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Les Québécois s'arrachent les embarcations nautiques

Trois kayakistes sur un cours d'eau

L'engouement des Québécois pour les activités nautiques est toujours bien présent.

Photo : iStock / Nick Daly

Le plein air et les activités nautiques connaissent un regain de popularité depuis quelques années. Mais avec la pandémie et les restrictions de voyage, les Québécois et Canadiens se sont rués sur les kayaks, planches à pagaie, canots et autres embarcations. Si vous songez à vous équiper pour cet été, vous auriez dû y penser… en novembre dernier.

Les kayaks et planches à pagaie ne font pas exception. Comme de nombreux articles de sports, les réserves se sont envolées rapidement au printemps dernier et les fournisseurs et détaillants n’ont pas réussi à reprendre le dessus pour plusieurs raisons, si bien qu’il y a pénurie.

Jean-François Haman est propriétaire de Kayak Junky, une boutique spécialisée située à Mascouche. Il a pignon sur rue depuis 2004 et affirme n’avoir jamais vu un tel engouement.

Depuis le printemps passé, ça n'a pas arrêté, souligne-t-il. Habituellement, fin septembre, on peut prendre des congés, des vacances. Et ensuite, ça reprend tranquillement pour repartir vraiment en mars.

L'année passée, en octobre et en novembre, c'était encore très actif parce que les gens frustrés de ne pas avoir trouvé d’embarcations pendant l'été voulaient planifier pour l'année prochaine. Donc, on n’a pas arrêté de l'hiver, et ça a vraiment repris depuis janvier.

La boutique a même instauré un système de réservations au printemps dernier pour éviter les files d’attente à l’extérieur. Vous ne pouvez vous présenter à la boutique sans avoir passé un coup de fil pour prendre un rendez-vous.

Dans le milieu, ce que l'on entend, c'est que ça risque d'être la même chose l'année prochaine encore, dit-il.

Elles sont déposées à l'arrière d'un bateau.

Deux planches de l'entreprise québécoise Taïga Board

Photo : Gracieuseté de Taïga Board

Le constat est le même du côté de Taïga Board, entreprise québécoise qui conçoit et vend des planches à pagaie, de surf et de surf sur sillage (wakesurf) depuis 2014. Un des cofondateurs, Nicolas Jolicoeur, explique qu’il voyait un intérêt grandissant pour la planche à pagaie depuis deux ou trois ans, mais rien comme ce que l'entreprise a connu au printemps dernier.

On a vu une explosion au mois de mai l'année dernière, note-t-il. On a écoulé toutes les planches que l'on avait pour l'année. Et, au mois de juin, on n’avait plus rien à vendre.

Une femme se tient debout sur une planche à pagaie sur un lac.

L'entreprise québécoise Taïga Board a triplé ses ventes depuis l'an dernier.

Photo : Gracieuseté Taïga Board / sophie corriveau

Ne voulant pas se retrouver encore une fois le bec à l’eau, beaucoup de consommateurs ont voulu réserver leurs planches ou embarcations. Lors de la précommande de novembre dernier, Taïga Board a vendu toutes ses planches en 48 heures. Ces clients devaient recevoir leur planche en avril, ceux qui ont commandé en janvier et en février, quelque part en juin, et ainsi de suite.

Les ventes ont triplé comparativement à l’année précédente.

De côté de Kayak Junky, les précommandes ne sont plus possibles puisqu’il y a trop d’inconnus venant des fournisseurs et des transporteurs et que la gestion était rendue trop difficile.

Des kayaks sur un étalage dans une boutique

Des kayaks de Kayak Junky

Photo : Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

Au courant de l'hiver, on prévendait ce que l'on avait commandé. Et là, on a arrêté, dit Jean-François Haman. Parce qu’il a fallu aviser certains clients qu'ils n'auraient pas leurs bateaux, soit que le fabricant n'en faisait pas assez, mais dans certains cas, il y a des modèles complètement abandonnés pour la saison pour concentrer la production sur des modèles plus de masse.

Comment expliquer la rareté?

Il n’y a pas une, mais bien plusieurs raisons qui expliquent que les producteurs et détaillants d’articles de sports n’arrivent pas à regarnir leurs réserves.

Certaines usines ont été ralenties par la pandémie, des sous-traitants peuvent attendre de la matière première qui n’arrive pas et toute la chaîne de production est en retard.

On attend des bateaux qui viennent de la Californie, cite en exemple le propriétaire de Kayak Junky. Normalement, on commande une centaine de kayaks, ils nous ont limités à 17 cette année. On devait les avoir en février, mais ça n'arrivait pas. On a su qu’ils attendaient des poignées d’un autre fournisseur. On en a reçu 10, sans les poignées puisqu’on leur a dit de nous les envoyer plus tard, au moins le client va s'en servir quand même.

