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Chronique

La lourdeur l’emportera : Winnipeg en six

Brendan Gallagher perd pied devant l'attaquant des Jets.

Pierre-Luc Dubois des Jets de Winnipeg renverse Brendan Gallagher.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Appelé à dresser le portrait de son équipe avant le début de la présente saison, Marc Bergevin avait déclaré : « Nous serons capables de pratiquer tous les styles de jeu. » Cette polyvalence ne s’est toutefois pas matérialisée par la suite.

Pour la toute première fois de leur histoire, le Canadien de Montréal et les Jets de Winnipeg croiseront le fer en séries éliminatoires à compter de ce soir. Et dans cet affrontement, les hommes de Dominique Ducharme seront devant des défis bien différents de ceux qui figuraient au menu proposé par les Maple Leafs de Toronto.

Les Jets ont balayé les Oilers d’Edmonton et se reposent depuis le 24 mai, alors que le CH est ressorti plutôt amoché d’une éprouvante série de sept matchs disputés en seulement 12 jours.

Raisonnablement, on est tout de suite porté à croire que cette situation désavantage le Tricolore. Or, les statistiques à ce sujet disent plutôt le contraire.

Au cours des 25 dernières années, les équipes qui ont terminé une série en sept matchs ont affronté 30 fois des adversaires qui avaient réussi à liquider leurs adversaires en quatre ou cinq rencontres. Et assez étonnamment, l’équipe la plus reposée l’a emporté seulement 16 fois sur 30 (53 %).

Par ailleurs, le savant confrère Guillaume Lefrançois, de La Presse, soulignait mardi que durant le dernier quart de siècle, il est arrivé seulement six fois qu’une équipe ayant remporté sa série précédente en sept rencontres se retrouve contre une formation qui venait de compléter un balayage.

Et dans 83 % des cas (5 fois sur 6), c’était l’équipe la moins reposée qui l’avait emporté.

Détenteur d’un doctorat en science de l’entraînement de haute performance, le chercheur Frank Rodrigue estime que ces chiffres sont tout à fait plausibles.

Au hockey, il est impossible de répliquer à l’entraînement l’intensité des contacts physiques et la vitesse du jeu qu’on retrouve en séries éliminatoires. L’équipe qui se repose depuis une semaine risque donc de ne pas afficher le même synchronisme que celle qui vient de conclure une série très intense, explique-t-il.

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Les dirigeants des Jets croient fermement que le hockey est un sport qui favorise les athlètes imposants physiquement. Cette philosophie, totalement assumée, se reflète dans la composition de leur formation.

Durant cette série, Phillip Danault, les jeunes Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi et le vieux Eric Staal (ou le jeune Jake Evans) seront donc constamment soumis à la plus intimidante ligne de centre de la LNH.

Les deux premiers centres des Jets, Mark Scheifele et Pierre-Luc Dubois, font 1,91 m (6 pi 3 po). Le troisième centre, Adam Lowry, fait 1,96 m (6 pi 5 po). Le plus petit du groupe, le coriace vétéran Nate Thompson, qui pilote la quatrième unité, fait 1,86 m (6 pi 1 po).

Winnipeg pratique un style de jeu lourd et physique. La contre-attaque rapide n’est pas leur tasse de thé. Ils préfèrent se camper les lames dans le fond du territoire adverse et forcer leurs adversaires à se battre constamment dans les tranchées. C’est ainsi qu’ils font circuler la rondelle sur de courtes distances, qu’ils créent de la confusion et qu’ils génèrent leurs chances de marquer.

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Dans cette série, le plus gros atout du Canadien, Carey Price, sera considérablement amoindri (et peut-être carrément annulé) par la présence de Connor Hellebuyck devant le filet des Jets.

Le gardien américain de 28 ans n’est pas piqué des vers.

