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Chronique

La série Canadien-Leafs que personne n’a vue

Photo de groupe des joueurs de hockey avec le trophée

Le Canadien a gagné la Coupe Stanley en 1993 après avoir battu les Kings en finale. Les Maple Leafs sont passés bien près d'être leurs derniers adversaires.

Photo : La Presse canadienne / FRANK GUNN

Beaucoup de gens rappellent que la dernière série opposant les Maple Leafs au Canadien a eu lieu en 1979. Mais pour la fibre émotive, on repassera. À la fin des années 1970, pour la dynastie du CH, affronter Toronto dans les séries n’était au plus qu’une formalité. L’histoire aurait toutefois été bien différente si les deux équipes s’étaient affrontées en finale de la Coupe Stanley en 1993.

On parle ici d’un immense rendez-vous raté, d’un choc titanesque que les amateurs évoqueraient sans doute encore aujourd’hui.

Sept ans auparavant, en 1986, le Tricolore avait profité d’un incroyable coup de main du destin pour remporter sa 23e Coupe Stanley.

Les Oilers d’Edmonton se dirigeaient vers une troisième conquête de suite et rien ne semblait pouvoir les arrêter. En finale de division, toutefois, la bande à Wayne Gretzky avait fait face à une coriace résistance des Flames de Calgary, qui avaient forcé la présentation d’une septième rencontre. Et dans ce match fatidique, le défenseur Steve Smith, des Oilers, avait malencontreusement marqué dans son propre filet en troisième période, provoquant ainsi la fin de la dynastie.

À ce jour, bon nombre d’observateurs restent convaincus que le CH a profité d’un autre coup de pouce de la providence en mai 1993. Les fins connaisseurs de l’histoire de l’équipe iront peut-être même jusqu’à dire qu’il s’agissait d’un autre coup de pouce de la part de l’arbitre Kerry Fraser.


Les Maple Leafs de Toronto étaient redoutables en 1993. Leur filet était défendu par un gardien recrue de grand talent, le Montréalais Félix Potvin. Et l’équipe était dirigée par le fier et bouillant Pat Burns, qui avait dirigé le Canadien lors des quatre saisons précédentes. Burns connaissait les joueurs montréalais comme s’il les avait tricotés.

À Toronto, Burns avait trouvé une équipe bâtie sur mesure pour lui. Les Leafs étaient costauds, intenses et ils étaient capables de marquer des buts.

C’était un groupe spécial, a souligné Félix Potvin quand je lui ai parlé samedi dernier.

J’ai passé 13 autres saisons dans la LNH par la suite et l’équipe que nous avions à Toronto en 1992-1993 était celle qui était soudée le plus solidement. Nous avions des leaders extraordinaires. Doug Gilmour était un guerrier. Il était toujours sur la patinoire et jouait même lorsqu’il était blessé. Nous avions aussi conclu une transaction pour aller chercher Dave Andreychuk, qui était une machine à marquer des buts. Et nous avions Wendell (Clark) qui était un excellent joueur de hockey capable d’apporter de la robustesse. On misait sur un paquet de joueurs, comme Peter Zezel, qui remplissaient leur rôle à merveille.

En ce qui concerne notre brigade défensive, elle n’était pas spectaculaire, mais elle était composée de six gars qui venaient travailler tous les soirs. Sylvain Lefebvre, entre autres, était avec nous cette année-là. Tu pouvais compter sur lui tous les soirs. Il était très solide défensivement. Somme toute, nous avions une formation très équilibrée.

Deux joueurs sur la glace près d'un arbitre

Doug Gilmour pendant les séries de 93

Photo : The Associated Press / Mark J. Terrill

En 1992-1993, les Maple Leafs avaient terminé au 4e rang de l'Association Clarence Campbell (l’ancien nom de l'Association de l’Ouest) avec une récolte de 99 points. Avec 104 points au compteur, le CH avait conclu au même rang dans l'Association Prince de Galles.

Les deux équipes avaient croisé le fer deux fois durant la saison et les Leafs l’avaient emporté chaque fois. L’une de ces victoires était mon premier blanchissage dans la LNH (4-0), se souvient Félix Potvin.


Dans les séries, le Tricolore avait connu un départ difficile contre les Nordiques de Québec, qu'il avait finalement battus en six matchs. Les hommes de Jacques Demers avaient ensuite obtenu leur laissez-passer pour la finale en tapissant les Sabres de Buffalo en quatre matchs et les Islanders de New York en cinq.

