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La déchirure du ligament croisé antérieur, cette blessure qui ne discrimine pas

Il est couché sur le terrain et se tient la jambe.

Un joueur de rugby se blesse au genou droit.

Photo : afp via getty images / GREG WOOD

Christine Roger

Chaque fois que vous marchez, courez ou dansez, le ligament croisé antérieur sera grandement sollicité et empêchera votre genou de se disloquer. Ce n’est donc pas surprenant que sa déchirure soit l’une des blessures les plus communes parmi les athlètes.

Le ligament croisé antérieur (LCA) est en fait un très petit ligament situé à l’intérieur du genou et qui a deux principales fonctions. Il prévient un mouvement de translation antérieur du tibia par rapport au fémur, mais surtout, il joue un rôle crucial dans la stabilité rotationnelle, explique le Dr Jérôme Ouellet, pédiatre spécialisé en médecine sportive.

En 2014, le Clinical Journal of Sports Medicine révélait (Nouvelle fenêtre) que près de 250 000 blessures au ligament croisé antérieur étaient recensées au Canada et aux États-Unis chaque année. Depuis, la déchirure du LCA est de plus en plus fréquente, principalement en raison de l’augmentation de la pratique de sports plus compétitifs. En fait, il s’agit du ligament du corps humain qui est le plus souvent blessé.

Plusieurs études affirment aussi qu’une femme aura de deux à huit fois (Nouvelle fenêtre) plus de risque de subir ce type de blessure qu’un homme qui pratique le même sport. Une joueuse de basketball aura, par exemple, 7,8 fois plus de chances (Nouvelle fenêtre) d'être victime d'une déchirure qu’un de ses homologues masculins. Bien que plusieurs questionnements demeurent, de nombreux éléments peuvent expliquer en partie cette disparité.

Il y a une différence d'alignement du membre inférieur versus les hommes. L’espace anatomique est aussi plus petit à l'intérieur du genou pour les attaches du LCA chez une femme, souligne le Dr Ouellet.

Il ne faut pas négliger non plus les facteurs hormonaux et le contrôle neuromusculaire. Les hormones féminines ont tendance à favoriser la laxité au niveau ligamentaire, le risque étant maximal dans la phase préovulatoire du cycle menstruel, ajoute-t-il.

Certains athlètes peuvent avoir une fragilité préexistante, principalement au chapitre du contrôle neuromusculaire lorsqu’ils atterrissent après un saut ou lorsqu’ils effectuent un changement de direction. Mais c’est avant tout le sport pratiqué qui aura une incidence sur le facteur de risque.

Du côté des hommes, le football et la crosse sont les sports les plus à risque. Pour les femmes, le soccer et le basketball sont les principaux coupables. Ce sont tous des sports qui comprennent des courses avec des changements de direction brusques, ce qui est en fait le principal mécanisme pour provoquer une rupture du LCA.

Contrairement à d’autres types de blessures, il est très rare qu’une rupture de ligament croisé antérieur survienne à la suite d’un contact physique.

En fait, je n’ai jamais vu ça, assure le Dr Ouellet. L'histoire classique est que l'athlète courait, a voulu changer de direction, a planté son pied au sol, et c’est là que le corps est allé dans une direction et le genou dans l'autre! En voulant faire un pivot, le LCA est mis sous tension et subit un stress énorme. Si le stress dépasse la résistance de la structure : "pop"!

Si vous avez déjà subi ce type de blessure et avez entendu ce fameux pop, détrompez-vous. Ce bruit ne provient pas du ligament qui se déchire, mais plutôt de la face interne du fémur qui vient toucher à la face externe du tibia. En d’autres mots, c’est le son que fait une dislocation du genou.

S’il s’agit effectivement d’une déchirure du LCA, le genou enflera rapidement et l’athlète sera dans l’incapacité de poursuivre son activité. Dans une infime proportion des cas, la déchirure sera partielle.

Une minorité des patients aura de bons résultats avec le traitement conservateur, c’est-à-dire de la physiothérapie, une orthèse et une restriction de toute activité avec changement de direction brusque. Essentiellement, on parle des adultes de plus de 50 ans qui n'ont pas d'aspiration sportive de haut niveau, mentionne le Dr Ouellet.

Dans la majorité des cas, lorsqu’il est question d’enfants, d’adolescents ou d’adultes relativement actifs, l’option chirurgicale sera priorisée. Et malheureusement, il ne s’agit pas d’une chirurgie mineure.

On ne peut pas recoudre le ligament. Quand ça se rupture, ça se défait un peu comme une queue de cheval. Il faut donc retirer le ligament brisé, aller chercher un bout de tendon et le réimplanter pour reproduire le plus fidèlement possible le ligament originel, explique le Dr Ouellet.

Je dis souvent à mes patients que ce n’est pas la meilleure blessure à choisir dans le sac à blessures. Il y a toute une gestion pré et post-chirurgicale, ajoute-t-il.

Gros plan d'un homme qui porte une attelle.

Ce type de blessure nécessite une chirurgie.

Photo : EvantoElements

Avant la chirurgie, les experts recommandent d’effectuer beaucoup de physiothérapie afin de réduire l’inflammation dans le genou et, surtout, de retrouver une amplitude de mouvement articulaire et une force relativement normales.

Une fois la chirurgie terminée, la physiothérapie intensive deviendra la pierre angulaire d’une bonne rééducation. Un athlète pourra reprendre normalement son sport, sans aucune restriction, de 9 à 12 mois après sa chirurgie.

Simplement pour que la greffe mature, ça prend environ six mois. Il arrive que certains athlètes, comme Georges St-Pierre ou Adrian Peterson, reviennent au jeu après six mois, mais ce sont vraiment des exceptions.

Un athlète qui revient au jeu après une telle blessure a davantage de risque d’en subir une autre, principalement dans les deux années après la chirurgie. Plusieurs études se sont penchées sur la question (Nouvelle fenêtre) et avancent que plus le niveau du sport est élevé, plus les chances que l’athlète ne puisse pas revenir au même niveau de performance qu’auparavant sont grandes.

Par ailleurs, peu importe l’origine de la blessure, la rapidité et la qualité de la réparation chirurgicale et la durée de la rééducation, le genou opéré risque fort bien d’avoir de l’arthrose précoce de 15 à 20 ans (Nouvelle fenêtre) après l’opération.

Est-il possible de réduire le risque d'avoir une déchirure du ligament croisé antérieur? Plusieurs scientifiques ont étudié la question au cours des dernières années et ont développé des programmes d'entraînement.

On vise principalement le réchauffement avant un entraînement ou un match. On proposera par exemple une série d'exercices que les athlètes peuvent faire en équipe de deux qui leur permet de se réchauffer et de s'entraîner au niveau neuromusculaire de la bonne façon, affirme le Dr Jérôme Ouellet.

L'objectif sera d'augmenter la température du corps afin de se préparer à la pratique de l'activité physique et, surtout, de prévenir les blessures au ligament croisé antérieur en renforçant certains mécanismes, muscles et réactions.

La prévention est donc un élément non négligeable Et même si le risque zéro n'existe pas.

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