un peu d’oxygène dans ce cauchemar que nous traversons. Donc, ni les consommateurs ni les corporations ne vont faire grand-chose.

Une citation de :André Richelieu, professeur de marketing, UQAM

Il souligne que, contrairement à la promesse faite par le commissaire Gary Bettman en 1993 au moment de l’incident entre Dale Hunter (Capitals de Washington) et Pierre Turgeon (Islanders de New York), la LNH a régressé en ce qui a trait aux peines imposées.

Alors que Hunter avait écopé d’une suspension de 21 matchs, le professeur Richelieu déplore que Scheifele ne soit tenu à l’écart que pour les quatre prochaines rencontres.

Éric Brunelle, professeur et directeur du Pôle Sports HEC Montréal abonde dans le même sens. Il va jusqu’à observer une tendance inverse de tout ce que l’on voit dans les autres grands circuits professionnels.

Je trouve ça décevant. Mais je pense que c’est un peu compréhensible dans la mesure où on le sait d’entrée de jeu que cette ligue revendique une certaine violence. On a déjà choisi (en tant que partenaire) d’être associé à cette forme d’agressivité.

Une citation de :Éric Brunelle, directeur du Pôle Sports HEC Montréal

EXTRAIT ERIC BRUNELLE HEC LNH TENDANCE VIOLENCE

Quant à l’incident qui a tellement fait jaser au cours des 48 dernières heures, M. Brunelle a relevé un autre fait qui dénote à quel point le hockey de la LNH entretient sa propre culture à l’encontre même des valeurs présentes dans la société qui l’entoure.

Je voyais sur les réseaux sociaux de sources crédibles, TSN, qui posait sérieusement la question à savoir quelle est la part de responsabilité de Jake Evans dans le fait qu’il ait été frappé de la sorte. Juste le fait que l’on pose la question démontre à quel point ça n’a aucun bon sens que l’on accepte et que l’on tolère ce genre de geste, a-t-il ajouté.

S’il reconnaît que le changement à opérer est urgent, il ne croit pas que l’étincelle qui l’entraînera viendra de l’intérieur. Selon lui, un événement majeur forcera les dirigeants de la LNH à agir.

En attendant, celui qui détient des abonnements annuels pour les matchs locaux du Canadien affirme qu'il songe sérieusement à ne pas les renouveler.

Je n'ai pas encore vu d'études là-dessus, mais j'ai bien hâte d'en voir parce que j'ai l'impression qu'il y en a beaucoup d'autres comme moi qui considèrent cette option depuis mercredi soir, a-t-il laissé entendre.

Son homologue de l’UQAM croit qu’il pourrait même y avoir récupération d’un éventuel drame au profit des gouverneurs de la LNH.

En marketing, on parle de transfert d’image négatif quand il y a une association qui peut porter ombrage aux commanditaires. Ce risque existe déjà si on en arrivait à un accident mortel. Et ça pourrait très bien arriver à cause de cette clémence que la LNH a à l’égard des gestes violents, a expliqué M. Richelieu.

Je suis déçu du manque de leadership de la Ligue nationale et du manque de courage des entreprises qui, pour des intérêts purement financiers et commerciaux, refusent de se poser en défenseurs des valeurs que l’on devrait retrouver dans le sport.

Une citation de :André Richelieu, professeur de marketing, UQAM

EXTRAIT ANDRE RICHELIEU LNH AVEUGLEMENT VOLONTAIRE

Pendant que les choix et les décisions se prennent selon les sacro-saintes cotes d’écoute et les milliards qu’elles génèrent, sachez quand même que les deux éminents professeurs seront, comme nous tous, rivés devant leur écran de télé pour suivre le match no 2 de la série entre le Canadien et les Jets.

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