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Chronique

Dominique Ducharme n’est plus un entraîneur intérimaire

Il pose les mains sur ses hanches derrière le banc.

Dominique Ducharme

Photo : Sergei Belski-USA TODAY Sports

Avant de parler de l’incroyable conclusion de la série Canadien-Leafs, je dois vous raconter la brève histoire d’un jeune homme qui, en 2006, s’était présenté à la Coupe Fred-Page avec son équipe de Joliette pour disputer le championnat junior A de l’Est du Canada.

L’Action de Joliette venait de connaître une excellente saison au Québec, mais cette sympathique équipe de Lanaudière n’avait, disait-on, aucune chance contre les hôtes de la compétition, la grosse équipe des Lumber Kings de Pembroke.

Au premier match du tournoi, Pembroke nous avait battus au compte de 8-1. Leur avantage numérique nous avait littéralement détruits, se souvient Robert Ouellet (le père de Xavier, du Canadien), qui était à cette époque l’un des entraîneurs adjoints de l’Action.

Envers et contre tous, la petite équipe de Joliette avait ensuite connu un parcours cahoteux. L’Action avait notamment remporté ses deux derniers matchs de la phase préliminaire en prolongation, chaque fois par des pointages de 7-6, contre Hawkesbury et Woodstock. En grande finale, le hasard, qui fait souvent magnifiquement les choses, avait voulu que Joliette croise à nouveau le fer avec l’invincible machine de Pembroke.

On avait fait du vidéo et on avait apporté des ajustements pour contrer leur avantage numérique, raconte Robert Ouellet.

À la stupéfaction totale et générale des amateurs, l’Action de Joliette l’avait emporté au compte de 4-2 sur les flamboyants Lumber Kings de Pembroke. Mais attention, voici le clou de l’histoire : l’équipe supposément invincible du hockey junior A ontarien appartenait à un certain... Sheldon Keefe(!!!), qui agissait aussi à titre d’entraîneur adjoint derrière le banc.

Après cette défaite jugée inadmissible, Keefe a congédié son entraîneur en chef et décidé de prendre lui-même les commandes des Lumber Kings pour la saison 2006-2007.

On peut donc arguer que, par la bande, c’est une victoire hautement improbable de Dominique Ducharme (vous l'aviez deviné) qui a donné naissance à la carrière d’entraîneur-chef de Sheldon Keefe.

Et lundi soir, quelque 15 ans plus tard, c’est une autre stupéfiante victoire de Ducharme qui est devenue la plus grosse et la plus indélébile tache au dossier de l’entraîneur des Maple Leafs de Toronto.

En se couchant après le match, Keefe a probablement cherché à comprendre ce qui venait de se passer. Il a sans doute eu bien du mal à dormir. Et Dominique Ducharme aussi, mais pas pour les mêmes raisons.


Après le quatrième match de la série, Ducharme se faisait vilipender par les partisans du CH et par de nombreux observateurs, qui réclamaient son congédiement manu militari.

Aujourd’hui, ce serait un immense euphémisme d’affirmer que la situation a changé. Au cours des 96 dernières heures, Ducharme n’a certainement pas perdu son emploi. On peut même parier que la seule chose qu’il ait perdue est le malaisant adjectif intérimaire qui était accolé à son titre d’entraîneur en chef depuis février dernier.

Burrows et Ducharme derrière le banc des joueurs, masqués.

Dominique Ducharme et Alex Burrows derrière le banc du CH.

Photo : usa today sports / James Carey Lauder

En éliminant les Maple Leafs en sept matchs après avoir accusé un retard de 1-3 dans la série, Ducharme et sa bande viennent de causer l’un des plus gros revirements et l’une des plus grosses surprises de la longue histoire du CH. Et probablement de l’histoire de la LNH.

Dans ces circonstances, on voit mal comment Geoff Molson pourrait virer Marc Bergevin. Et on voit encore plus mal comment le DG pourrait oser démettre un jeune entraîneur qu’il avait lui-même placé dans une situation extrêmement difficile et qui a fini, contre vents et marées, par tirer un immense lapin de son chapeau.


Les plus vieux partisans du Tricolore affirment que la plus impressionnante prestation jamais offerte par l’équipe dans un rôle de négligé s’est produite en 1971. Si c’est le cas, la série qui vient de se conclure face aux Leafs se qualifie sans doute pour la deuxième place.

Quelle incroyable démonstration de résilience et de détermination!

