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Chronique

Derby du Kentucky : des millions de parieurs floués?

Des chevaux font la course dans un hippodrome.

Medina Spirit (en avant, à droite) avait été déclaré vainqueur du 147e Derby du Kentucky.

Photo : Getty Images / Tim Nwachukwu

L’annonce médiatisée de la probable disqualification de Medina Spirit, cheval gagnant du Derby du Kentucky, a soulevé beaucoup d’intérêt dimanche. Mais personne ne s’est senti plus interpellé que les parieurs qui avaient misé un p’tit 2 $, 100 $, ou leur chemise sur Mandaloun. C’est en effet Mandaloun, deuxième et battu par une demi-longueur à Churhill Downs le 1er mai, qui sera déclaré vainqueur si la disqualification est confirmée.

Eh bien, ces parieurs seront déçus, car dans le monde du pari sportif, Medina Spirit est et restera le gagnant. On ne va pas exiger remboursement des parieurs ayant touché leur gain grâce à Medina Spirit ni compenser d’aucune façon ceux qui avaient misé sur Mandaloun.

Rappelons que la direction du derby a suspendu l’entraîneur de Medina Spirit, le réputé Bob Baffert, tout en lui annonçant que son poulain avait échoué à un test antidopage. En cause : l’usage de bétaméthasone utilisée pour soulager la douleur, mais qui contient des stéroïdes.

On attend maintenant la confirmation d’un second test pour officialiser la disqualification.

Un précédent

La loi américaine sur les paris est ainsi faite et se base, entre autres, sur un précédent notoire, la disqualification de Dancer’s Image (lire sa troublante histoire un peu plus bas) au Derby du Kentucky de 1968.

On avait reproché à Dancer’s Image l’utilisation de phénylbutazone, un anti-inflammatoire non stéroïdien. Ses propriétaires avaient eu gain de cause lors d’un appel devant les tribunaux avant de perdre en seconde instance. Mais dans le monde des paris, ça n’avait rien changé.

À l’époque, le pari sportif relevait davantage du monde interlope que des casinos ou d'autres entreprises accréditées. On aurait mal vu les fier-à-bras descendre dans la rue pour aller reprendre les paris gagnants qu’avait rapportés Dancer’s Image. À plus forte raison pour les centaines de milliers de petits paris qui n’avaient rapporté que 20 $ ou 50 $ à leur auteur. On a donc tiré la ligne.

Mais 2019?

Un autre cheval a été disqualifié après avoir remporté le Derby. Et cette fois, on a payé le deuxième et éventuel vainqueur. Maximum Security a été le premier à franchir le fil en 2019, mais il a été déclassé pour avoir commis de l’obstruction. La décision a été rendue 22 minutes après la course. Country House a été proclamé vainqueur. En raison du très court délai, ses paris ont été honorés. Il a d’ailleurs été l’un des gagnants les plus inattendus de l’histoire du Derby et de la Triple Couronne. Il était coté à 65 contre 1. Il n’a plus remporté une seule course par la suite.

Un autre exemple?

On s’éloigne de l’écurie, mais rappelons qu’en 2010, Reggie Bush a rendu le trophée Heisman remis au meilleur footballeur du réseau universitaire américain, trophée qu’il avait gagné en 2005. Bush et les Trojans de USC ont contrevenu aux règles en matière de bonifications destinées aux athlètes étudiants. Les parieurs qui avaient misé sur Bush pour remporter le Heisman ont conservé leur gain.

Pauvre Dancer’s Image

Quelques lignes en terminant pour rappeler la triste histoire de Dancer’s Image, l’étalon disqualifié pour dopage en 1968. Le produit qui a entraîné sa disqualification était le phénylbutazone, qui ne contenant aucune drogue susceptible d’améliorer la performance. Le monde des courses ne lui a jamais rendu sa victoire, mais on a réalisé que la substance incriminante n’aurait pas dû l’être, tout simplement. Elle a donc été autorisée a posteriori, en 1974. Après le Derby de 1986, on a noté la présence de phénylbutazone chez 13 des 16 chevaux partants. Et personne n’a été inquiété.

Le propriétaire de Dancer’s Image, Peter Fuller, a passé beaucoup de temps devant les tribunaux pour rétablir sa réputation et celle de son poulain. Fuller a toujours soutenu que la substance avait été appliquée à son cheval, par un tiers, à Churchill Downs, juste avant l’épreuve, pour l’incriminer en cas de victoire.

Ce Bostonien était un ardent sympathisant du mouvement pour les droits civiques des Noirs américains. Il avait fait cadeau d’une bourse de 62 000 $ remportée par Dancer’s Image à Coretta Scott King, la veuve de Martin Luther King, deux jours après l’assassinat du pasteur américain. Il s’estimait snobé par l’aristocratie équestre du Sud américain.

Craignant ce genre d’histoire, il avait officiellement demandé l’autorisation d’accentuer la sécurité autour de son cheval la veille de l’épreuve. On la lui avait refusée.

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