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Chronique

Mercedes-Benz à Monaco, à l'heure du doute et de l'accusation inutile

Un pilote se cache le visage dans une serviette.

Valtteri Bottas à Monaco, accusé à tort d'avoir provoqué sa perte lors de son arrêt aux puits.

Photo : Getty Images / Pool

Dans l'analyse qu'on fera de la saison de F1, le Grand Prix de Monaco sera peut-être le moment où le vent a tourné en faveur de Red Bull dans la course au titre.

Mercedes-Benz a très mal paru, complètement éclipsée par sa rivale au championnat, Red Bull.

L’équipe allemande a été battue par plus forte qu’elle, en l’occurrence la Red Bull RB 16B de Max Verstappen, qui a nettement plus d’appui à basse vitesse et qui permet aux pneus de monter plus vite à la température optimale.

Sachant son handicap à Monaco, Mercedes-Benz a décidé de travailler sur la suspension de la W12 pour tenter de maximiser sa performance sur le circuit. Mais ces changements ont déstabilisé Lewis Hamilton, pourtant un maître dans la gestion des pneumatiques. Il a été incapable de tirer le maximum de sa monoplace.

Ce n’est pas nouveau, comme l’a rappelé le directeur technique de l’équipe James Allison : Monaco, c’est notre talon d’Achille.

C’est la conception même de la W12 qui la handicape à Monaco et à Singapour.

L'angle de la W12 est moins prononcé vers l’avant (low rake) que celle de la Red Bull (high rake). Autrement dit, visuellement, la Red Bull est plus inclinée vers l'avant, ce qui lui donne une silhouette plus agressive. D'un point de vue technique, ça lui permet de générer plus d’appui à l’avant.

Gros plan d'une monoplace dans un virage

On remarque bien l'inclinaison de la Red Bull lors du Grand Prix de Hongrie de 2020.

Photo : Getty Images / DARKO BANDIC

Mercedes-Benz n'a pas choisi la même philosophie et doit l'assumer.

L'équipe allemande a réfléchi à la meilleure façon de compenser son handicap à Monaco, et elle a choisi de modifier la suspension avant pour mieux négocier l'épingle (qui se négocie à 45 km/h) et pour mieux avaler les bosses du circuit.

Elle a de plus décidé d’utiliser le grand aileron avant vu à Barcelone, malgré les risques de contact avec les rails ou les autres monoplaces, mais ça n’a pas suffi.

L’écart qui sépare Mercedes-Benz de Red Bull a fondu, s’il n’a pas disparu complètement, en 2021. Et à Monaco, Red Bull a pleinement profité des caractéristiques techniques de la RB 16B.

Ce qu’a très lucidement fait remarquer l'Allemand Sebastian Vettel après la course.

Les gens ne s’en rendent peut-être pas compte parce que Mercedes-Benz est encore devant, mais elle ne domine plus cette année, a fait remarquer l'ancien champion du monde. Elle a perdu toute son avance sur Red Bull qui a comblé son retard, et est tout près, a-t-il dit.

L’explication du vétéran est éclairante, car elle permet de comprendre pourquoi Aston Martin avec une monoplace très semblable à la W12 ne se bat plus pour des podiums comme en 2020, mais pour des tops 10.

Mercedes-Benz et Aston Martin ont perdu du terrain, alors que Red Bull en a gagné. Et le spectacle a gagné en intensité.

Avec Max Verstappen en pleine possession de ses moyens, et impatient de voler enfin un titre à Mercedes-Benz, Lewis Hamilton n’a pas été à ce point menacé depuis le titre de Nico Rosberg en 2016.

Hamilton n’a jamais été à l’aise ce week-end dans les rues de Monte-Carlo, et il a eu pendant la course des échanges secs avec son ingénieur, Peter Bonnington (qu’il appelle Bono), quand il a constaté qu’au lieu de progresser, il reculait au classement.

Après la course, toute l’équipe a pris un coup au moral.

