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Un Canadien de Montréal sans Québécois pour la première fois?

Samedi soir face aux Maple Leafs, le Canadien de Montréal pourrait vivre une première en plus de 100 ans d'histoire.

Danault et Drouin célèbrant un but.

Phillip Danault, à gauche, et Jonathan Drouin, à droite, sont les deux seuls joueurs québécois réguliers de la formation du Canadien de Montréal cette saison. Ils sont présentement tous les deux à l'écart du jeu.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Pierre-Yves Robert

La blessure de Phillip Danault, jumelée à l'absence de Jonathan Drouin, pourrait signifier qu'aucun joueur né au Québec sera de la formation pour un match du Canadien, une première dans l'histoire de l'équipe.

Le Tricolore compte sur trois joueurs québécois cette saison : Phillip Danault, Jonathan Drouin et Alex Belzile. Samedi soir, lors de l'affrontement entre le Canadien et les Maple Leafs de Toronto, tout indique qu'aucun d'entre eux ne sera de la formation.

Les deux premiers sont absents (blessure au haut du corps et raisons personnelles, respectivement) tandis que Belzile, 29 ans, se retrouve dans le groupe de réserve. Il n'a encore jamais pris part à un match de saison dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Il avait toutefois participé à six rencontres lors des séries éliminatoires de 2020, l'été dernier, récoltant une aide au passage.

Depuis que Marc Bergevin a pris la barre de l'équipe à titre de directeur général, en mai 2012, 17 joueurs québécois ont enfilé le chandail du Tricolore : Gabriel Dumont, David Desharnais, Francis Bouillon, Michael Bournival, Daniel Brière, Louis Leblanc, Torrey Mitchell, Pierre-Alexandre Parenteau, Mark Barberio, Phillip Danault, Charles Hudon, Nicolas Deslauriers, Jonathan Drouin, Michael Chaput, Marco Scandella, Xavier Ouellet et Alex Belzile.

Neuf printemps plus tard, Bergevin pourrait bien être à la tête de la seule édition du CH à disputer une rencontre de la LNH sans l'apport d'un joueur né au Québec.

Une pression additionnelle

S'il s'avérait, ce nouveau chapitre dans l'histoire centenaire du club surviendrait peu de temps après que deux anciens gardiens de but de l'équipe se sont prononcés sur la pression de jouer à Montréal, en lien avec la décision de Jonathan Drouin de quitter l'entourage de l'équipe pour des motifs personnels.

Pour José Théodore, lauréat des trophées Hart et Vézina en 2002, la pression peut permettre à un athlète de se surpasser et d'améliorer ses performances. Néanmoins, [la pression], c'est jour après jour, sept jours par semaine. Tous les gens te parlent de hockey. [...] C'est sûr qu'on a beaucoup d'attention, beaucoup de pression en tant que Québécois évoluant avec le Canadien, avoue l'ancien gardien vedette de l'équipe.

José Théodore avec le Canadien de Montréal en 2006

José Théodore a connu la gloire avec le Canadien de Montréal en 2001-2002, remportant les prestigieux trophées Hart (joueur le plus utile) et Vézina (meilleur gardien).

Photo : Getty Images / Dave Sandford

Selon Jocelyn Thibault, qui a évolué pour le Tricolore entre les saisons 1995-1996 et 1998-1999, la pression est plus forte pour les joueurs francophones, et encore plus lorsque le joueur remplit un rôle important.

[Aujourd'hui], avec les médias sociaux, c’est différent. Il y a des joueurs qui ont une carapace plus grosse que d’autres. Mais je ne dirais jamais à un francophone de ne pas signer à Montréal. Regarde Danault. Il n’aurait probablement jamais eu la carrière qu’il a s’il n’avait pas signé à Montréal, estime Jocelyn Thibault.

Danault, justement, avait lui aussi commenté la pression du marché montréalais suite à l'annonce de l'absence de Drouin. Selon lui, le désir de satisfaire les amateurs peut représenter une arme à double tranchant, qui finit par peser lourd dans la tête des joueurs.

Extrait Phillip Danault

Montréal, c’est tellement de gros "ups" et de gros "downs"...

Une citation de :Phillip Danault

Il n’y a pas tellement de milieu. [...] On veut tellement bien performer et porter le gilet fièrement. Donc, c’est une pression supplémentaire qu’on se met. Des fois, ça devient plus difficile sur la glace, et hors glace aussi, avait déclaré Danault pour commenter la situation personnelle de son coéquipier.

La faute au repêchage?

La possible absence de joueurs québécois dans la formation arrive quelques mois après que la direction a encore une fois subi des critiques pour avoir ignoré les joueurs d'ici au repêchage de la LNH. Le repêchage de 2020 représentait la troisième fois en cinq ans que le CH ne sélectionnait aucun joueur né dans la Belle Province, ni de représentant de la LHJMQ lors de l'encan annuel.

Le chroniqueur Martin Leclerc rappelait cet automne que seulement 36 Québécois jouaient de façon régulière dans la LNH lors de la saison 2019-2020. Le bassin québécois n’est plus la source intarissable qu’il était dans le passé, soutient-il.

De toutes les grandes pépinières de hockey, le Québec est celle qui a perdu le plus de terrain au cours des 20 dernières années.

Une citation de :Martin Leclerc

Ce déclin du hockey québécois serait dû, à son avis, à la façon dont les hockeyeurs d'ici sont formés : On développe encore nos joueurs de la même façon qu’il y a 30 ans, une situation qui pourrait aussi expliquer, en partie, pourquoi le Tricolore n'arrive plus à compter systématiquement sur des joueurs québécois dans son équipe.

Un lien fort entre l'équipe et le public

Malgré la baisse, avec les années, du nombre de joueurs québécois à porter le chandail de l'équipe, le Bleu-blanc-rouge de Montréal continue d'entretenir un lien puissant avec le public d'ici. En début d'année, le gouvernement Legault faisait même appel à l'équipe pour promouvoir les mesures sanitaires dans la lutte à la COVID-19.

D'ailleurs, la marque du Canadien de Montréal demeure l'une des plus importantes au pays. En 2017, à l'occasion du 150e anniversaire du Canada, la firme Interbrand avait établi la liste des 150 marques emblématiques au pays (Nouvelle fenêtre), dans laquelle le Canadien de Montréal se retrouvait pour sa capacité à établir une connexion émotionnelle.

Pas une situation unique au Tricolore

Les critiques à l'endroit du manque de joueurs québécois dans l'alignement du Canadien font écho à celles avec lesquelles le Paris Saint-Germain (PSG), au soccer européen, avait eu à composer il y a quelques années.

En décembre 2013, pour la première fois dans l'histoire du championnat de France, le PSG avait aligné une équipe composée uniquement de joueurs étrangers.

La situation avait généré une polémique dans les médias français et Thierry Braillard, alors secrétaire d'État aux Sports en France, avait même déclaré avoir été gêné de voir des matchs où l’équipe ne compte pas un seul Français dans un entretien accordé au quotidien Les Échos (Nouvelle fenêtre).

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