Connor Hellebuyck

Connor Hellebuyck

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Au cours des trois dernières saisons, Hellebuyck a affiché le deuxième total de victoires dans la LNH à 89 derrière Andrei Vasilevskiy. Et son taux d’efficacité de ,917 le situe au 5e rang parmi les gardiens ayant effectué au moins 100 départs. Sur cette liste, Price vient au 10e rang avec un taux d’efficacité de ,912.

Tout comme Price, Hellebuyck est un lauréat du trophée Vézina. Le portier des Jets est en fait l’actuel détenteur de ce trophée, alors que Price l’a reçu en 2015. Aux yeux de nombreux observateurs, cette série sera aussi une confrontation entre deux gardiens qui défraieront la manchette aux Jeux de Pékin en février prochain.

Effectivement, Price a de fortes chances d’être le gardien numéro un d’Équipe Canada, tandis qu’Hellebuyck est le favori pour défendre la cage des Américains.

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Du côté de la défense, le portrait de la brigade des Jets a considérablement changé il y a deux ans. Ils avaient alors simultanément vu partir quatre de leurs cinq premiers défenseurs : Dustin Byfuglien (1,96 m, 118 kg), Jacob Trouba (1,91 m, 95 kg), Tyler Myers (2,03 m, 104 kg) et Ben Chiarot (1,91 m, 106 kg).

On a perdu 1000 livres de défenseurs d’un coup, dit-on en interne à Winnipeg. On l’a récemment vécu à Montréal, un démantèlement aussi important ne se fait pas sans heurt.

Dans les séries, l’an passé, les Flames de Calgary ont littéralement matraqué les défenseurs des Jets, et ces derniers ont été victimes d’un humiliant balayage.

Cette saison, les dirigeants de l'équipe ont tenté de corriger cette vulnérabilité en ajoutant l’ancien arrière des Kings de Los Angeles Derek Forbort (1,93 m/6 pi 4 po), et Logan Stanley, qui fait 1,98 m (6 pi et 6 po).

En fin de compte, la brigade défensive des Jets est assez efficace, mais peu flamboyante. Comme celle du CH, elle ne fait pas dans la dentelle. Son leader est désormais Josh Morrissey, qui campait un rôle de numéro trois il y a deux ans.

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Au cours de la dernière semaine, on a maintes fois vanté le travail défensif du trio de Phillip Danault face au premier trio des Maple Leafs. Auston Matthews a d’ailleurs semblé rendre hommage bien senti au centre montréalais après le septième match lors de la traditionnelle poignée de main.

Cette fois, par contre, la profondeur des Jets risque de causer des soucis au Tricolore parce que leur force de frappe offensive repose sur deux excellents trios et que Paul Maurice n’aura pas besoin de surutiliser deux joueurs comme l’a fait Sheldon Keefe pour espérer générer de l’attaque.

Le trio de Danault a nettement dominé celui de Mark Scheifele durant la saison. Et si ça se reproduit en séries, il faudra quand même trouver quelqu’un pour stopper l’unité composée de Paul Stastny, de Pierre-Luc Dubois et de l’excellent Nikolaj Ehlers.

Dans une chronique publiée en janvier dernier, j’avais écrit que si ma vie dépendait du résultat d’un match de hockey, je choisirais Pierre-Luc Dubois dans mon équipe avant Auston Matthews.

Les récents événements ne m’ont certainement pas fait changer d’idée. Même si Dubois n’a pas connu une grosse saison offensive, il reste un compétiteur extrêmement coriace. Et il risque de se nourrir de la fébrilité de cette série opposant les Jets à l’équipe de son enfance.

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Il y a six mois, Marc Bergevin croyait son club capable de pratiquer tous les styles de jeu et j’étais alors du même avis que lui. Mais les faits ont démontré le contraire.

Contre les équipes pratiquant un style de jeu physique, comme Ottawa, ou face aux formations combinant le jeu physique à un style de jeu patient et défensif, comme Calgary et Winnipeg, le CH a constamment ramé dans le sable cette saison. À preuve : sa fiche combinée de 10 victoires et 18 défaites contre ces trois formations.

Pour toutes ces raisons, je prédis une victoire des Jets en six matchs.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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