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Chronique

Le Canadien en sept, dans une série dont on parlera longtemps

Deux joueurs de hockey

Alexandre Kerfoot et Joel Armia bataillent pour la rondelle lors d'un match entre les Maple Leafs de Toronto et le Canadien de Montréal.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Avant que la saison 2021 se mette en branle, j’écrivais que le Canadien avait tout ce qu’il fallait, non seulement pour participer aux séries, mais aussi pour se rendre jusqu’au carré d’as. Bien que les quatre derniers mois aient souvent été déconcertants, le potentiel du CH n’a pas changé.

Disons les choses franchement : de façon générale, le calendrier de 56 matchs auquel nous avons assisté était de fort piètre qualité.

En raison de la pandémie, les dirigeants de la LNH ont dû improviser de nouvelles divisions et concocter un calendrier compressé de 56 matchs qui, dès le départ, soumettait les athlètes à des conditions très difficiles. Des cas de COVID-19 ou des éclosions survenues dans plusieurs formations ont davantage resserré l’étau par la suite.

En plus d’avoir cet étrange calendrier comme trame de fond, le Tricolore a vu le tiers de sa formation changer durant la morte-saison. L’équipe a aussi vécu un changement d’entraîneur à la volée sans bénéficier de temps d’entraînement de qualité. La COVID-19 s’est ensuite immiscée dans le vestiaire, la forçant à disputer ses 25 derniers matchs en 43 jours. Des problèmes de gestion du plafond salarial ont aussi eu des répercussions sur la composition de la formation. Et en guise de cerise sur le sundae, la formation montréalaise a été victime d’une vague de blessures qui a tour à tour écarté de la formation des piliers comme Carey Price, Ben Chiarot, Shea Weber, Tomas Tatar, Phillip Danault et Jonathan Drouin.

La stabilité est un grand facteur de succès dans le monde du sport. Et la saison du CH a été tout, sauf stable. Comme je l’écrivais il y a quelques semaines, le Canadien a souvent eu l’air d’une ambulance en feu sur laquelle tout le monde tirait pendant qu’elle dévalait une pente abrupte en direction d’un ravin.

En fin de compte, cette équipe énigmatique n’a remporté que 24 victoires, un seule de plus que les jeunes Sénateurs d’Ottawa. En ne remportant que 42,8 % de ses matchs, le Tricolore est par ailleurs devenu l’équipe ayant accédé aux séries avec le plus faible pourcentage de victoires depuis l’instauration de la nouvelle LNH en 2005.

L’expression ce n’est rien pour écrire à sa mère est ici parfaitement choisie.

***

Au bout du compte, cette saison rocambolesque ne change rien au fait que le Bleu-blanc-rouge présente une formation taillée sur mesure pour les séries éliminatoires.

Dans les séries, le hockey de la LNH est un sport différent.

Il bloque une rondelle.

Carey Price

Photo : usa today sports / Sergei Belski

Le jeu y est resserré à outrance et les arbitres utilisent rarement leur sifflet. En conséquence, les grands talents offensifs ont souvent moins d’impact sur les résultats des matchs. La profondeur et la patience deviennent par le fait même des armes extrêmement précieuses.

Dans la bulle torontoise l’été dernier, c’est ainsi que les Maple Leafs ont été évincés par les Blue Jackets de Columbus dès le tour préliminaire même s’il n’y avait, sur papier, absolument aucune comparaison entre les deux équipes. Columbus s’est contenté de jouer avec discipline et d’attendre les ouvertures que les Leafs leur donnaient pour les rayer du portrait.

Et dans la même bulle torontoise, c’est ainsi que le CH, une équipe de 24e place avec une formation qu’on avait vidée de plusieurs vétérans à la date limite des échanges, a évincé les Penguins de Pittsburgh et offert une difficile série de six matchs aux Flyers de Philadelphie.

En séries éliminatoires, les gardiens jouent un rôle déterminant. Frederik Andersen a connu une saison difficile (13-8, ,895) et Carey Price aussi (12-7 ,901). Mais Price est le meilleur gardien des deux.

Au cours des trois dernières saisons, Andersen défendait le filet d’une équipe dominante. Il a maintenu un taux d’efficacité de ,917 et n’a remporté aucune des trois séries auxquelles il a pris part. Price protégeait la cage d’une équipe perdante et a présenté un taux de ,918. À sa seule participation aux séries durant cette période, il a éliminé les Penguins.

