•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Une semaine parfaite pour la Ligue nationale de la haine

Deux hommes en complet discutent pendant une séance de repêchage.

Le commissaire Gary Bettman et le directeur des opérations Colin Campbell

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

« Disons les choses comme elles sont : nous vendons des rivalités, nous faisons la promotion et la vente de la haine. » - Colin Campbell, vice-président exécutif et directeur des opérations de la LNH

Colin Campbell a fait cette étonnante confidence dans un courriel adressé à l’ancien analyste du réseau NBC Mike Milbury au début des années 2010. Ce courriel avait été présenté en preuve plusieurs années plus tard, en 2016, dans un recours collectif intenté contre la LNH par un groupe d’anciens joueurs. Ces derniers réclamaient des dommages et intérêts pour des blessures permanentes découlant des commotions cérébrales qu’ils avaient subies durant leur carrière.

Durant le même procès, un autre courriel de Campbell avait été présenté à la juge. Le vice-président de la LNH y déclarait qu’un joueur s’étant fait casser le nez et une main en encaissant une violente mise en échec méritait une amende et une suspension pour s’être placé dans une position vulnérable.

Bref, vous voyez le portrait.

Ces scandaleuses déclarations de Campbell me sont revenues en tête, mardi, quand le directeur du soi-disant département de la sécurité des joueurs de la LNH, George Parros, a imposé une ridicule amende de 5000 $ à l’attaquant Tom Wilson, des Capitals de Washington. Or, il se trouve que Parros travaille sous la supervision de... Colin Campbell.

Wilson, n’ayons pas peur des mots, est un fou furieux. Au cours des quatre dernières années, il a été suspendu cinq fois par la LNH. Et l’une de ces suspensions est survenue plus tôt cette saison. Wilson avait alors expédié le défenseur Brandon Carlo, des Bruins, directement à l’hôpital en lui donnant une dangereuse mise en échec à la tête. En tout, les cinq suspensions de Wilson l’ont privé de plus de 1,2 million de dollars en salaire.

Malgré cela, le message ne passe toujours pas.

Il sourit.

Tom Wilson au banc des Capitals

Photo : Associated Press / Gene J. Puskar

Lundi soir dernier, Tom Wilson avait mis en danger la santé de deux joueurs des Rangers de New York : Pavel Buchnevich et Artemi Panarin. Après un coup de sifflet, l’attaquant des Capitals avait écrasé la tête de Buchenevich sur la patinoire alors qu’il était couché à plat ventre, sans défense. Et il avait violemment rabattu Panarin, alors sans casque, sur la glace en lui tirant les cheveux. Le meilleur attaquant des Rangers a subi une blessure sur cette séquence et sa saison est terminée.

L'attaquant des Capitals empoigne Artemi Panarin par les cheveux lors d'une mêlée avec plusieurs autres joueurs des deux équipes.

Tom Wilson a reçu 14 minutes de punition lors d'une séquence dangereuse.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett


Incroyablement, George Parros n’a pas jugé bon de suspendre Wilson pour ces gestes. Aux quatre coins de l’Amérique du Nord, son inertie a suscité la consternation et l’indignation.

L’ex-dur à cuire John Scott a dénoncé la lâcheté des gestes commis par Tom Wilson et s’est demandé comment la LNH avait pu descendre aussi bas. L’agent Allan Walsh a blâmé le commissaire Gary Bettman pour son désintérêt total envers la santé et la sécurité des joueurs. Et l’ancien arbitre Paul Stewart a souligné sur Twitter que blâmer George Parros pour sa gestion des actes violents qui sont posés dans la LNH équivaut à blâmer le clown Ronald McDonald pour la qualité de la nourriture chez McDonald’s.

Le poste de Parros est symbolique. Les départements de l’arbitrage et de la sécurité des joueurs sont supervisés par le directeur des opérations (Colin Campbell), a-t-il rappelé, avec justesse.

L’inertie de Parros et les incidents survenus après le match de lundi entre les Capitals et les Rangers démontrent, par mille, pourquoi les joueurs refusent que les bagarres soient interdites dans la LNH. Parce que personne d’autre ne les protège, tout simplement. Confrontés depuis toujours à cette cruelle réalité, les joueurs veulent garder la possibilité de défendre eux-mêmes leur peau et leur gagne-pain.


Il existe un merveilleux proverbe anglais qui explique comment une simple tâche mal exécutée peut avoir des conséquences désastreuses pour toute une organisation. Ça s’intitule : À cause d’un clou.

L’histoire raconte que parce que le sabot d’un cheval avait été mal cloué, un cheval n’avait pas été en mesure d’effectuer son trajet, et que par le fait même, le soldat qui montait le cheval et qui portait un message important n’avait pu se rendre à destination. Parce que le message n’avait pas été livré, une bataille importante avait été perdue. Et parce que cette bataille avait été perdue, c’est le camp ennemi qui avait remporté la guerre et qui s’était approprié le royaume. Tout le royaume avait donc été perdu à cause d’un simple clou.

Eh bien, c’est exactement ce qui est arrivé dans la LNH cette semaine.


Parce que le responsable de la sécurité des joueurs est resté assis sur ses mains, le propriétaire et PDG des Rangers de New York, James Dolan, a publiquement dénoncé son incompétence.

Parce que Dolan a dénoncé l’incompétence de George Parros, la LNH a imposé une amende de 250 000 $ aux Rangers, soit 50 fois celle imposée à Tom Wilson.

Parce que le président et le directeur général des Rangers John Davidson et Jeff Gorton se sont dissociés de la position du propriétaire, ils ont été congédiés. James Dolan en avait aussi ras le bol de voir les joueurs des Rangers se faire malmener par les équipes adverses depuis quelque temps, sans qu'ils ripostent de quelque manière.

Parce que personne n’a sanctionné Tom Wilson, les joueurs des Rangers ont décidé de se faire justice eux-mêmes, mercredi soir, sur la patinoire du Madison Square Garden. Trois combats ont éclaté simultanément dès la première seconde de jeu. Six combats ont eu lieu en première période, et Pavel Buchnevich, une victime du match de lundi, a servi un vicieux doublé-échec au visage d’Anthony Mantha. Il a été expulsé du match et, en tout, 141 minutes de pénalité ont été décernées.

L'attaquant des Rangers frappe avec son bâton son adversaire des Capitals au visage.

Un incident entre Pavel Buchnevich et Anthony Mantha a ajouté une couche aux hostilités entre les Rangers et les Capitals.

Photo : Reuters / Bruce Bennett

Et parce que tous ces événements sont survenus, l'image de la LNH a été ternie partout sur la planète. Elle a ainsi montré que toutes ses campagnes visant à présenter le hockey comme un sport ouvert et inclusif sont factices. Et qu’en fait, la ligue est toujours dirigée par des dinosaures comme Colin Campbell, qui croient que leur rôle consiste à faire la vente et la promotion de la haine.

Tout cela, parce que George Parros n’a pas osé lever le petit doigt.

Quel gâchis! Mais surtout, quel excellent rappel des valeurs profondes qui animent les dirigeants de la LNH.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !