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Chronique

Quand le désir d’être un bon coéquipier vous coûte votre carrière

Un joueur de hockey est félicité par ses coéquipiers.

Andrew Shaw lorsqu'il jouait pour le Canadien de Montréal

Photo : La Presse canadienne / Chris O'Meara

Au cours de la dernière semaine, beaucoup de gens ont été désolés d’apprendre que le sympathique attaquant Andrew Shaw annonçait sa retraite à l’âge de seulement 29 ans. Pourtant, le dénouement de son histoire était en quelque sorte écrit dans le ciel.

En 2018, la revue scientifique The Journal of Neurotrauma a publié une étude qui donnait froid dans le dos. Les auteurs de l’étude avaient décortiqué les trajectoires professionnelles de 2194 joueurs ayant disputé au moins une saison complète (41 matchs et plus) dans la LNH entre 2008 et 2017. Ils étaient ainsi parvenus à quantifier les dommages économiques que subissent les joueurs après avoir été victimes de commotions cérébrales.

En gros, l’étude intitulée The Short‐Term Impact of Concussion in the NHL : an Analysis of Player Longevity, Performance, and Financial Loss concluait que les joueurs qui sont retirés du jeu et pris en charge en vertu du protocole de commotions cérébrales de la LNH voient, en moyenne, leur carrière prendre fin 2,1 saisons plus tard.

Un an après avoir subi une commotion, un joueur a 65 % de chances de conserver un poste dans la LNH par rapport à un joueur non commotionné. Trois ans après avoir subi une commotion, un joueur a 35 % des chances de conserver un poste dans la LNH par rapport à un non commotionné. Et cinq ans après avoir été victime d'une commotion, les chances du commotionné chutent à 14,6 %, comparativement à 43,7 % pour les non-commotionnés.

Enfin, l’étude démontrait que les joueurs victimes de commotions cérébrales voyaient leur production offensive diminuer par la suite, ce qui signifiait des pertes économiques annuelles de près de 390 000 $ lors de la négociation de leur contrat suivant. En plus, parce que les directeurs généraux les savaient fragilisés, les nouveaux contrats qui leur étaient consentis étaient plus courts.

***

Ce qui est arrivé à Andrew Shaw était donc bel et bien écrit quelque part.

Lors de la saison 2016-2017, sa première avec le Canadien, il était âgé de 25 ans. Il était à son apogée.

Durant le calendrier, il avait subi une commotion cérébrale qui l’avait tenu à l’écart de la compétition durant une quinzaine de matchs. Puis, quelques mois plus tard, Shaw avait subi une autre commotion dans les séries éliminatoires contre les Rangers de New York. Mais parce que le CH était en séries, Shaw avait persisté à jouer.

À l’été suivant, au lieu de profiter de la vie avec sa famille et de s’entraîner en vue de la saison suivante, il avait vécu l’enfer et ressenti des maux de tête ainsi que toute la litanie des symptômes post-commotion.

À cette époque, parce qu’il était fragilisé, Shaw avait subi trois commotions sévères en l’espace de 15 mois.

Durant les quatre saisons qui ont suivi ces fameuses séries éliminatoires contre les Rangers (jusqu’à l’annonce de se retraite mercredi dernier), il n’a disputé que 154 matchs.

Marc Bergevin savait que la carrière d’Andrew Shaw tirait à sa fin quand il l’avait renvoyé aux Blackhawks de Chicago à l’été 2019. La suite des choses lui a donné raison. Le fougueux attaquant n’a pris part qu’à 26 rencontres la saison dernière et à 14 cette année avant de tirer sa révérence.

En un ou deux claquements de doigts, Andrew Shaw a donc vu son apogée lui filer entre les doigts et son déclin s’accélérer de façon exponentielle. Par ailleurs, il a probablement perdu plusieurs millions de dollars en salaire que lui aurait procurés un dernier contrat dans la LNH.

C’est très cher payé pour avoir simplement voulu être un bon coéquipier lors des séries éliminatoires de 2017.

***

Depuis que j’ai lu cette troublante étude, je suis de près l’évolution de la carrière des joueurs dont les noms sont inscrits au protocole des commotions cérébrales de la LNH.

Nous avons un autre cas fort inquiétant à Montréal : celui de Paul Byron.

Il tombe sur la glace.

Paul Byron mis K.-O. par MacKenzie Weegar.

Photo : La Presse canadienne / Matt Garies

Le 26 mars 2019, Byron avait jeté les gants contre le colosse MacKenzie Weegar des Panthers de la Floride. L’attaquant du Tricolore avait blessé le défenseur des Panthers dans un match précédent. Et lors du match du 26 mars, pour se conformer au code non écrit qui prévaut dans le monde du hockey professionnel, Byron avait répondu de ses actes en jetant les gants devant Weegar.

Avant ce combat inégal, au cours duquel Byron avait subi une commotion cérébrale, le petit attaquant était l’un des plus efficaces de la LNH à cinq contre cinq. Il avait marqué 15 buts en 53 matchs durant la saison 2018-2019 et avait précédemment connu deux campagnes consécutives de 20 buts et plus.

Depuis ce combat, Paul Byron a seulement inscrit 8 buts en 73 matchs. Il a aussi été blessé à plusieurs reprises.

Comme si son déclin était survenu en un claquement de doigts.

***

Carey Price a par ailleurs été victime d'une commotion cérébrale il y a quelques semaines. Selon Dominique Ducharme, le gardien numéro un du CH reprendra l’entraînement sous peu.

Il s’agissait d’une deuxième commotion en quelques années pour Price, qui en avait subi une autre contre les Flyers de Philadelphie en 2018. Dans leur étude, les chercheurs Prem Ramkumar (un orthopédiste de Cleveland), et Sergio Navarro (alors étudiant en médecine de l’Université Baylor à Houston) avaient établi que les gardiens inscrits au protocole des commotions cérébrales de la LNH avaient en moyenne remporté 8,4 victoires de moins et accordé 19,3 buts de plus lors de la saison suivante.

Sur le plan statistique, ces baisses de rendement ne sont pas survenues dans le cas de Price. Après sa commotion de février 2018, il était revenu avec une saison nettement plus solide en 2018-2019.

N’empêche. Il vaudra certainement la peine de suivre son retour au jeu de très près au cours des prochaines semaines.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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