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Chronique

L'asphalte de Portimao ou la leçon de Lewis Hamilton à Max Verstappen

Les pilotes, encore casqués, se serrent la main.

Max Verstappen félicite Lewis Hamilton à la fin du Grand Prix du Portugal.

Photo : Getty Images / Pool

Dans l'ombre de Mercedes-Benz à Portimao, Max Verstappen a appris deux choses de son rival Lewis Hamilton au terme du week-end du Grand Prix du Portugal.

Le cadre est enchanteur. Le circuit vallonné offre de superbes images et de bons défis pour les pilotes, avec des montées en aveugle et des courbes en descente.

Comme le circuit de Portimao n’est généralement pas utilisé pour la F1, les ingénieurs et les pilotes n’ont qu’une faible quantité d’informations disponibles pour ajuster les voitures. Il n’y avait eu qu’une course, en 2020, en pleine pandémie.

Ils descendent une pente.

Valtteri Bottas devant Max Verstappen lors du Grand Prix du Portugal à Portimao

Photo : Getty Images / GABRIEL BOUYS

Avant 2020, seules des journées d’essais avaient été organisées en 2008, en 2009 et en 2017. Le circuit n’avait reçu sa certification FIA grade 1 (possibilité d’organiser un grand prix) qu’en avril 2020 avant le surfaçage complet du circuit.

Dans un calendrier complètement remanié en raison de la pandémie, le groupe Formula One avait placé la course à Portimao à l’automne, du 23 au 25 octobre.

Les conditions climatiques printanières de ce week-end étaient donc différentes de celles de l’an dernier. Tout pour compliquer la tâche des équipes.

Deux choses n’avaient pas changé par rapport à l’an dernier. Le vent souffle fort, en rafales, et déstabilise les voitures. L’océan Atlantique est tout proche, car Portimao est à l’extrême sud du pays. Le revêtement de la piste, extrêmement lisse, est très peu abrasif et n’offre que peu d’adhérence aux voitures.

L'art complexe du surfaçage

L’an dernier, les pilotes s’étaient plaints de la piste. Un asphaltage complet avait eu lieu à la fin août, soit deux mois avant la course, car l’ancien revêtement, abrasif comme du papier sablé, tuait les pneus. Sur le nouveau revêtement tout neuf, ils avaient l’impression de rouler sur de la glace.

La FIA exige théoriquement que les travaux soient terminés 90 jours avant la présentation de la course de F1, justement pour donner le temps à l'asphalte de se stabiliser. Mais en temps de pandémie…

L'asphalte doit reposer plusieurs mois pour se stabiliser, car il y a toujours des remontées d'huile à travers la couche de bitume (appelé aussi goudron minéral), ce liquide scellant répandu sur l'asphalte, qui rendent la surface très glissante.

La FIA voulait pour Portimao une surface proche de celles des circuits permanents de la F1. L’objectif n’a visiblement pas été atteint.

Dessin coloré de la piste.

Les dénivelés du circuit Algarve de Portimao au Portugal

Photo : Autódromo Internacional do Algarve

Ce week-end, les pilotes ont dû éviter tout coup de volant intempestif de peur de glisser hors piste, voire de partir dans le décor. Une difficulté accrue par le dessin de ce circuit tout en dénivelés, qui épouse parfaitement la topographie de l’endroit.

Le pneumaticien Pirelli avait choisi pour ce retour à Portimao les pneus les plus durs de sa gamme, sachant que l’adhérence serait encore minimale.

Pour trouver le meilleur compromis adhérence/performance, les pilotes se sont sentis plus à l’aise de rouler en pneus mi-durs, car les durs ne montaient pas suffisamment vite en température, et les tendres tendaient à s’abîmer par grainage.

NDLR : Le grainage se produit lorsque le pneu glisse dans les virages au lieu d’adhérer à la piste. L’usure latérale contre la piste crée des protubérances sur la surface du pneu, un peu comme des vagues, ce qui réduit d’autant l’adhérence du pneu, déjà limitée.

Ils roulent côte à côte.

Lewis Hamilton dépasse Max Verstappen sur le circuit de Portimao.

Photo : Getty Images / PATRICIA DE MELO MOREIRA

Durant les deux premières séances d’essais libres, Mercedes-Benz a été la référence avant que Max Verstappen s’installe en tête dans la troisième et dernière, deux heures avant les qualifications.

Dans ses premiers commentaires aux médias du week-end, globalement positifs, il a rappelé la beauté du paysage, le superbe tracé qui fait plaisir aux puristes de la F1, mais n'a pas manqué de rappeler que la surface était encore très glissante, tout comme en 2020, et qu’avec les gommes apportées par Pirelli en 2021, les voitures glissaient encore plus, le temps que les pneus montent en température.

Il admettait, à raison, que la situation était la même pour tout le monde.