Nous n’avons jamais été dans le coup ce week-end, a dit le Britannique, dépité. Et je suis inquiet, car la prochaine course se déroule également sur un circuit urbain, et nous souffrons sur ces tracés.

À la différence que le circuit urbain de Bakou, en Azerbaïdjan, au bord de la mer Caspienne, offre une ligne droite de plus de 2 km, où les pilotes peuvent passer le huitième rapport de la boîte de vitesses, ce qu'ils ne peuvent pas faire à Monte-Carlo.

Pour la petite histoire, en 2016, un pilote avait roulé à Bakou à la vitesse de 378 km/h, et c'était Valtteri Bottas dans une... Williams. À Monaco, les F1 n'ont pas dépassé les 290 km/h.

Les nouvelles références

Hamilton moral en berne, Verstappen moral en béton après avoir pris la tête du classement des pilotes, pour la première fois de sa carrière. Et Red Bull a pris l'avance au classement des constructeurs. Double raison de célébrer.

Il est fort possible que l'allure du championnat de F1 change du tout au tout. Mercedes-Benz n'est plus invincible, et avec le doute viennent les erreurs. De pilotage et de jugement.

Mercedes-Benz avait quand même une carte à jouer, celle de Valtteri Bottas, car si Hamilton s’est perdu dans ses réglages, ceux du Finlandais lui ont permis de se battre pour la pole position.

Il a enregistré le 3e temps et est parti du côté propre de la piste derrière la Ferrari en pole position.

Après le forfait de la Ferrari de Charles Leclerc, Bottas a eu une réelle occasion de mener la course. À l’extinction des feux, le Finlandais a réussi son départ et aurait pu surprendre le Néerlandais si ce dernier n’avait pas dirigé sa monoplace vers la droite pour lui couper le passage.

Bottas aurait pu tenter de forcer le passage, mais il ne pouvait pas se permettre de causer un accrochage. On le lui aurait amèrement reproché, lui qui est sans contrat pour 2022. Il a donc sagement levé le pied et s'est collé à l'échappement de la Red Bull. Il a pu ensuite suivre de près Verstappen dans les 15 premiers tours.

Des monoplaces vues du ciel

Au départ du GP de Monaco, Valtteri Bottas se rapproche de Max Verstappen qui doit couper la trajectoire de la Mercedes-Benz pour rester en tête.

Photo : TSN / Formula One

Bottas avait de gros points à marquer dans les rues de Monte-Carlo. Ses pneus ont perdu en efficacité à mi-chemin dans le premier relais et la Red Bull a pris le large.

Bottas accusé à tort

Mercedes-Benz a jeté ces points aux poubelles en bousillant l’arrêt aux puits du Finlandais au 31e tour alors qu’il roulait en 2e position.

Ce qui s’est passé dans cet arrêt relève du scénario catastrophe. Quand un écrou coincé coince le pilote aux puits, et l’oblige à abandonner. Le pistolet a glissé sur l’écrou et a limé les dents qui lui servent pour l’agripper, le visser et le dévisser.

Gros plan d'un pneu d'une voiture de course

Détail de l'écrou central du pneu de la Mercedes-Benz de Valtteri Bottas, avec les dents qui permettent au pistolet de le dévisser et de le visser.

Photo : Pirelli

Le mécanicien responsable de l’opération, l'un des plus expérimentés de l’équipe, s’est vite rendu compte que l’écrou ne se desserrerait pas. Les dents avaient disparu, et les pistolets qu'il a utilisés tournaient dans le vide. Rien à faire.

Les faux pas dans les puits rappellent que la F1 est un sport d’équipe. Or, le directeur Toto Wolff, déjà énervé par la contre-performance de son pilote numéro un, a cherché un coupable et a montré du doigt son pilote numéro deux.

Valtteri Bottas aurait provoqué son propre malheur, car il s’est arrêté un peu trop tôt, il a raté ses marques. Pardon?

