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Chronique

Dis-moi qui est ton quart-arrière, je te dirai qui tu es

Le nouveau quart-arrière des Jets surveille l'action pendant le camp des recrues de l'équipe, les mains sur les hanches.

Zach Wilson et ses allégeances politiques poseront un problème délicat pour la NFL, croit Martine St-Victor.

Photo : Associated Press / Bill Kostroun

Martine St-Victor

Marjorie Taylor Greene est une élue républicaine aux États-Unis. Sympathisante du groupe conspirationniste QAnon, elle jouit d’une popularité presque inexplicable dans une marge bien spécifique du Grand Old Party. L'une de ses disciples les plus notoires est Lisa Wilson, la maman de Zach Wilson, le nouveau quart-arrière des Jets de New York.

Deuxième choix du récent repêchage de la NFL, le désormais visage des Jets aura plusieurs défis à relever. D'abord, celui de briser la longue chaîne de quarts décevants repêchés par l'équipe depuis 10 ans. Puis, évidemment, celui de mener l’équipe aux éliminatoires, inatteignables depuis 2010, au grand désespoir des partisans du Gang Green.

Les défis de Zach Wilson ne se limitent pas au terrain de football. Sur les réseaux sociaux, certaines des publications de sa mère sont gênantes. Sa récente tirade contre Disney World, son penchant anti-masque, mais surtout, son allégeance au Make America Great Again. Tout ça ternit l’image de Zach Wilson, puisque sa mère fait partie du portrait que la ligue a vendu aux partisans.

La scénographie était planifiée à la perfection. Après que son nom eut été annoncé le premier soir du repêchage, soutenu par un tonnerre de hurlements de joie et d’applaudissements, Zach Wilson, toujours suivi par les caméras, a quitté la scène centrale du spectacle pour retourner en coulisses. Il y était attendu par sa famille.

Nous avons alors été témoins d’une accolade toute Wilson : Zach, sa copine, son papa, sa maman et ses cinq frères et sœurs. Sous nos yeux, une version moderne et animée d’une peinture de Norman Rockwell. La famille All-American célébrant son entrée dans la ligue professionnelle du plus américain des sports.

Cette image parfaite ne peut toutefois faire oublier ce que les Jets espèrent faire taire le plus possible. Si Lisa Wilson ne cache pas ses couleurs politiques, Zach, lui, flirte de manière plus discrète avec certaines des mêmes idéologies que sa mère. Il y a eu le gazouillis très pro-Trump de l’acteur James Woods, que Zach Wilson a aimé. Puis, une autre publication, celle-ci désobligeante envers les joueurs exerçant leur droit constitutionnel de manifester, a aussi plu à Wilson. Ce n’est pas anodin.

Zach Wilson fait partie de la génération pour qui les réseaux sociaux sont des manifestes. Tout ça aurait été moins grave s'il était porteur de ballon ou un ancien champion de golf octogénaire. Mais il est quart-arrière, la position la plus visible sur et hors terrain.

Comment ce jeune loup, aux tendances trumpistes, pourra-t-il remplir son rôle de porte-parole d’une équipe new-yorkaise? New York, ce bastion démocrate. New York, cette capitale des médias dans laquelle Wilson devra, en début de saison, comme le veut la tradition, faire la tournée des émissions matinales et de fin de soirée. Les Jets prendront-ils le risque de l’envoyer chez un Stephen Colbert, risquant ainsi de l’exposer à des questions sur ses préférences politiques?

Dans les bureaux de l’équipe, et loin des monologues d’animateurs qui ne cachent pas leur penchant démocrate, les préférences de Wilson ne dérangent pas. Lors des élections de novembre dernier, le propriétaire des Jets, Robert Johnson, a donné plus de 2 millions de dollars au Parti républicain. Aucun autre propriétaire de la NFL n’a été aussi généreux envers Donald Trump et ses troupes. Cette loyauté à l’ancien président existe depuis sa première campagne présidentielle en 2016 et elle a valu à Johnson, un républicain de longue date, un poste d’ambassadeur au Royaume-Uni.

Au-delà du côté traditionnel de l'exercice médiatique, Zach Wilson devra se résigner à sa pratique puisqu'elle fait partie d’une stratégie de communication bien précise. Pour l'équipe, évidemment, mais aussi pour les marques maintenant associées à Wilson. Et ce sont ces marques – comme Nike, avec qui Wilson a récemment signé une entente – qui seront certes plus frileuses de voir le nouveau golden boy prendre le risque d'aliéner des consommateurs encore traumatisés par l’attaque sur le Capitole du 6 janvier dernier. Et ce sont eux, les consommateurs et partisans des Jets, qui comptent le plus. Eux qui, selon le Sports Business Journal, auraient voté à 53 % pour Joe Biden.

Malgré une récente souplesse et contrairement à la NBA, la NFL préfère que ses joueurs laissent la politique de côté. Zach Wilson devra-t-il donc se distancer de sa mère et renier publiquement Donald Trump et Marjorie Taylor Green? Parce que si les convictions de Colin Kaepernick l’ont rendu radioactif aux yeux de la NFL et de certains partisans de la ligue, comment celles de Wilson pourraient-elles être sans conséquence?

Martine St-Victor est présidente et stratège en communication à Milagro Atelier de Relations Publiques, et chroniqueuse à The Gazette.

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