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Les gradins vides ont-ils un effet sur l'arbitrage dans la LNH?

Est-ce que la foule peut influencer le travail des officiels? Un professionnel se prononce.

Il signale une punition en levant le bras devant une foule agitée.

Un arbitre

Photo : usa today sports / Ron Chenoy

La saison 2020-2021 a été inusitée pour plusieurs raisons dans la Ligue nationale de hockey (LNH), notamment en raison de l’absence complète de partisans dans 7 des 31 amphithéâtres, ceux des équipes canadiennes.

Cette situation atypique a toutefois permis de jeter un nouvel éclairage sur une vieille théorie concernant l’arbitrage, et l’effet de la foule sur celui-ci.

L’avantage du terrain a été analysé à de multiples reprises par le passé dans de nombreuses études. Elles montrent que les équipes qui jouent à domicile ont plus de chances de remporter le match.

L’une des raisons parfois évoquées est l’influence que la foule peut exercer sur le travail des arbitres. Des partisans particulièrement bruyants pourraient induire un certain biais dans la prise de décisions des officiels.

Les matchs de la division canadienne, disputés à huis clos, ont offert une occasion inouïe de vérifier cette hypothèse cette saison dans la LNH.

En examinant les données des six saisons précédentes, il est d’abord possible d’affirmer que les arbitres décernent effectivement plus d’avantages numériques à l’équipe locale.

De 2016 à 2020, les sept équipes canadiennes ont eu 310 avantages numériques de plus que leurs adversaires quand elles jouaient chez elles. Il s’agit d’une moyenne de 62 par campagne.

Cette saison, sans foule, ce chiffre chute à trois.

Inversement, les équipes canadiennes étaient aussi plus pénalisées que leurs adversaires lorsqu’elles étaient sur la route. Pendant la même période, avec des partisans, elles ont offert 4416 avantages numériques à l’adversaire. En retour, elles n'ont joué avec l’avantage d’un homme que 3995 fois.

En 2021, ce différentiel s’amenuise considérablement, pour un ratio de 574 contre 571.

Ces données paraissent étonnantes, mais beaucoup d’autres facteurs, autres que l’influence de la foule, peuvent les expliquer.

L’avis d’un professionnel

Radio-Canada Sports a demandé à François Fortin d’analyser ces données. Il a arbitré pendant 12 saisons dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), et trois dans la Ligue nord-américaine.

Il a donc vécu de l’intérieur la pression exercée sur les arbitres, qui doivent souvent travailler dans un environnement de travail hostile. François Fortin a notamment été au cœur des rivalités opposant les Remparts de Québec à d’autres équipes lorsque le Colisée accueillait plus de 10 000 spectateurs.

Il est d’avis que les officiels sur la glace n’ont pas le choix de se créer une carapace, afin d’éviter toute influence extérieure. Une armure qui se forge seulement avec le temps et l’expérience. Derrière l’arbitre, il y a un être humain qui vit des émotions. Un jeune arbitre, inconsciemment, peut se laisser affecter par la pression de la foule.

Et ils n’ont pas besoin d’être 20 000 partisans non plus, soulève M. Fortin, aujourd’hui responsable des officiels à Hockey Québec. Quand j’ai commencé en 2001, c’était difficile de travailler à l’aréna Jacques-Plante de Shawinigan, parce que les amateurs sont proches de l’action.

Mais avec le temps, on accumule de l’expérience et on parvient à faire fi des distractions.

Une citation de :François Fortin, arbitre à la retraite

Même s’il admet que les données colligées permettent de dégager une certaine tendance, l'ex-officiel rappelle que plusieurs autres facteurs entrent en ligne de compte, comme le style des équipes qui peut avoir évolué d’une année à l’autre.

Les clubs peuvent aussi ajuster leur stratégie selon qu'ils se trouvent à domicile ou sur la route. Si un instructeur profite du dernier changement pour opposer les vedettes adverses à son quatrième trio, est-ce que ça va engendrer plus d’accrochage? Ce sont des éléments à garder en tête.

Une formation pourrait aussi être tentée de jouer de manière plus combative sur la route, pour imposer le rythme, par exemple. L’arrivée d’un nouvel entraîneur peut aussi peser dans la balance.