Le pilote finlandais venait de faire 30 tours en frôlant les rails, s’était maintenu à distance raisonnable du meneur et, à son retour aux puits, ses coéquipiers n'ont presque pas eu à bouger pour changer les quatre pneus.

Vue de haut d'un arrêt aux puitsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La voiture de Valtteri Bottas n'est pas parfaitement sur ses marques lors de l'arrêt à Monaco.

Photo : TSN / Formula One

Bottas s’est arrêté, c'est vrai, à quelques centimètres des marques collées au sol, comme le montre la photo. Il y a en F1 trois personnes par pneu. Trois des quatre trios ont rempli parfaitement leur mission, pas le quatrième, celui du pneu avant droit.

Toto Wolff a précisé que le responsable du pistolet l’avait inséré avec un angle parce que la roue n’était pas parfaitement au-dessus de la marque, et les dents, au lieu de le mordre, ont limé l'écrou.

Normalement, le mécanicien n’a pas à être si précis, mais l’angle était mauvais. Valtteri s’est arrêté un peu trop tôt, a-t-il fait remarquer. Le mécanicien a dû appliquer le pistolet avec un angle. Cet angle bizarre a endommagé l’écrou, et nous n’avons pas pu l’enlever.

Si le mécanicien a appliqué le pistolet avec un angle, alors que les autres ont réussi à changer leur pneu, n’est-ce pas lui le responsable du cafouillage? Je ne vise pas cet homme cagoulé dans cette analyse, mais bien la personne qui a osé pointer Valtteri Bottas. C’est Toto Wolff.

Les mécaniciens doivent parfois s’adapter à la position de la voiture quand le pilote arrive à 80 km/h (60 km/h à Monaco) et qu’il ne s’arrête pas à l’endroit prévu.

Ils attendent la monoplace et ils savent ce qu’ils ont à faire. Il y a celui qui manie le pistolet, celui qui enlève le pneu usé, celui qui met le pneu neuf. Leur manœuvre est parfaitement synchronisée, mais ils doivent aussi s’ajuster quand c’est nécessaire, même si la durée de l’arrêt en souffre.

Si tout va bien, un changement de pneus dure entre deux et trois secondes. On a vu des équipes changer les quatre pneus en moins de deux secondes. Le record appartient à… Red Bull depuis le Grand Prix du Brésil de 2019, en 1,82 seconde.

Le synchronisme a été parfait. Or, regardez la photo, Verstappen ne s’était pas arrêté sur ses marques. Lui aussi les avait ratées de quelques centimètres.

Vue de haut, des hommes travaillent autour de la monoplace.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'arrêt de Max Verstappen au Brésil en 2019 : le Néerlandais ne s'était pas arrêté parfaitement sur ses marques.

Photo : TSN / Formula One

À trop vouloir atteindre la perfection, on en oublie qu’il y a un pilote dans la monoplace, pas une machine programmée.

C'est une grosse erreur de l'équipe. Si c'est une erreur humaine, il faut soutenir la personne, mais ça ne doit plus jamais se reproduire, a dit Bottas, sans chercher à trouver de coupable.

Réalisant peut-être sa bourde, Toto Wolff a ensuite tenu à élargir le débat.

On doit revoir le design et les matériaux de l’écrou. Il y a toujours une multitude de facteurs qui expliquent une erreur si catastrophique, a-t-il affirmé.

Ce qui est arrivé à Mercedes-Benz pourrait très bien arriver à Red Bull au prochain grand prix, bien que j'en doute fort. Alors, la mesure dans les propos est de mise.

La presse spécialisée a très justement donné de très bonnes notes, entre 8 et 9 sur 10, à Valtteri Bottas, soit 3 points de plus qu'à son illustre coéquipier.

Il a toutefois dû se sentir trahi, non pas par son équipe, mais par Toto Wolff qui l’a injustement accusé. Si le Finlandais décidait de commencer à chercher un volant pour l’an prochain, lui dont le contrat se termine à la fin de la saison, il ne faudrait pas s’en étonner.

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