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Un premier Giro pour Antoine Duchesne au crépuscule de sa carrière

Le cycliste sourit.

Antoine Duchesne

Photo : Photo Groupama-FDJ, Nicolas Gotz

Michel Chabot

Antoine Duchesne s'est rendu à Turin mercredi afin de prendre le départ du Tour d’Italie pour la première fois de sa carrière, samedi. Le cycliste québécois s’en réjouit, mais il demeure réaliste quant aux chances de son équipe, Groupama-FDJ, d’y faire bonne figure.

La formation française a annoncé mardi que Thibaut Pinot sera absent de ce Giro en raison de douleurs au dos. Les coureurs ne seront ainsi pas au service d’un leader.

À la base, Thibaut n’y allait pas pour se battre au classement général, précise Duchesne. Avec ses problèmes au dos en début de saison, on savait que s’il réussissait à être au départ, ce serait un boni. Nous aurions été autour de lui plus que les autres, mais son objectif à lui, c’était d’aller chercher des victoires d’étapes. La stratégie est la même, mais notre meilleure chance de victoire d’étape est partie.

Nous avons quand même une équipe solide pour les échappées. Elle n’est pas structurée pour les sprints, nous n’avons aucun sprinteur ni aucun favori.

Le Québécois pourrait prendre part à une échappée au cours des trois prochaines semaines, mais il a des ambitions modérées.

La plupart des échappées qui vont jusqu'au bout partent, en général, dans les cols, explique-t-il. C’est souvent dans la deuxième ou troisième semaine, quand des gars qui devaient se battre pour le classement général ne le font plus pour x raisons. Alors ils vont dans les échappées et ce sont eux qui gagnent des étapes.

De moins en moins, on voit, comme il y a 10 ou 15 ans, des échappées dans lesquelles il n’y a pas de favoris. Ce sont ces échappées-là que je pouvais gagner. Maintenant, il n’y a plus vraiment de coup de magie. Sans être pessimiste, les gars qui gagnent la course, ce n’est pas de la chance. Ce sont les plus forts qui gagnent.

Une citation de :Antoine Duchesne

Remonter la pente

Antoine Duchesne revient de loin après avoir souffert d’une mononucléose en août 2020. Il avait alors dû renoncer à son deuxième Tour de France. L’année précédente, c’est une opération pour traiter une endofibrose de l'artère iliaque qui lui avait fait rater deux mois d’activités.

Qu’il ait été choisi pour participer au Giro le rend heureux. Mais le champion canadien en 2018 ne pavoise pas pour autant, même s’il deviendra le deuxième Québécois, après Hugo Houle, à avoir couru dans les trois grands tours (France, Espagne et Italie).

Je suis content de faire le Giro, confie Duchesne. Pas pour dire que j’ai fait les trois tours, mais simplement pour être là parce que je pense que c’est vraiment une belle course. Je ne sais pas comment ce sera avec la pandémie. Mais en général, il y a un bon public, ce sont de belles étapes et c’est une course qui est souvent ouverte, avec des revirements de situation, un peu moins cadenassée que le Tour de France.

Le cycliste canadien sur son vélo au Tour de Catalogne

Antoine Duchesne

Photo : Twitter / Groupama-FDJ

L’absence de spectateurs nuira évidemment à l’ambiance et Duchesne s’en désole.

Le cyclisme est le seul sport au monde qui passe à travers le public comme ça dans les grands cols. C’est triste. Cette année, je faisais mon septième Tour des Flandres, l’une des courses les plus mythiques, pendant le week-end de Pâques. D’habitude, c’est la fête nationale là-bas. Et là, il n’y avait personne dans le Vieux Quarmont. Ça m’a vraiment marqué : "Ah ouais, c’est rendu ça..."

Une citation de :Antoine Duchesne

Cela dit, à l’aube de ses 30 ans, Antoine Duchesne est heureux de sa progression. Il a notamment participé au Tour de Catalogne en mars et au Tour des Alpes en avril, après avoir mis les bouchées doubles à l’entraînement.

Je suis vraiment content parce que j’ai réussi à revenir au niveau que j’avais avant mon opération il y a deux ans. Et depuis six mois, depuis ma mono, ç’a été vraiment beaucoup de travail, étape par étape. Mentalement, c’est dur de progresser lentement.

Un métier ingrat

Rouler dans l’ombre au profit du meneur de son équipe ne rend pas Duchesne malheureux, il en tire même de la fierté. Mais à sa neuvième saison dans le World Tour, il raconte que les courses ne sont pas de tout repos cette année.

Presque toutes les courses que j’ai faites étaient des courses pour les grimpeurs. J’étais là comme appui pour nos grimpeurs. Si tu es dans des courses de cinq jours ou une semaine, avec en moyenne 3000 mètres de dénivelé par jour, les équipes n’envoient que des grimpeurs, ou, comme nous, six grimpeurs et un gars plus costaud pour protéger. Sur un grand tour, tu as 60 grimpeurs et ensuite tu as des rouleurs et des sprinteurs. Le peloton est un peu moins homogène.

