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Pour en finir avec la crise d’identité du Canadien

Jeff Petry félicite son coéquipier Nick Suzuki après un but.

Nick Suzuki et Jeff Petry

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Évidemment qu’il était beau son but à Cole Caufield. Magique même. Presque autant que son sourire de chérubin éblouissant qui aura tôt fait d’accaparer la lumière de ce match et de rejeter dans l’ombre quantité de signes encourageants du Canadien, longuement attendus.

La traversée du désert du CH est-elle terminée? Après tout, Pâques est derrière nous depuis un bon moment, nul besoin de prolonger le calvaire pendant 40 jours à nouveau pour faire bonne figure.

C'était rafraîchissant de voir ces visages heureux après le premier filet de la carrière du buteur de Stevens Point. Rafraîchissant aussi de voir Eric Staal, tel un (très) grand frère, lui glisser un mot à l’oreille; Corey Perry aller chercher cette première rondelle chanceuse, précieux sésame pour le hockeyeur superstitieux; ou encore tous ses coéquipiers se ruer sur Caufield, aussi fiers pour lui que soulagés d’avoir vaincu les Sénateurs pour la quatrième fois seulement en neuf matchs.

Probablement heureux aussi d’avoir mis un point d’exclamation à cette stratégie déprimante en prolongation qui consiste à épuiser l’adversaire et à attendre le bon moment pour attaquer, a rappelé Dominique Ducharme. L’on songeait d’ailleurs sérieusement à écrire un incendiaire pamphlet intitulé Ils ont tué le trois contre trois, mais on l’a jeté aux orties quand Jeff Petry s’est joué de Brady Tkachuk, épuisé justement, présent sur la glace pendant les 2 min 25 s qu’aura duré la prolongation, pour repérer Caufield seul dans l’enclave.

Ce moment de réjouissance n’aurait toutefois jamais été possible sans l’acharnement du Tricolore et sa foi manifeste en ses capacités. Tranchant contraste avec le passé récent.

Le Canadien n’a probablement pas été défié autant de toute la saison qu’il ne l’est actuellement.

Six de ses meilleurs joueurs sont sur la touche, dont son capitaine, son gardien numéro un et celui qu’on considère comme le cœur et l’âme de l’équipe. Avant ce week-end, les Flames de Calgary commençaient à menacer un peu plus sérieusement le 4e rang du Tricolore, dernier billet pour les séries éliminatoires. Il n’avait pas non plus collé deux victoires d’affilée en un mois tout juste après des gains les 20 et 30 mars ainsi que le 1er avril.

Ce doublé donc, après le gain contre les Jets vendredi soir, donne un certain élan attendu depuis longtemps dans le camp tricolore. Un élan orchestré en bonne partie par le trio de Nick Suzuki et par la tenue de Petry en l’absence de Shea Weber.

La main heureuse

C’est une intrigante combinaison que celle de Suzuki, Joel Armia et Tyler Toffoli. Dans l’ordre : un fabricant de jeu brillant, un ailier qui excelle en récupération et en protection de rondelle et un marqueur.

Voilà un trio que Ducharme a essentiellement composé au mois d’avril. À nouveau réunis depuis deux matchs, ils montrent des résultats particulièrement probants.

Les trois hommes contrôlent le disque et les chances de marquer environ 60 % du temps lorsqu’ils sont sur la glace ensemble. Ils ont inscrit cinq buts à forces égales et n’en ont cédé que deux. Leur chimie saute aux yeux de plus en plus et commence à porter ses fruits en avantage numérique également, là où Suzuki, en pleine confiance, a récolté trois de ses sept points au cours des cinq derniers matchs.

Après le magnifique but de Jeff Petry réduisant l’écart à 2-1 en faveur d’Ottawa, Suzuki semblait avoir créé l’égalité d’un tir parfait en avantage numérique. Une fois le but refusé pour obstruction accidentelle sur le gardien, le CH s’est remis à l’ouvrage et le duo Suzuki-Toffoli a frappé grâce à une superbe passe soulevée du centre de 21 ans en direction du plus prolifique marqueur de l’équipe.

Ducharme avait parlé de crise d’identité de son équipe il y a deux semaines et le jeu individuel de Suzuki semblait au diapason avec cette affirmation.

Matt Murray tente de garder un contact visuel avec la rondelle, tandis que Josh Anderson lui complique la tâche.

Avant le match de ce soir, Josh Anderson comptait 17 buts en 46 rencontres cette saison.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Ces dernières semaines, j’ai mieux joué. Dom m’a parlé pour que j’apporte ce désir de compétitionner à chaque match. Avec ça est venue la production offensive. On a encore quelques matchs et je dois faire la même chose, a lancé Suzuki.

Il est très intelligent. Il ne faut pas qu’il tente de se montrer plus intelligent que le jeu lui-même. Ça lui vient naturellement. Il est bon quand il est compétitif, qu’il bouge ses pieds, qu’il est rapidement sur la rondelle, quand il la vole à l’adversaire. Quand il joue avec rythme, il a cet aspect compétitif. Pour moi, ça a commencé à Calgary, a raconté l’entraîneur.

