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Chronique

L’éminence grise du hockey québécois tire sa révérence

Il sourit dans un vestiaire de hockey.

Georges Marien

Photo : Ligue de hockey midget AAA

La Ligue de hockey midget AAA (LHMAAA) a tourné une importante page de son histoire lundi. Après 52 ans d’implication dans le hockey mineur, Georges Marien tire sa révérence à titre de directeur général du circuit de développement par excellence au Québec.

Georges Marien mérite amplement le titre d’éminence grise du hockey mineur québécois. Sa droiture, sa franchise et le respect qu’il témoignait aux gens qu’il côtoyait étaient reconnus à l’unanimité. Et lorsque des dossiers compliqués surgissaient sur son bureau, son premier réflexe consistait toujours à prioriser les intérêts des joueurs. Au fil des ans, j’en ai plusieurs fois été témoin.

Son rôle stratégique lui a aussi permis de contribuer à faire progresser le hockey dans toutes les régions du Québec.

Ma femme et moi nous sommes mariés en juillet 1970. Puis au mois de septembre suivant, deux de mes neveux sont venus me voir pour me dire qu’ils n’avaient pas d’entraîneur pour amorcer la saison dans une ligue maison dont les matchs étaient disputés à l’extérieur. Je croyais que j’allais devoir consacrer une soirée par semaine au hockey. Au fil des ans, c’est rapidement devenu une passion qui m’a occupé sept jours sur sept. J’étais loin de me douter de ça, raconte Georges Marien, qui célébrera bientôt son 73e anniversaire.

En 1984, Georges Marien a été recruté par le premier membre permanent de Hockey Montréal, Denis Hénault, pour prendre en charge l'organisation de Montréal-Concordia dans la LHMAAA. L’année suivante, Montréal-Concordia et les Angevins de Bourassa fusionnaient leurs activités pour devenir le Canadien de Montréal-Bourassa. Marien y a conservé le poste de directeur général.

Depuis 1984, il n’y a pas eu une seule journée durant laquelle je n’ai pas pensé au hockey et/ou à la Ligue midget AAA. Dès que j’ai commencé à m’impliquer dans cette ligue, je suis tombé en amour avec elle. Je trouvais qu’elle avait un potentiel immense et qu’elle rassemblait des gens sérieux et déterminés à atteindre des objectifs vraiment importants pour nos jeunes hockeyeurs, explique Georges Marien.


Aux commandes des Canadiens de Montréal-Bourassa, il a mis sur pied le premier programme de hockey sport-études québécois avec la complicité du regretté et légendaire Jean Trottier.

Fondateur du Comité des jeunes de Rosemont et commissaire à la Commission scolaire de Montréal, M. Trottier était passionné de hockey. Ensemble, les deux hommes ont trouvé le moyen de réaliser ce projet dont plusieurs rêvaient depuis longtemps et qui a ensuite fait des petits à la grandeur de la province.

Montréal-Bourassa a reçu trois fois le titre d’organisation de l’année. Georges Marien s’est ensuite aventuré dans le milieu du hockey junior majeur, où il a occupé les fonctions de DG les Lynx de Saint-Jean pendant deux ans. Après avoir obtenu un titre d’administrateur de l’année dans la LHJMQ, il est retourné à ses premiers amours en s’impliquant comme vice-président dans la Ligue midget AAA. Il a plus tard été nommé directeur général de la ligue, en 2002.

J’ai côtoyé des gens extraordinaires au sein de cette ligue. Celui qui m’a le plus influencé a certainement été notre regretté président Denis Baillairgé. Il se donnait corps et âme pour constamment faire progresser la ligue et l’encadrement offert aux joueurs. J’avais déjà la piqûre, mais il me l’a donnée encore plus.

Chaque année, la première question qu’on se posait était : "Qu’est-ce qu’on peut faire pour améliorer les conditions offertes aux joueurs?" Et presque chaque fois, nous avons réussi à apporter des changements significatifs, et j’en suis fier, souligne Georges Marien.

Durant toutes ces années, abasourdis, les entraîneurs et dirigeants d’équipes de la Ligue midget AAA ont quotidiennement reçu des messages ou directives de Georges Marien vers 5 h ou 6 h. Pour lui, il n’y avait jamais de temps mort.


À une époque où il était énormément question de la banalisation du dopage sportif, la LHMAAA avait été la première au Québec à instaurer un programme de prévention et de tests aléatoires pour ses joueurs. Un programme de parrains-policiers affectés à chaque équipe a aussi été mis en place. Au fil des ans, ces initiatives ont évolué.

De nos jours, chaque joueur de la LHMAAA rencontre un spécialiste qui donne de l’information quant aux conséquences découlant de l’utilisation de substances interdites. Une importance particulière est aussi accordée à l’importance du civisme et à la manière dont on doit utiliser les réseaux sociaux.