Changement de ton

Ses propos sont devenus plus mordants après la séance de qualification.

Verstappen avait la voiture et le coup de volant pour aller chercher la pole position. Mais dans la troisième partie de la séance (Q3), qui dure 12 minutes, le temps de son premier tour chronométré (1:18,209) a été effacé par la direction de course.

Pour ne pas perdre le contrôle de sa monoplace dans le virage no 4, le Néerlandais a donné un coup de volant et a mis les quatre roues du côté extérieur des vibreurs dans la zone verte (comme le montre la photo), ce qui est interdit.

Ses quatre pneus sont sur la portion verte.

Max Verstappen hors piste à Portimao durant la séance de qualification

Photo : TSN / Formula One

En Q3, les pilotes ne peuvent faire que deux tentatives, et pour l’ultime, le vent est devenu plus vigoureux et les pilotes n’ont pas pu améliorer leurs chronos. C’est finalement Valtteri Bottas qui a enregistré la position de tête, avec un temps de 1:18,348.

Verstappen dit avoir été gêné par Lando Norris et Sebastian Vettel, deux pilotes roulant avec une motorisation Mercedes-Benz.

Le conseiller F1 de Red Bull Helmut Marko, qui voit des complots partout et souvent, a d’ailleurs montré Norris du doigt, l’accusant d’avoir gêné le Néerlandais intentionnellement.

Après la séance de qualification, Verstappen était dégoûté et bougon, a dit que c’était pénible de rouler sur cette surface et a lancé qu’il ne s’amusait pas du tout depuis le début du week-end.

Il se gratte la tête de la main droite.

Max Verstappen a appris beaucoup à Portimao.

Photo : Getty Images / Pool

Le lendemain, au départ, de la course, il avait digéré sa frustration. Et partant juste derrière le duo Mercedes-Benz, il savait qu’il pouvait voler la victoire aux flèches d'argent. Il espérait une belle bagarre avec Hamilton, son rival pour le titre. Et c’est ce qui s’est produit.

Au septième tour, il a surpris le Britannique au bout de la ligne droite pour s’emparer de la deuxième place. Quatre tours plus tard, c’est Hamilton qui le surprenait au même endroit pour reprendre son bien.

Il s’est montré plus rusé que le Néerlandais dans la gestion de ses pneus pour pouvoir s’approcher sans perdre trop d’appui.

Il a su ne pas faire surchauffer ses pneus (ce qui arrive quand on roule dans le sillage d’une autre voiture). Avec la gamme apportée par Pirelli, il était possible de garder les pneus dans la fourchette idéale de température.

Il sort d'un virage juste avant son adversaire.

Lewis Hamilton devant Max Verstappen pendant le Grand Prix du Portugal à Portimao

Photo : Getty Images / Lars Baron

Lewis Hamilton a réussi à le faire, et pas Max Verstappen, plus impulsif dans sa façon de piloter.

Hamilton baissait légèrement le rythme dans les sections du circuit où il était impossible de dépasser, et recollait à son adversaire dans les derniers virages (14 et 15) juste avant la ligne droite des puits.

Après avoir surpris Hamilton, Verstappen a bien essayé de se rapprocher de Valtteri Bottas, alors en tête, mais il a raté sa chance, trop agressif dans les virages 14 et 15.

Hamilton, lui, ne l’a pas ratée. Il a non seulement dépassé Verstappen au 11e tour, mais a ensuite dépassé son coéquipier pour prendre la tête. Du grand art sur une surface qui était pour lui aussi très glissante.

Il fallait juste garder les pneus à la bonne température pour pouvoir attaquer au bon moment. Lewis Hamilton n’est pas septuple champion du monde pour rien.

La leçon du champion

Après la course, Max Verstappen avait retrouvé le sourire. Il avait gagné une position et avait réussi à surprendre Hamilton, sans toutefois pouvoir lui voler la victoire au terme des 66 tours. Mais il s’était bien battu, et surtout s’était amusé.

C’est ce qui compte le plus pour lui, se faire plaisir en piste. Après leur beau duel, dans la rencontre de presse d'après course, Lewis Hamilton a choisi d’appuyer son rival de manière constructive au sujet du revêtement de Portimao, en invitant le groupe Formula One à changer le mélange d’asphalte pour les prochaines fois.

Le prochain exercice de surfaçage sous la supervision de la FIA nous dira si le message a été entendu.

Ce week-end à Portimao, Max Verstappen a appris deux choses de Lewis Hamilton : savoir s’adapter à la piste avec les armes dont on dispose et savoir critiquer au bon moment avec les bons mots pour faire avancer les choses.

Ils sont masqués.

Lewis Hamilton se penche pour parler à Max Verstappen pendant la rencontre de presse d'après course.

Photo : Getty Images / Pool

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