François Fortin mentionne également que les circonstances exceptionnelles de la dernière saison ont amené joueurs, entraîneurs et arbitres à mieux se connaître. À cause de la fermeture de la frontière, c’est le même groupe d’arbitres qui se déplaçaient au Canada. Les entraîneurs savent si un Marc Joannette ou un Éric Furlatt est plus tolérant, disons, sur l’obstruction.

Une équipe moins compétitive risque aussi d’être plus souvent prise en défaut par les officiels. On remarque d’ailleurs dans les chiffres que la seule fois où les Jets de Winnipeg ont reçu moins d’avantages numériques que leurs opposants au courant d’une saison avant celle en cours, c’était en 2016, quand la formation manitobaine a connu l’une des pires campagnes de son histoire.

A. N. décernés aux Jets lorsqu'ils jouent à domicile par rapport à ceux décernés à l'adversaire :

  • 2021 : 71 reçus contre 72 (-1)
  • 2020 : 118 reçus contre 85 (+33)
  • 2019 : 121 reçus contre 115 (+6)
  • 2018 : 144 reçus contre 126 (+18)
  • 2017 : 152 reçus contre 133 (+19)
  • 2016 : 134 reçus contre 135 (-1)

Ce portrait général nous amène quand même à réfléchir. Ce sont des données intéressantes à regarder, admet-il. Mais est-ce que ce sont des circonstances? On ne veut pas ça, parce que c’est plate des sièges vides. Mais pour vraiment le savoir, il faudrait un échantillon plus grand.

Certains partisans plus influents que d’autres?

En examinant individuellement les données de chaque équipe, il apparaît que l’avantage de la glace est plus distinctif dans certains amphithéâtres.

À Ottawa, là où les assistances sont les moins importantes au Canada, on décèle moins l’effet de la foule. De 2016 à 2020, les Sénateurs ont reçu en moyenne six avantages numériques de plus par saison que leurs adversaires, quand ils étaient à domicile. Cette saison, ce chiffre tombe à trois, un écart minime.

Au Bell MTS Place, c’est le contraire. Dans la maison des Jets, les favoris de la foule reçoivent beaucoup plus d’occasions en supériorité numérique : en moyenne 15 de plus par saison depuis cinq ans. Cette saison, Winnipeg a reçu une occasion de moins que ses adversaires au cumulatif.

À Montréal, le même phénomène s’observe.

Dans les cinq saisons précédant la pandémie, qui a chassé les spectateurs du Centre Bell, le Canadien recevait en moyenne huit avantages numériques de plus que l’adversaire lorsqu’il jouait à domicile. Lors de cette même période de cinq saisons, on accordait en moyenne 20 avantages numériques supplémentaires à ses adversaires sur la route.

Cela est mesuré sur un échantillon considérable de 399 matchs.

Cette saison, sans spectateurs, le Tricolore a eu cinq occasions en avantage numérique de moins que ses adversaires. Un premier ratio négatif à ce chapitre en quatre saisons.

Est-ce qu’il est donc plus difficile pour un arbitre d’être neutre dans des amphithéâtres aussi bruyants? C’est une bonne question, honnêtement, répond François Fortin. Historiquement, les joueurs s’entendent tous pour dire que le Centre Bell est un endroit intimidant. Est-ce que ça peut avoir une influence sur le travail des officiels? Peut-être.

Que faut-il en conclure?

Ces données ont été générées à partir d’une cinquantaine de pages de statistiques. Il existe néanmoins plusieurs limites à l’analyse que l’on en peut faire.

Pour avoir une idée plus claire, il aurait été préférable de recueillir des statistiques étalées sur plusieurs saisons jouées avec partisans dans les gradins.

Un partisan tient une affiche critiquant le travail d'un arbitre.

Les arbitres sont souvent la cible de moqueries des partisans.

Photo : Getty Images / Paul Bereswill

À la lumière de ces chiffres, François Fortin n’est pas prêt à dire que la LNH doit procéder à un examen de ses pratiques en matière d’arbitrage. Si le différentiel était encore plus grand, si la tendance était plus lourde, et si elle était sur le long terme, je dirais oui. Mais là, ce sont possiblement les circonstances.

Il s’en remet à l’expérience et la compétence de ses homologues. Pour un nouveau, moins expérimenté, je pense qu’il peut y avoir une influence de la foule. Dans ce sens-là, peut-être que pour un jeune comme Chris Schlener, c’est plus facile de travailler sans le poids de la foule. Mais chacun apprend finalement à se construire sa carapace.

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