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L’arbre qui cache la forêt

Dominique Ducharme observe attentivement l'action sur la glace.

La contestation ratée de Dominique Ducharme a coûté une infériorité numérique à l'équipe.

Photo : usa today sports / Nick Turchiaro

TORONTO – Faire diversion, en séries éliminatoires qui plus est, c’est de bonne guerre. Les quatre punitions d’affilée décernées au Canadien ont fait basculer le match et l’entraîneur s’est assuré de montrer du doigt ceux qu’il tient pour responsables de cette défaite de 5-1 de son équipe.

Ce fut joliment emballé en plus. Du vrai travail d’orfèvre pour critiquer les arbitres sans s’en prendre à eux directement, car, comme chacun sait, c’eût été une mauvaise idée.

« Le momentum a changé en deuxième. Ce n’est pas nous qui l’avons changé. C’est pas les Leafs non plus. »

— Une citation de  Dominique Ducharme

Ça limite les options. Même en observant de très près les journalistes sur la galerie de presse, force a été de constater que ce ne sont pas eux non plus. Le monsieur de la sécurité? Il sirotait un thé en surveillant l’ascenseur; difficile de croire qu’il ait été impliqué, mais sait-on jamais.

J’ai été surpris de la façon dont ça [les punitions] a été appelé ce soir, a lancé Dominique Ducharme.

J’aimerais en dire beaucoup, a renchéri Jesperi Kotkaniemi, mais vous savez que je ne peux pas. Alors, pas de commentaires.

Difficile de s’obstiner longtemps pour un bâton élevé (Brendan Gallagher) ou un coup de bâton (Artturi Lehkonen). Kotkaniemi référait peut-être à sa propre punition, pendant laquelle Rasmus Sandin en a profité pour porter le compte à 3-1. Le Finlandais a brisé son bâton en donnant un double-échec et l’on peut se demander dans l’éventualité où l’outil aurait résisté, aurait-il été puni?

Il en va de même pour Shea Weber, puni en troisième période pour la même infraction, un geste qu’il effectue environ 18 fois par rencontre et qui se voit rarement sanctionné. Les Leafs ont alors fait 4-1 pendant que le capitaine réfléchissait à son comportement.

Il y a également eu la confusion autour de la contestation de Ducharme du but de Sandin, l’entraîneur jugeant qu’il y avait eu obstruction sur Carey Price parce que Joe Thornton aurait touché au bâton du gardien. Ça semblait très léger et il ne fallait pas compter sur Price pour en dire davantage puisque, selon ses dires, il n’avait pas encore vu la reprise…

Cela dit, s’en prendre aux arbitres était peut-être de bon ton, un argument tout trouvé pour minimiser cette déconfiture dans le deuxième match de la série maintenant égale 1-1, mais ça demeure une diversion.

En panne

Le graphique ci-contre est éloquent.

Si ce n’est qu’en tout début de rencontre, quand Kotkaniemi a déjoué Jack Campbell, le CH a bien peu menacé le filet de l’adversaire. À l’inverse, la cage de Price a été prise d’assaut.

Montréal a inscrit trois buts en deux rencontres dont seulement deux à forces égales. C’est deux fois moins que sa moyenne en saison et largement insuffisant pour pouvoir l’emporter contre une machine torontoise bien huilée.

Après le choc initial de la blessure à John Tavares jeudi, les Leafs ont semblé se rallier derrière leur capitaine et ont joué la passion au cœur, ce qui a fait défaut à l’autre bout de la glace. Sans les défaites des quatre dernières années au premier tour, sans les quelques vénérables ajoutés à la formation depuis deux saisons, Toronto, autrefois moins aguerri, aurait pu s’écrouler devant l’adversité. Pas cette édition.

Samedi soir, près de la moitié des attaquants du Tricolore n’ont pas obtenu le moindre tir au but, soit 5 sur 12.

