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Eleider Alvarez à Miami en quête de réponses

Quatre hommes dans un gymnase de boxe

Eleider Alvarez avec son nouvel entraîneur Pedro Diaz (à sa droite, en rouge) veut se prouver qu'il a encore ce qu'il faut pour l'élite de la boxe mondiale.

Photo : Courtoisie @boxingtownqc Twitter

Jean-François Chabot

C’est parce qu’il souhaite obtenir une seconde opinion que l’ex-champion mondial du WBC des mi-lourds Eleider Alvarez a rompu ses liens professionnels à Montréal avant de s’envoler pour Miami.

À 37 ans, après avoir largué Marc Ramsay et son gérant Stéphane Lépine, Alvarez (25-2, 13 K.-O.) est allé rejoindre l’entraîneur Pedro Diaz à son gymnase Mundo Boxing situé au cœur du quartier de Little Havana (la Petite Havane).

Neuf mois après sa cuisante défaite par K.-O. contre Joe Smith fils, Alvarez veut se prouver qu’il a encore ce qu’il faut pour boxer dans les hautes sphères de son sport.

Parce que le coup qui lui a fait le plus mal n’est pas venu de son adversaire, mais de son entraîneur Marc Ramsay qui avait fait une sortie publique où il mettait en doute son sérieux et son désir de vaincre. Celui qui était dans son coin depuis plus de 10 ans était allé jusqu’à lui suggérer la retraite.

Marc a donné son point de vue, mais j’ai encore envie d’essayer, a vite indiqué Alvarez, joint dans la chambre d’hôtel qu’il occupera pour les trois ou quatre prochaines semaines.

J’ai beaucoup appris de Marc et je vais toujours garder ça. Mais j’avais besoin d’un changement d’air. J’ai encore la motivation pour continuer de boxer et je suis ici pour essayer.

Une citation de :Eleider Alvarez, boxeur

Alvarez avoue qu’il était très déçu de sa performance d’août 2020. Il y avait subi un deuxième dur revers en l’espace de trois combats. Déçu au point où il a sérieusement considéré mettre un terme à sa carrière.

Trois semaines plus tard, fort des encouragements et du soutien de sa famille, de ses amis proches et de partisans qui voulaient le revoir en action, il a choisi de persévérer.

C’est à ce moment que Ramsay et son agent lui ont fourni un ultimatum pour qu’il leur démontre qu’il avait encore le cœur à l’ouvrage et la rage de vaincre. Pas de doute dans la tête d’Alvarez, c’est ce jour-là que la rupture est survenue.

Un arbitre donne le compte à un boxeur couché sur le dos.

Eleider Alvarez a été mis K.-O. par Joe Smith fils à la neuvième reprise, en août 2020, à Las Vegas.

Photo : Hector DeLaCruz/Top Rank

Longue pause

Alvarez ne s’en cache pas, il n’a pas été physiquement très actif au cours des derniers mois. Pour lui, il s’est accordé une période de répit tout à fait normale dans les circonstances et au cœur d’une pandémie qui avait rendu plus difficiles sa préparation et ses entraînements.

Marc-André Wilson, qui jusqu’à tout récemment était son préparateur physique, a souligné l’inconstance du Québécois d’origine colombienne.

À la base, Eleider, ç’a tout le temps été tout ou rien. C’est l’histoire de sa vie. Ç’a toujours été 100 % ou zéro. À fonctionner comme ça, l’âge te rattrape. À 40 ans, le corps ne réagit plus comme à 20 ans. Dernièrement, on sentait que le feu était moins là. Quand tu commences un camp d’entraînement et qu'on se focalise sur la perte de poids plutôt que sur le combat, on perd des plumes », a dit Wilson.

Ce dernier travaille aussi aux côtés du super-lourd-léger Oscar Rivas et de sa conjointe, l’ex-championne des super-mi-moyennes de l'IBF Marie-Eve Dicaire. Wilson a parlé d’Alvarez comme d’un sportif qui s’est souvent fié à son talent pour gravir les échelons.

Je pense que, dans sa tête, son succès et toute sa vie ont reposé sur son talent. Eleider, ce qui le rendait performant, ce n’était clairement pas ses aptitudes physiques, a-t-il ajouté.

Eleider n’est pas une brute d’entraînement. C’est un excellent boxeur, mais il a de la misère à se tenir sur une jambe. Il n’a pas la meilleure coordination. Et malgré tout ça, il est devenu champion du monde. C’est clairement le signe d’un talent exceptionnel. Si je le compare à Oscar (Rivas), Oscar est un athlète né, un athlète qui aurait performé dans n’importe quel sport.