En 1971, le Canadien avait fait halluciner le monde du hockey en battant la terrifiante machine des Bruins de Boston en sept rencontres.

En saison, les Bruins avaient remporté 15 victoires de plus que le CH et avaient terminé avec 24 points de priorité au classement. Qui plus est, les Bruins comptaient sur les quatre meilleurs marqueurs de la LNH : Phil Esposito (76-76-152), Bobby Orr (139 points et bilan défensif de +124), Johnny Bucyk (51-65-116) et Ken Hodge (43-62-105).

L’attaque montréalaise n’avait rien de comparable. Elle était menée par Jean Béliveau (25-51-76), qui était âgé de 39 ans et qui s’apprêtait à prendre sa retraite. Aux supervedettes des Bruins, le Bleu-blanc-rouge n’avait que sa résilience et sa profondeur à opposer.

Les Bostoniens ne s’attendaient toutefois pas à affronter un jeune gardien du nom de Ken Dryden.

Malgré un recul de 2-3 dans la série, et malgré les bombardements en règle des Bruins, Dryden avait miraculeusement transporté son équipe jusqu’au septième match, dans l’enceinte du vieux Garden. Et lors de ce moment de vérité, une autre acrobatique performance du gardien recrue avait enfoncé le pieux final dans le cœur des Bruins. Le CH avait finalement clos le débat avec une victoire de 4-2.


À cause du gouffre qui séparait les Bruins et le Tricolore, on dit que cette série de 1971 demeurera à jamais la surprise la plus époustouflante de l’histoire de l'équipe. Pour la même raison, dans plusieurs décennies, les jeunes partisans de 2021 raconteront peut-être à leurs petits-enfants la vive humiliation que le Canadien vient d’infliger aux Leafs.

L’équipe torontoise ne s’est pas seulement fait évincer du premier tour pour une cinquième année de suite et pour chacune des six occasions où elle a pris part aux séries depuis 17 ans. En croulant encore et encore sous la pression, les Leafs viennent de saboter une saison au terme de laquelle, pour une rare fois depuis 1967, leurs partisans pouvaient rêver à la Coupe Stanley.

Dans un calendrier de seulement 56 matchs, les Maple Leafs avaient remporté 11 victoires de plus et s’étaient taillés une avance de 18 points sur le CH au classement. Toutes proportions gardées, cela positionnait Toronto exactement comme les Bruins de 1971.

Sur un calendrier complet de 82 matchs, Toronto aurait amassé 16 victoires et 26 points de plus que le Canadien.

Deux joueurs des Maple Leafs se félicitent.

Auston Matthews et Mitch Marner

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Pour combattre Auston Matthews (le meilleur buteur de la ligue) et Mitch Marner (le quatrième marqueur de la LNH), le CH n’avait pas grand-chose à offrir, sauf un effort collectif et l’un des meilleurs gardiens du hockey. Comme en 1971, les deux clubs ne semblaient pas dans la même ligue.

Il y a toutefois un vieil adage qui dit que les perdants trouvent toujours une façon de perdre. Et les Maple Leafs, dont l’ADN n’est pas piqué des vers en cette matière, nous en ont offert une éloquente démonstration.


Dans le cinquième match, les Maple Leafs n’avaient qu’à disputer un match décent pour expédier les Montréalais en vacances. Mais ils se sont présentés avec deux périodes de retard.

En tirant sur ce mince fil, le Canadien a fini par détricoter le chandail des Leafs au grand complet.

En fin de compte, Matthews a inscrit seulement un but sur les innombrables chances de marquer qu’il a obtenues au cours de la série. Et Marner a été blanchi. Les deux supervedettes des Leafs ont donc failli à la tâche dans une septième rencontre de suite au cours de laquelle ils avaient l’occasion d’éliminer une équipe.

Pour sa part, Carey Price a marché sur les eaux du début à la fin, et particulièrement lors des trois derniers matchs de la série.

Après la déconfiture du quatrième match, Price a aussi étalé son leadership et donné le ton à la remontée des siens en se portant garant des qualités offensives de ses coéquipiers.

Enfin, la profondeur du CH, dont personne n’avait été témoin jusqu’à jeudi dernier, a finalement sauvé la mise. Cet historique culbutage des Leafs porte autant les signatures des jeunes Suzuki, Kotkaniemi, Evans et Caufield que des vétérans Weber, Perry et Staal.

Pour toutes sortes de raisons évidentes, mais aussi de celle-ci, on se souviendra longtemps du printemps de 2021.

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