Le trio de Phillip Danault, Tomas Tatar et Brendan Gallagher n’affiche pas l’ombre de son efficacité quasiment légendaire.

Devant l’inertie de l’offensive, Ducharme a complètement remanié ses trios à deux reprises pendant le match. Le CH a eu un regain de vie en fin de troisième période quand il a attaqué à six joueurs pendant plus de quatre minutes, mais les Leafs se défendaient, essentiellement.

La bande de Sheldon Keefe domine complètement la possession de la rondelle depuis le début de la série et sans l’intervention spectaculaire de Price en lever de rideau, cette série serait probablement déjà hors de portée.

Défensivement aussi, il y a de petites lacunes. Ben Chiarot et Brett Kulak, un duo, ne mettront certainement pas ce match dans leur portfolio la prochaine fois qu’ils deviendront joueurs autonomes.

Ils ont contrôlé moins de 30 % des tentatives de tir pendant toute la soirée. Jon Merrill aussi a montré ses limites lorsque confronté au trio d’Auston Matthews.

Ce sont des matchs serrés. C’est certain qu’on veut avoir plus d’offensive. On a créé quand même de bonnes chances en première et en troisième. On a peut-être mal réagi à la suite de tous ces événements (les punitions et la contestation rejetée du but de Sandin). On a essayé de provoquer quelque chose. On va prendre ce match et regarder la première période. Il faut se concentrer sur ce qu’on peut faire de mieux. S’assurer d’être prêt pour le match numéro trois. On en a gagné une à Toronto, on est dans une bonne position, a affirmé l’entraîneur.

Le Canadien est dans le coup, mais il manquait de fougue samedi soir, aussi intrigant que ça puisse être. Marc Bergevin avait décidé de confier les rênes de sa formation à ses jeunes après la performance de son équipe l’été dernier. En les entourant bien sûr, ce qu’il a fait en mettant la main sur de nombreux vétérans, pour la plupart tous lauréats de la Coupe Stanley, mais, néanmoins, en croyant à leur potentiel.

Shea Weber repousse Joe Thornton devant le banc des Maple Leafs.

Shea Weber a distribué quatre mises en échec en 22 minutes de temps de jeu.

Photo : usa today sports / John E. Sokolowski

Kotkaniemi, malgré quelques errances en deuxième période, a bien réagi à son retour dans la formation. Nick Suzuki peine à retrouver son bel élan de fin de saison, il est vrai, mais le CH est un peu condamné à vivre ou à périr avec ses jeunes pousses.

Il y en a d’autres qui attendent en coulisses. Le Canadien les a mis au monde, il devrait peut-être les écouter.

En rafale

Grand cas a été fait de la réaction de Bergevin, montrée en boucle à la télévision, au but finalement accordé à Rasmus Sandin. Le directeur général semblait si happé par le moment que des internautes se sont mis à se demander (ou à affirmer) si l’idée de la contestation n’était pas venue en haut lieu justement. C’est que, de prime abord, ce but semblait bon aux yeux d’à peu près tout le monde.

Ducharme a assuré qu’il avait lui-même pris la décision après que le procédé habituel eut été suivi.

Mario [Leblanc] et Éric [Gravel] regardent les reprises. [John Sedgwick] qui était à la ligue avant. [Sean Burke] l’entraîneur des gardiens. Dès le départ, on voyait que Thornton touchait au bâton de Price. On a eu un autre angle plus concluant. C’est moi qui a le dernier call tout le temps. Tout le monde était d’accord qu’il fallait challenger.

À son retour au jeu, Jesperi Kotkaniemi a obtenu 12 min 50 s de temps de jeu. Le Finlandais a inscrit le seul but du CH et son équipe a contrôlé près de 70 % des tentatives de tir lorsqu’il était sur la glace. Le jeune centre de 20 ans a aussi écopé d’une punition en milieu de deuxième engagement qui a mené au but de Sandin et a coupé les jambes du CH.

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