Une citation de :Marc-André Wilson, préparateur physique

Au sujet de la fin de sa relation avec son gérant Stéphane Lépine, Alvarez dit lui avoir parlé avant de partir pour Miami. Aux dires du boxeur, les deux hommes se sont quittés en bons termes.

C’est comme avec Marc (Ramsay). Il n’y a pas eu de chicane. On continue à parler. Pour le moment, je ne sais pas comment les choses vont se passer [pour mes prochains contrats]. Je suis d’abord ici pour m’entraîner.

Retour aux sources

Eleider Alvarez est justement à Miami pour voir s’il a encore en lui les armes dont il a besoin pour affronter les meilleurs du monde au lieu de se contenter du rôle de gatekeeper, cet ancien champion vieillissant face à qui les jeunes loups veulent se faire les dents.

En débarquant dans le fief de Pedro Diaz, Alvarez se retrouve en pays de connaissance. En plus de tremper dans un milieu hispanophone, il va renouer avec ce diplômé en sciences pédagogiques qui a notamment œuvré dans l’excellent programme national de boxe cubaine. Diaz a également prodigué sa technique en République dominicaine, en Chine et en Colombie.

J’espère qu’auprès de lui je pourrai retrouver mon style et ma technique d’avant. Mercredi, j’ai pris part à un premier entraînement de boxe en six mois. Je bougeais bien. Je me sentais bien. Mais je sens qu’avec M. Diaz, je peux améliorer beaucoup de choses, a dit le boxeur gaucher.

Le boxeur et la boxeuses sont assis sur un banc.

Eleider Alvarez discute avec Marie-Eve Dicaire.

Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

Malgré ce souhait, Alvarez reconnaît que tout dépendra beaucoup de lui. Il sait qu’il devra travailler fort et faire preuve de motivation. Il est conscient que les prochaines semaines représentent peut-être pour lui le camp de la dernière chance.

D’ailleurs, le promoteur Yvon Michel dit ne pas avoir jeté l’éponge. Il a souligné que la confiance qu’il avait en Diaz était égale à celle qu’il voue à Marc Ramsay ou à Stéphan Larouche. Il faut savoir que Diaz a également agi à titre de conseiller auprès de Groupe Yvon Michel (GYM). C’est là qu'Alvarez a fait sa connaissance à ses débuts professionnels.

Au départ, l’idée d’Eleider était de rester associé à Marc, mais d’aller s’entraîner avec Pedro et que tout le monde puisse travailler ensemble pour ses combats. Mais je pense que Marc, ça ne lui tentait pas, a expliqué Michel.

Je connais très bien Pedro Diaz. Il est l’un des meilleurs pédagogues, entraîneurs et psychologues sportifs que je connaisse. C’est un entraîneur sans compromis. Chaque semaine, je vais avoir un rapport sur comment les choses se passent à Miami. Si Pedro nous dit qu’il (Eleider) est dans la bonne voie et que ça vaut la peine d’investir avec lui pour les prochains mois, on va regarder un protocole pour le ramener sur le ring, peut-être cet été ou à l’automne.

Une citation de :Yvon Michel, promoteur et président de GYM

Michel soutient qu’il ne souhaite pas lancer Alvarez dans la gueule du loup, même si on lui dit qu’il est prêt. Le patron de GYM dit avoir déjà refusé des offres d’Al Haymon (PBC), de Top Rank qui a toujours un lien contractuel avec Alvarez et même du Britannique Eddie Hearn (Matchroom). Ils voudraient tous qu’il affronte leurs jeunes espoirs mi-lourds.

Quand Eleider sera prêt, on va le ramener dans un combat de préparation, des combats d’évaluation, des combats qu’il devrait en principe gagner, mais où il devra nous démontrer où il en est. Si ces combats sont concluants, on lui donnera sa chance pour retourner sur la scène internationale , a insisté Yvon Michel.

Gros plan d'un boxeur à l'entraînement

Eleider Alvarez

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Chabot

En attendant, après avoir redémarré la machine en Floride, Alvarez compte rentrer à Montréal, près des siens, pour y poursuivre sa remise en forme. Sans entrer dans les détails, il dit avoir aussi fait le ménage dans sa vie personnelle et qu’il peut à nouveau se concentrer sur sa boxe.

À l’heure actuelle, il n’exclut pas la possibilité de s’installer à Miami de façon permanente si les choses se passent comme il l’espère à Mundo Boxing. Si, au contraire, l’opinion de Pedro Diaz allait dans le même sens que celle de Marc Ramsay, Alvarez se rendrait à l’évidence.

Ce serait alors la fin de ma carrière. C’est tout. S’il (Pedro) me dit qu’il vaut mieux que j’arrête, je vais arrêter. Je préfère essayer plutôt que de ne jamais savoir [si j’ai encore ce qu’il faut], a conclu Alvarez.

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