Au début des années 2000, l’instauration d’un processus systématique de révision de tous les jeux occasionnant des blessures a eu un effet dont tous les joueurs bénéficient aujourd’hui. Parfois, la révision de ces séquences entraîne des suspensions. En d’autres occasions, les responsables de la ligue peuvent entrer en communication avec les entraîneurs pour souligner qu’un joueur s’y est mal pris, techniquement, pour faire ou recevoir un contact physique.

Cette forme d’éducation et de prévention continue a eu des impacts considérables sur la sécurité des joueurs. Nos statistiques indiquent que le nombre de blessures a considérablement chuté au fil des ans, dit fièrement Georges Marien.

Pour accroître la visibilité de leurs joueurs, les dirigeants de la Ligue midget AAA ont aussi remplacé leur traditionnel match des étoiles par le Challenge midget AAA, un tournoi d’envergure qui fait désormais accourir, chaque année, des centaines de recruteurs du hockey junior, mais aussi des plus prestigieux programmes universitaires en Amérique du Nord.

En cours de route, la Ligue midget AAA a aussi mis beaucoup plus d’accent sur l’importance des études et sur la qualité de la vie familiale de ses athlètes. Le calendrier a été modifié pour presque éliminer les matchs disputés durant la semaine. Une règle de bonne conduite à l’école a été instaurée. Ainsi, quand un joueur se fait suspendre à l’école, il est automatiquement suspendu au hockey.

J’ai souvent rappelé aux joueurs que l’inverse ne fonctionnait pas et que s’ils étaient suspendus au hockey, ils étaient quand même obligés d’aller à l’école, lance Georges Marien, en riant.


Au fil des ans, pour offrir de meilleures conditions de développement, la LHMAAA a aussi pris le virage technologique. Tous ses matchs sont diffusés sur Internet et, après les rencontres, les joueurs ont accès à des programmes qui leur permettent de visionner chacune de leurs présences. Les entraîneurs ont aussi à leur disposition des programmes de visionnement et de compilation de statistiques avancées de calibre professionnel.

La Ligue midget AAA est un véritable laboratoire de hockey qui permet à des joueurs, à des entraîneurs, à des arbitres et à plusieurs autres intervenants de passer au niveau supérieur. Il faut leur donner la chance de se développer. Il faut constamment chercher de nouvelles façons de faire évoluer cet environnement. Dans le monde du sport, si nous restons immobiles, c’est comme si nous reculions. Il faudra conserver cette mentalité et j’ai pleinement confiance aux gens qui poursuivront cette mission, affirme Georges Marien.

Discrètement, ce dernier restera tout de même dans les parages puisque la LHMAAA lui a demandé de tenir un rôle de conseiller spécial. Il aura notamment pour mission de régler l’invraisemblable litige concernant la propriété des équipes midget AAA de Saint-Eustache et du Collège Esther-Blondin. Voilà le genre de dossier qui démontre, justement, que nous n’avons pas suffisamment de gens comme Georges Marien au sein de la pyramide du hockey québécois.

Le prochain directeur général de la LHMAAA sera Yanick Gagné. Cet ancien employé de Hockey Québec secondait Georges Marien depuis quelques années. Il sera donc en pays de connaissance.


Après toutes ces années, Georges Marien quitte la Ligue midget AAA avec deux grands regrets.

Ça me déçoit énormément de n’avoir pu organiser une saison 2020-2021 pour nos joueurs. J’ai passé la dernière année à faire et à refaire des calendriers et à constamment téléphoner chez Hockey Québec pour voir s’il n’y avait pas moyen de nous permettre de recommencer à jouer. Encore aujourd’hui, j’espère un miracle qui permettrait à nos joueurs de se faire valoir pendant une ou deux fins de semaine en vue du repêchage de la LHJMQ.

Enfin, je n’en reviens pas que notre ligue ne soit pas parvenue à remporter la Coupe Telus (le Championnat canadien midget) depuis 2002. Nous avons perdu le titre national trois fois en deuxième période de prolongation. Je me souviens particulièrement du tournoi de 2012, alors que le Collège Esther-Blondin (dirigé par Paulin Bordeleau) s’était incliné en deuxième prolongation alors que nous détenions une avance de 5-1 après deux périodes. Il m’avait fallu une bonne semaine à m’en remettre, raconte-t-il, encore incrédule.

À elle seule, cette anecdote illustre parfaitement toute la passion qui a animé Georges Marien durant son long mandat.

Il mérite d’être chaleureusement salué. Tout comme Danielle St-Georges (secrétariat), Robert Lalonde (vice-président hockey) et Jean Brisset (communications), qui optent tous pour une retraite bien méritée après de très longues années d’implication dans la LHMAAA.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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