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Une première validation du plan de Marc Bergevin

Il prend un tir, mais le gardien fait l'arrêt.

Jesperi Kotkaniemi, héros du 6e match de la série, a été frustré par le gardien Jack Campbell en première période.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

TORONTO – Marc Bergevin déambulait dans les corridors du Scotiabank Arena dans une chemise bleue sous un complet rouge parfaitement en harmonie avec le décor de mêmes couleurs dans les entrailles de l’amphithéâtre, prêt à se fondre dedans, à se camoufler si besoin était.

Besoin ne fut pas. Pas pour le directeur général du Canadien en tout cas, célébrant la victoire décisive de 3-1 de sa troupe qui a remporté sa série de premier tour en sept matchs contre les Maple Leafs. Il a croisé son jeune homologue torontois, Kyle Dubas, lui a serré la pince, lui qui devait avoir les phalanges un brin plus crispées.

La déconvenue, pour les Torontois, est majeure, majuscule, gargantuesque, titanesque… et malheureusement pas si étonnante. Il y avait tant à l’enjeu pour eux. Le fait qu’ils aient laissé le CH revenir de l’arrière dans la série a monopolisé toute l’attention au cours des 48 dernières heures, si bien qu’il aurait été presque facile d’oublier que les Montréalais aussi étaient cités à procès dans cette série.

Ce septième match? Le verdict du jury. Souvent impitoyable avec le Tricolore, il a fait preuve d’une grande clémence lundi soir.

Qu’avait vendu l’organisation en début de saison? Des chandails et des sous-vêtements, évidemment, mais plus philosophiquement S. V. P. De l’espoir, bien sûr, le moteur émotionnel et économique du sport et des attentes, élevées disaient les bonzes du Tricolore, une équipe capable de jouer tous les styles.

Après quatre rencontres, le style décousu et soporifique, c’était limpide, était maîtrisé à la perfection. Les autres un peu moins.

Une défaite au premier tour, même honorable, car, disons, survenue à la limite des sept rencontres face à Auston Matthews et Mitch Marner, deux joueurs au talent certain, n’aurait probablement pas suffi à apaiser le goût du sang d’une branche de la base partisane.

Pas après que le CH a lui-même laissé entendre qu’il avait les armes pour se rendre jusqu’au bout.

Bergevin jouait gros et cette victoire à l’arraché lui offre soulagement, temps et perspective.

Elle valide aussi, jusqu’à un certain point, le plan qu’il essaie d’échafauder depuis 2018 : la réinitialisation. L’idée que sa jeune génération éclora à temps pour profiter d’un Carey Price toujours en apesanteur et que cet amalgame enfin complété apportera prospérité et succès. Audacieux, risqué, mais c’est le pari. Il a payé dans les 10 derniers jours.

Price a survolé la série. Lundi matin, Eric Staal avait affirmé qu’aucun joueur n’admettrait jamais qu’un gardien l’intimidait, mais son petit sourire en coin laissait croire que, dans les faits, c’est possible.

Il fait un arrêt.

Carey Price a réalisé 7 arrêts en première période. Il a accordé 14 buts depuis le début de la série, affichant un taux d'arrêt de ,926.

Photo : usa today sports / Dan Hamilton

Matthews a terminé avec un petit but, et Mitch Marner, aucun. Les deux en ont marqué 61 en saison, soit le tiers de toute la production de l’équipe. Un but sur 54 lancers des deux vedettes combinées. Un taux de conversion de 1,9 %...

Matthews a marqué sur 18,5 % de ses tirs en saison et Marner sur 12,8 %. Il y a un peu de malchance là-dedans évidemment, mais c’était plus que ça. La présence du gardien, son calme, sa profession de foi à son équipe après le match numéro trois, étaient intimidants.

D’autres chiffres à faire frissonner le beau-frère partisan des Leafs? Toronto a perdu les huit matchs où il aurait pu éliminer l’adversaire depuis 2013. Matthews et Marner ont disputé sept de ses huit matchs et, là encore, totalisent un but à deux. Deux passes pour Marner, un différentiel de -5; un but et deux passes pour Matthews, un différentiel de -5.

Lundi, il a repoussé les assauts, 29 au total. Qui de William Nylander en avantage numérique ou de Matthews dans une descente à deux contre un. Hyman a cogné à la porte dangereusement à deux reprises et le portier d’Anahim Lake s’est montré intraitable.

C’est Carey. Son attitude. Quand on a marqué, on savait presque que c’était assez, qu’il n’allait pas en donner. C’est tellement facile de jouer devant lui. Je ne l’ai jamais vu aussi bon.