La semaine passée dans le Tour des Alpes, j’étais l’un des 10 plus gros cyclistes. J’améliorais mes records personnels chaque jour, mais j’étais tout seul derrière avec les 10 ou 12 plus grands et gros gars. C’est dur de se dire : je suis revenu à mon niveau, mais que ça ne paraisse pas du tout en course. Mais là, j’ai hâte de voir sur un grand tour.

Une citation de :Antoine Duchesne

La gloire, ce n’est pas ce qui motive l’athlète originaire de Chicoutimi. Conscient de ses forces et de ses faiblesses, il sait parfaitement où il se situe dans l’organigramme du cyclisme mondial.

J’ai de très bonnes qualités et c’est à moi de les exploiter, lance-t-il. Ces qualités ne me font pas gagner de courses, mais elles servent à autre chose. Dans une entreprise, demain matin, tout le monde ne peut pas être PDG, mais tout le monde est important dans la pyramide. Ça fait 10, 15 ans que je fais ça. Alors, pour moi, c’est de comprendre où est ma place dans la pyramide. J’ai toujours été à l’aise avec ça. Je suis encore là aujourd’hui, même si je n’ai jamais gagné de course. Je gagne bien ma vie. J’ai eu deux années difficiles et je suis encore là, je serai au départ du Giro. La dernière fois que j’ai fait un grand tour, il y a deux ans à la Vuelta, on a eu le maillot rouge pendant quatre jours et on a gagné deux étapes. J’ai toute la satisfaction dont j’ai besoin.

Une retraite anticipée

Cette carrière parsemée d’embûches achève, admet sans détour celui qui détient un contrat valide jusqu’à la fin de 2022 avec Groupama-FDJ. On ne le verra pas arpenter les routes d’Europe encore bien longtemps.

Je ne me vois pas faire ça pendant encore plusieurs années. Oui, je suis jeune, mais ça fait longtemps que je suis là et c’est un choix de vie qui est difficile, de m’expatrier comme ça. De plus en plus, ça commence à me peser. Ma femme est Québécoise, elle a déménagé avec moi. Je l’oblige indirectement à faire ce choix-là. Ma sœur et mes amis commencent à avoir des enfants et, de plus en plus, je me sens seul dans ma petite bulle, même si je me suis installé dans une place qui est vraiment bien et où j’ai toujours voulu me retrouver.

Une citation de :Antoine Duchesne

La pandémie n’aide en rien son état d’esprit et cet isolement dont il souffre le porte à réfléchir sur ses priorités.

Je ne verrai pas mes parents pendant un an et demi? Je ne sais pas. Tout ça pour dire que je fais du bicycle à pédales? Les deux dernières années ont été difficiles aussi. Je vais y aller une année à la fois. Là, je reprends encore du plaisir. Ç’a été dur d’aller chercher la forme, un long chemin pas facile. Ce sont beaucoup de moments où j’étais juste fatigué en tout temps. Vivre avec cette fatigue-là, c’est pesant aussi parfois.

Antoine Duchesne ne s’attardera donc pas très longtemps dans le monde du cyclisme. Il caresse plusieurs rêves, dont celui d’œuvrer dans le monde du vin.

J’ai des ambitions de carrière dans ce monde-là, répond-il. Est-ce que je serai aubergiste, fermier ou vigneron? Je ne sais pas exactement. C’est sûr qu’on va revenir vivre au Québec et je pense que ce sera dans ce milieu-là, de la convivialité, de la bouffe. Les trois quarts de mes amis sont chefs, sommeliers, vignerons. Ça fait longtemps que je baigne dans ce monde-là. Et si je n’avais pas été cycliste, c’est sûr que j’aurais été là-dedans. À 32, 33 ou 35 ans, ce n’est pas trop vieux pour commencer une autre carrière.

Improbable présence à Tokyo

Cyclisme Canada annoncera, le 5 juillet, le nom du troisième homme qui accompagnera Michael Woods et Hugo Houle pour la course sur route des Jeux olympiques.

Je n’y crois pas trop, avoue l’athlète qui avait été sélectionné pour les JO de Rio en 2016. Sur les cinq gars pour la troisième place, il y a des coureurs qui font mieux que moi cette année. Je n’ai pas d’amertume face à ça. Guillaume Boivin, Alex Cataford, Ben Perry et James Piccoli roulent bien et moi je reviens. Mais je n’ai encore rien fait d’extraordinaire. Je m’attends plutôt à être le premier remplaçant.

Le cycliste canadien sourit avant de prendre part à la course des JO de Rio en 2016

Antoine Duchesne

Photo : The Associated Press / Bryn Lennon

Entre-temps, que peut-on lui souhaiter pour son prochain défi au Giro?

Si je passe à travers en santé, que je finis bien et que j’ai réussi à faire une ou deux échappées et que l’équipe a été présente devant, j’aurai fait mon travail quand il le fallait. C’est à ça que je m’attends, revenir dans la game et ne pas subir pendant trois semaines. Ç’a vraiment été dur de revenir, conclut-il, ému.

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