***

Je ne suis pas en train de vous dire que les Maple Leafs sont mauvais. Ils forment une excellente équipe. Ils misent sur Auston Matthews, Mitch Marner, John Tavares et Morgan Rielly. Ils sont de légitimes aspirants à la Coupe Stanley.

Les Leafs feraient toutefois bien d’attacher solidement leurs tuques s’ils veulent remporter cette série.

Auston Matthews célèbre après avoir marqué un but dans l'uniforme des Maple Leafs cette saison.

Auston Matthews (41) a terminé la saison au sommet des buteurs de la LNH.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Parce que le classement ne tient plus durant les éliminatoires et que la marge qui sépare les gagnants des perdants y est souvent infinitésimale. Deux ou trois jeux-clés font la différence entre poursuivre le tournoi et rentrer à la maison.

Si le classement faisait foi de tout, les lauréats du trophée du Président remporteraient la Coupe la plupart du temps. Or, la meilleure équipe du calendrier n’a soulevé la coupe Stanley que deux fois au cours des 18 dernières années. En revanche, durant cette période, l’équipe ayant amassé le plus de points en saison a été éliminée cinq fois au premier tour et six fois au deuxième.

L’histoire de la LNH est parsemée d’équipes favorites qui ont été évincées. Les Maple Leafs, qui ont été éliminés au premier tour quatre ans de suite et qui n’ont pas remporté une série depuis 2004, en savent quelque chose.

C’est d’ailleurs un facteur qui milite en leur défaveur. Les Leafs portent sur leurs épaules les échecs des 15 dernières années. Dès qu’ils se retrouvent en situation précaire dans une série, il se trouve énormément de gens pour leur rappeler cet héritage. Et la pression à laquelle ils font face s’en trouve décuplée.

***

Tous les joueurs acquis par Marc Bergevin l’automne dernier (Tyler Toffoli, Josh Anderson, Joe Edmundson, Corey Perry, Jake Allen) ont joué des rôles prépondérants pour le Canadien cette saison. Même si ça ne s’est pas avéré au classement, ils ont considérablement amélioré ce club.

Il attend la mise au jeu.

Avec 28 buts et 44 points, Tyler Toffoli a été le meilleur marqueur du Canadien cette saison.

Photo : Minas Panagiotakis

Par ailleurs, tous les joueurs qui se sont absentés au cours des dernières semaines, sauf Jonathan Drouin, seront en mesure de reprendre leur place dans la formation à temps pour le début des séries éliminatoires. Le tiers de l’équipe aura donc bénéficié d’une précieuse période de récupération. Et parmi eux, Brendan Gallagher, qui est en quelque sorte l’âme du Canadien. Ce n’est pas rien.

Nick Suzuki, un joueur-clé du Tricolore, a bouclé le calendrier en pleine ascension, tout comme Artturi Lehkonen et Jake Evans, des joueurs de soutien qui auront des responsabilités importantes dans les séries.

***

Nous sommes sur le point de vivre quelque chose de rarissime : une série Canadien-Maple Leafs. Parce que la dernière série entre les deux clubs remonte à 1979, un grand nombre de partisans montréalais ne semblent pas encore se rendre compte de la magnitude de cet affrontement, qui sera étroitement surveillé d’un Atlantique à l’autre, comme disait Claude Ruel.

Pour ce qui est de l’attention médiatique ou de cotes d’écoute, il faut ici envisager un record. Au cours des deux prochaines semaines, nous pourrions vivre, sur le plan de l’intensité, ce qui se rapprocherait le plus des incroyables séries Canadien-Nordiques.

En saison, les joueurs du CH et des Leafs sont fébriles juste à l’idée de s’affronter à la télévision nationale le samedi soir. Imaginez pour une série éliminatoire!

Le Canadien compte dans sa formation 15 joueurs qui sont nés au Canada, alors qu’on en retrouve 12 du côté des Maple Leafs. Et tous sont tous conscients de l’enjeu. Peu importe ce qu’ils ont accompli ou ce qu’ils accompliront au cours de leur carrière, tous ces joueurs risquent d’entendre parler de cette série jusqu’à la fin de leurs jours. Il n’y aura donc pas de compromis.

Pour toutes ces raisons, il est difficile d’imaginer que cette série puisse se régler en moins de sept matchs. Et pour toutes ces raisons, je suis convaincu qu’on verra enfin le CH jouer à la hauteur de son potentiel.

J’y vais donc avec le Canadien en sept.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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