Si Suzuki retrouve son niveau de jeu du début de saison, le même aperçu dans la bulle l’été dernier, s’il remplit les immenses attentes placées en lui, tout ça en affrontant généralement le deuxième trio de l’adversaire soir après soir, le Tricolore aura des raisons de retrouver le sourire.

Le général

C’est un phénomène souvent observé. Evgeni Malkin, par exemple, a toujours eu tendance à prendre les bouchées doubles lorsque Sidney Crosby était blessé. Dans une moindre mesure, Petry a toujours fait pareil en l’absence de Weber.

C’est d’ailleurs pendant la saison 2017-2018 que Petry est devenu un défenseur offensif dominant. Car, ne vous y trompez pas, c’est bien ce qu’il est. En quatre saisons depuis ce temps, y compris celle en cours, il a totalisé 165 points en 285 matchs, lui valant le 14e rang parmi tous les arrières de la ligue, devant Alex Pietrangelo, Dougie Hamilton, Shea Theodore et Thomas Chabot, parmi d’autres.

Petry a joué avec l’aplomb d’un quart-arrière de premier plan ces deux dernières rencontres sans pouvoir compter sur le numéro 6 pour abattre la basse besogne. Il a limité le premier trio des Sénateurs à sept tentatives de tir durant toute la rencontre. Brady Tkachuk n’a pas dirigé une seule rondelle au filet.

L’arrière du Michigan a amorcé la remontée de l’équipe avec une pièce de jeu d’anthologie pour enfiler un premier but en 23 matchs. Il a aussi offert le but gagnant à Caufield sur un plateau d’argent.

Un peu comme l’équipe, il a passé à travers un petit creux, une baisse de régime. Il est à son meilleur quand il patine. Ça le sert offensivement et défensivement. C’est un joueur important.

Une citation de :Dominique Ducharme à propos de Jeff Petry

Il s’agit d’élever mon niveau de jeu [quand Weber n’y est pas]. Choisir mes moments pour sauter dans l’action. Ces deux derniers matchs, je patinais mieux, je m’impliquais, je jouais mon jeu. Pendant un bout de temps, j’avais perdu mon style, a déclaré Petry.

Le succès du CH passe par ce jeu respirant la confiance de la part de l’Américain de 33 ans. Petry est l’un des seuls défenseurs montréalais, sinon le seul, à allier gabarit, flair offensif et glisse largement au-dessus de la moyenne. Sans ses atouts, ce n’est pas que Petry qui est perdu, mais toute son équipe.

Alors, le Canadien a-t-il retrouvé son identité? On pourrait disserter longuement sur les éléments qui la composent, sur les stratégies, les plans de match de Ducharme, les X et les O sur le tableau mais, en toute sincérité, rien n’est plus éloquent que ce goût à la bataille qu’ils ont démontré depuis vendredi.

Jamais le Bleu-blanc-rouge n’était parvenu à remporter un match lorsqu’il avait été mené par deux buts cette année. Pas une seule fois en 48 rencontres. Il vient de le faire deux fois en 24 heures.

On avait confiance de pouvoir revenir dans le match tout le long. On ne se prenait pas trop la tête, ce qu’on faisait avant, a expliqué Suzuki.

On n’a jamais perdu la foi. On savait qu’il y avait des moments où on ne jouait pas notre jeu, les résultats le prouvent, on n’arrivait pas à aligner les victoires. Ces deux-là en deux soirs vont aider, a renchéri Petry.

Au-delà des petites distinctions dans le style de jeu des équipes, l’identité d’une équipe passe bien plus souvent par la combativité, l’ardeur, l’attitude, comme l’a répété plusieurs fois l’entraîneur. Des valeurs qu’incarne Brendan Gallagher. Des valeurs que le CH semble avoir retrouvées en dépit de toutes ces nombreuses blessures.

En rafale

Caufield ne sait toujours pas ce qu’il fera de la rondelle de son premier but, mais elle ira à un endroit spécial, a-t-il assuré. N’empêche que l’endroit le plus spécial pour une rondelle demeure le fond d’un filet, non?

Le petit numéro 22 a eu droit au traitement silencieux lorsqu’il est arrivé dans le vestiaire après son but victorieux, soit tous ses coéquipiers assis à leur casier feignant l’indifférence.

Les gars entrent dans le vestiaire, personne ne dit mot. Il regarde aux alentours un peu confus…Tout le monde a fini par craquer et par le féliciter, a raconté Petry.

Maintenant qu’il en a un, ça va être bon pour sa confiance, a ajouté le défenseur.

C’est un sentiment incroyable, a laissé tomber le principal intéressé, sourire aux lèvres. On dirait que ça efface toutes les autres occasions manquées.

En plein cœur de la frénésie Caufield, la victoire de Cayden Primeau est passée complètement sous silence. Le jeune gardien a effectué 21 arrêts pour enregistrer son deuxième gain dans la Ligue nationale, son premier depuis le 19 décembre 2019.

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