Pendant ce temps, les Leafs connaissaient un véritable chemin de croix. Il leur avait fallu sept matchs pour éliminer les Red Wings de Détroit et les Blues de Saint Louis lors des deux premiers tours.

Quand ils sont arrivés dans le carré d’as face aux Kings, les Leafs avaient toutefois pris des allures de tsunami impossible à stopper.

Dans le sixième match, disputé au Great Western Forum de Los Angeles, ils n’étaient plus qu’à un but de la finale quand le tapis s’est mis à leur glisser sous les pieds. La rencontre était égale 4-4, puis Glenn Anderson a écopé d'une pénalité pour mise en échec excessive avec 12 secondes à écouler en temps réglementaire. Les Leafs ont donc amorcé la prolongation en désavantage numérique.

Quand elle a commencé, Wayne Gretzky et Doug Gilmour sont partis à la poursuite d’une rondelle libre. Gretzky a tenté de soulever le bâton de Gilmour, atteignant au passage le meilleur marqueur des Leafs au menton. La coupure a nécessité huit points de suture, mais l’arbitre Kerry Fraser n’a jamais vu la séquence. Il a fait appel à ses juges de lignes pour déterminer ce qui s’était passé, sans succès. Gilmour est donc rentré au vestiaire pour se faire soigner, et Gretzky n’a jamais été puni.

Un gardien sur la glace regarde la rondelle derrière lui.

Félix Potvin battu par Wayne Gretzky en prolongation du 6e match contre les Kings.

Photo : The Associated Press / Mark J. Terrill

Gretzky a marqué quelques secondes plus tard, au cours du même avantage numérique, raconte Félix Potvin.

Puis, dans le septième match, disputé à Toronto, Wayne Gretzky a été... Wayne Gretzky. Il a joué comme le meilleur joueur au monde. Il a marqué trois buts. Il a pris le contrôle du match. Nous étions confiants avant cette ultime rencontre, mais le sixième match nous avait fait mal parce que nous avions tous senti que nous n’étions qu’à un seul but de nous rendre en finale de la Coupe Stanley, ajoute-t-il.

Et c’est ainsi qu’un des plus grands classiques du hockey n’a jamais eu lieu.


Cette pénalité non appelée par Kerry Fraser a sans doute constitué le fait le plus marquant de sa longue carrière. Dans son autobiographie intitulée The Final Call (et dont la préface est signée par Gretzky!), il consacre tout un chapitre à cet incident.

En tant qu’arbitre, la plus grande peur que j’ai toujours eue était que quelque chose d’important survienne en une fraction de seconde ou le temps d’un battement de paupières et que je ne puisse le voir [...] Quand ce jeu est survenu, j’ai eu mal au ventre. J’ai ressenti une sensation d’impuissance tellement forte que j’ai eu envie de vomir , écrit Fraser.

Quinze ans plus tard, l’arbitre raconte avoir été menacé dans un bar sportif de Toronto par un partisan qui portait encore un chandail de... Félix Potvin.

Jusqu’à sa mort, survenue en 2010, Pat Burns a cru que Wayne Gretzky aurait dû être assis au banc des pénalités au lieu d’inscrire le but gagnant lors du sixième match de la série opposant les Leafs aux Kings.

À ce jour, je suis encore incapable de regarder les sixième et septième matchs de cette série. Ils ont été diffusés durant la pandémie et j’ai été incapable d’y jeter un coup d’oeil, confie pour sa part Félix Potvin.

J’y ai pensé assez souvent au fil des ans. C’est l’affaire qui a été la plus difficile à accepter de toute ma carrière. C’était ma première saison et nous étions à un match de jouer en finale de la Coupe Stanley contre le Canadien. Je pense que ça aurait été un affrontement incroyable. C’était la finale dont tout le monde rêvait au Canada. C’est certain.

Imaginez un peu. Toronto contre Montréal. Jacques Demers contre Pat Burns. Vincent Damphousse contre Doug Gilmour. Patrick Roy contre Félix Potvin. Le Forum et le Maple Leaf Gardens remplis à craquer. Et d’un océan à l’autre, des millions d’amateurs rivés sur le bout de leur siège.

Le 27 mai 1993, à Los Angeles, en un battement de paupières, cette série de rêve s’est évanouie.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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