Une citation de :Brendan Gallagher à propos de Carey Price

C’est sûr que quand t’as un goaler qui bataille incroyablement à chaque soir, même quand tu n’es pas sur la coche. Quand il a dit ça dans les médias, ça a donné de l’énergie et confiance en notre équipe. C’est une tape dans le dos. Je suis derrière vous. Allons-y. C’était une grosse déclaration. Tout le monde s’est regardé dans le miroir et s’est dit qu’il pouvait en donner plus, a laissé tomber Phillip Danault.

La fameuse profondeur

La déclaration la plus révélatrice est peut-être venue de la bouche de l’entraîneur des Maple Leafs, Sheldon Keefe.

Quand (Jesperi) Kotkaniemi et (Cole) Caufield sont entrés dans leur formation, on a senti les choses changer au chapitre de leur profondeur, de leur vitesse et de leurs habiletés, a dit Keefe.

Il s’agit ici des deux joueurs que Ducharme hésitait à lancer dans la mêlée en début de série pour différentes raisons. Le Finlandais, en raison de son atroce fin de campagne, le jeune Américain, parce qu’il était un peu trop vert à son goût.

Une blessure à Evans a ouvert la porte à Kotkaniemi, une autre à Staal a fait de même pour Caufield. Les deux jeunes n’ont plus quitté les rangs. Kotkaniemi a marqué trois buts en six matchs. Caufield a impressionné par son sang froid et son sens du jeu.

En cinq matchs, bien qu’il ait amassé seulement une passe et qu’il soit payé pour accumuler les points, Ducharme l’a tout de même employé pendant 17 minutes par match en moyenne, le quatrième total de tous les attaquants du club. L’ailier droit de 20 ans s’est démarqué par son coup de patin dynamique, son intelligence du jeu, son sens des responsabilités aiguisé : tous des points d’interrogation à la base. L’on connaissait son lancer, mais l’on s’interrogeait sur le reste.

Ça va finalement.

Nick Suzuki, aussi, a marqué le but gagnant en prolongation dans le cinquième match et a repris des couleurs au fur et à mesure que la série avançait. Un autre bon signe pour cette belle jeunesse.

Alexander Romanov ronge toujours son frein aujourd’hui, mais qui aura le courage de critiquer Ducharme pour ne pas l’avoir lancé dans l’action?

Les valeurs sûres

Et puis les vétérans ont fait leur travail. La défense a tenu le coup, a plié sans rompre.

Danault a réussi à museler Matthews, comme il l’avait fait avec Sidney Crosby et Evgeni Malkin l’an dernier dans la bulle. Gallagher était fier comme un paon qu’une question lui soit posée à propos de son joueur de centre.

J’ai tellement de respect pour Phil. Il adore ce défi. Il avait le plus gros sourire dans le visage après le match. Les points ne le dérangent pas, il veut juste gagner. J’espère que tout le monde réalise à quel point il est important pour cette équipe, a fait valoir le petit numéro 11.

Gallagher s’est peut-être fait à l’idée qu’il allait perdre l’ailier gauche de son trio qui a été l’un des plus brillants de la Ligue nationale dans les trois dernières années, mais il ne semble pas s’être résigné à dire adieu au Québécois.

Ce genre de déclaration d’amour de celui qu’on voit comme le cœur et l’âme de l’équipe ne restera sûrement pas lettre morte. Danault sera joueur autonome sans compensation, rappelons-le, s’il ne signe pas une nouvelle entente avec le Canadien d’ici le 1er juillet. Il y en a au moins un qui aimerait le voir rester.

L’expérience a parlé aussi. Shea Weber, Corey Perry et Eric Staal ont tous prononcé un petit discours avant le quatrième match. Mine de rien, Staal et Perry ont inscrit quatre points dans la série et terminent sur un pied d’égalité au deuxième rang des marqueurs du club.

La rondelle dévie sur lui.

Corey Perry a inscrit le deuxième but pour doubler l'avance du Tricolore.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

C'est une victoire d’équipe. Un mélange de jeunesse et d’expérience – Perry a aussi marqué le but vainqueur lundi soir – et de prestation dominante du joueur le plus talentueux de l’équipe, celui dont le travail consiste à repousser des rondelles.

Le Canadien peut-il répéter l’exploit à Winnipeg. Il s’y rend dans la nuit de lundi à mardi et jouera dès mercredi, tandis que les Jets se reposent depuis le 24 mai.

On apprécie ce soir, a assuré Ducharme. On a une journée à Winnipeg pour se reposer, se préparer. En même temps, ça peut jouer des deux côtés. On a un certain momentum versus une équipe reposée. C’est un avantage d’être reposé, c’est un avantage d’avoir le momentum. On se prépare demain pour mercredi. On apprécie le moment ce soir.

Bergevin aussi doit apprécier. Il a certainement douté de son plan. Il est peut-être, un peu, rassuré.

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