Dans le paddle board, ça ne prend pas juste une planche, ça prend une pagaie aussi, souligne à juste titre Nicolas Jolicœur. Donc, quand il manque des articles, la commande n'est pas complète. Mais au niveau de la production, on ne s'en tire pas si mal cette année.

On pourrait ajouter au portrait le transport maritime qui a augmenté en raison des produits sanitaires livrés un peu partout et de la hausse des ventes de biens de consommation, mais aussi des conteneurs coincés dans des ports surchargés.

Et même si les usines tournent à plein régime, il y a toujours des imprévus.

Un fournisseur devait me fournir 50 kayaks pour la location, raconte M. Haman. Il m'a annoncé qu’il a un bris avec son four, ça fait trois semaines qu’un kayak est coincé dedans.

Un beau problème

Une planche à pagaie est déposée, debout, au milieu d'un entrepôt rempli.

Compte tenu de l'augmentation de ses ventes, l'entreprise Taïga Board a dû se trouver un entrepôt plus grand.

Photo : Gracieuseté Taïga Board

Les ventes augmentent, mais cette folie représente aussi des défis, notamment en ce qui concerne la main-d'œuvre et l’entreposage. Taïga Board s'est installée dans un entrepôt plus grand et a engagé plus de personnel. À Kayak Junky, la location de nouveaux entrepôts n’a pas été suffisante et l’école de danse de la conjointe du propriétaire a été mise à contribution le temps qu’elle puisse à nouveau accueillir des élèves.

Oui, au niveau financier, c'est positif, avoue Jean-François Haman. Mais on va le payer sur notre santé, ajoute-t-il dans un éclat de rire. Depuis janvier que l'on fait sept jours par semaine, je pars deux jours pour faire des livraisons et ça va être mes deux journées de congé.

C'est positif. Surtout quand on se compare, on se console, dit avec philosophie le cofondateur de Taïga Board. Il y a d'autres secteurs de l'économie qui ne vont pas bien, comme la restauration ou l'hôtellerie. Quand on est stressé, on se reprend et l’on se dit que ça va bien. On est chanceux d’être dans cette situation-là.

Il reste que certains clients s’impatientent.

Un homme tient une planche à pagaie.

Un homme tient une planche à pagaie de l'entreprise Taïga Board.

Photo : Gracieuseté Taïga Board

Le mot d'ordre, c'est d'être transparent avec nos clients. S'il y a du retard, on leur dit dès qu'on le sait, ça reste notre réputation à long terme, affirme Nicolas Jolicœur.

On vend des planches pour avoir du plaisir. Les clients, ils ne sont pas nécessairement frustrés, mais ils ont hâte de la mettre sur l'eau. Leur planche fait partie de leur projet de vacances, de leur location de chalet ou de leur roadtrip en Gaspésie.

Une citation de :Nicolas Jolicœur, cofondateur de Taïga Board

Ça peut être plate à dire, mais la vie de personne dépend du kayak et de sa couleur, souligne M. Haman.

C’est peut-être l’occasion pour les consommateurs de mieux cerner leurs besoins.

Un kayak, c'est bon pour 20 ans, fait remarquer le propriétaire. Si je suis capable d'attendre, peut-être que l'an prochain, je vais trouver quelque chose qui répond mieux à mes besoins plutôt que d'acheter une embarcation que je vais revendre l’an prochain.

Si vous êtes de ceux qui ne peuvent attendre, il reste bien quelques articles en magasin.

Un kayak dans une boutique

Un kayak de pêche

Photo : Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

Quelqu’un qui cherche un kayak d'eau vive, un canot, un kayak de mer, donc les embarcations au-dessus de 1500-2000 $, il reste des choix. Mais tout ce qui est moins dispendieux en ce moment, il ne reste plus rien. On attend des commandes en espérant.

À Taïga Board, les ventes effectuées en ce moment sont attendues pour le mois de juillet.

Les deux hommes s’entendent sur le fait que le marché va se stabiliser au cours des prochaines années, mais l’amour des activités nautiques ne disparaîtra pas de sitôt.

Beaucoup de gens me disent qu'ils n'avaient pas pensé au kayak nécessairement, mais maintenant qu'ils y ont goûté, ils trouvent ça intéressant et plaisant, la quiétude et le calme. C'est comme voir la vie sous un autre angle lorsque l’on est sur l'eau.

Une citation de :Jean-François Haman, propriétaire de Kayak Junky

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