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Qualifications olympiques : la lourde attente de Kristel Ngarlem

Elle tient une barre sur ses épaules à l'entraînement.

Kristel Ngarlem

Photo : Facebook/Kristel Ngarlem

Jean-François Chabot

À moins de trois mois des Jeux olympiques de Tokyo, l’haltérophile Kristel Ngarlem n’a toujours pas la garantie de se rendre au Japon.

Il y a une semaine, la Montréalaise a pris part à une première compétition majeure en plus d’un an et demi, les Championnats panaméricains à Saint-Domingue, en République dominicaine, où elle a pris le 8e rang.

Elle ne s’en fait pas trop avec ce résultat qu’elle considère comme bon dans les circonstances de la pandémie. Elle était juste heureuse de retrouver un peu ses marques, surtout que le poids qui l’inquiète le plus en ce moment est le sien.

En quarantaine chez elle depuis son retour, l’athlète de 25 ans a livré ses impressions dans l’attente de la nouvelle qui lui permettra de réaliser son rêve olympique. Une attente qui lui paraît de plus en plus lourde.


Q. Est-ce que ta 8e place à Saint-Domingue est satisfaisante pour toi?

R. Je vais répondre non à cette question parce que la dernière fois que j’ai fait des Championnats panaméricains, j’avais été médaillée. La marge est assez différente entre une 3e et une 8e place.

Cependant, dans les conditions dans lesquelles je suis arrivée à cette compétition, je suis quand même très contente déjà d’avoir fait le poids. Ce fut un enjeu très difficile. Mon objectif était d’abord de faire un (bon) total (arraché et épaulé-jeté) pour assurer avec un plus haut pourcentage de chances ma place à Tokyo.


Q. Peux-tu nous en dire un peu plus sur les conditions particulières auxquelles tu fais allusion?

R. Pas de besoin de rappeler les conditions difficiles pour tous les athlètes d’aller en compétition après une absence de presque un an et demi. Quand on s’entraînait, c’était très difficile à Montréal. Les centres ont été fermés, puis rouverts à l’INS (Institut national du sport). On avait des plages horaires précises.

S’entraîner à Montréal n’était pas toujours idéal dans les derniers mois. Ensuite, j’ai eu besoin de prendre un médicament qui m’a fait prendre beaucoup de poids. C’est une partie que les gens oublient. En haltérophilie, il y a une pesée qui se fait deux heures avant ta compétition. Dans mon cas, dans les derniers mois, en ne sachant pas à 100 % si la compétition allait avoir lieu, j’ai remarqué que je prenais vraiment beaucoup de poids. Ç'a été un autre enjeu qu’il fallait corriger.

J’avais plus de 6 kilos à perdre pour cette compétition. Ça faisait longtemps que je n’avais pas compétitionné chez les 76 kilos. J’étais déjà à près de 80 à l’entraînement depuis plus d’un an. J’avais fait quelques petites compétitions durant l’été à 80 kilos, donc le premier enjeu était de faire le poids. Et ç’a été un peu plus compliqué que je le pensais. Il faut prendre l’âge en compte. Ce n’est plus aussi simple que quand j’avais 15 ans.


Q. À quoi sert cette médication?

R. Hum… c’est pour hum… Je ne veux pas en parler tout de suite. Mais j’en parlerai peut-être dans nos prochaines entrevues à l’approche des Jeux. C’est quelque chose que je vais potentiellement prendre sur une base régulière. Je vais devoir vérifier ça avec mon médecin. C’est quelque chose de nouveau.


Q. Est-ce que ta place à Tokyo est maintenant garantie?

R. En date d’aujourd’hui, d’après les calculs de mon entraîneur, j’aurais la place continentale pour les Jeux olympiques dans les 76 kg. Même si je n’étais pas dans une énorme forme aux Championnats panaméricains, on a quand même bien regardé les chiffres que j’avais besoin de faire pour assurer ma place.

Il ne fallait pas que je me fasse battre soit par la Cubaine ou par l’Ontarienne Maya Laylor. Même si elle a fini devant moi, Laylor devait aller chercher un total de 239 kg parce que nos qualifications olympiques ont commencé en 2018. On accumulait des points. Depuis 2018, mes compétitions s’étaient très bien déroulées et j’avais déjà amassé beaucoup de points.

Je ne célèbre pas encore parce qu’en temps de COVID, avec la Fédération internationale (IWF), il y a tellement de changements qui peuvent avoir lieu. Les Championnats d’Océanie ont été annulés. On attend que la Fédération internationale nous arrive avec un plan à savoir ce que l’on fera avec ce groupe d’athlètes. Je ne célèbre pas tant que je n’ai pas l’assurance que ce nouveau plan ne viendra pas changer ma situation.


Q. Peux-tu nous parler de ce calcul qui te fait croire que tu iras à Tokyo?

R. Nos qualifications commençaient en 2018 avec trois périodes de temps. Pour aller aux Jeux, il y a d’abord les athlètes du top 8 mondial, sans doublon de nationalité. Ce classement est établi selon les meilleures performances de chacune des périodes et la 4e sur l’ensemble des compétitions grâce à laquelle ils établissent une moyenne.

Après le top 8, c’est une personne par continent. En fonction de notre calcul, je figure première au niveau continental des Amériques. Les filles classées derrière moi n’ont pas été capables de combler l’écart durant les Championnats panam. Aussi, la place continentale ne peut pas être attribuée à un pays qui a déjà une athlète au sein du top 8.


Q. Que fais-tu maintenant que tu es rentrée à Montréal, en attendant d’avoir la confirmation que tu peux faire tes valises pour Tokyo?

R. Je passe beaucoup de temps à expliquer aux gens pourquoi on est encore en attente (rires). Sinon, on m’a prêté du matériel pour que je puisse faire des petits entraînements. J’ai une barre de 15 kilos, des élastiques. Évidemment, on est loin de lever 100 kilos ou plus parce que j’habite un appartement sur De Maisonneuve (rires).

C’est sûr que je suis limitée (par la quarantaine obligatoire de 14 jours). Je vais peut-être avoir un deux semaines de retard par rapport aux gens qui ont accès à des installations complètes. J’essaie de faire deux séances d’entraînement par jour. Je cuisine. Je rattrape le retard que j’ai à l’université.

Aussi, je me repose parce que je sais que dès que je sortirai de la quarantaine, je vais retourner à l’INS. Il me restera environ 12 semaines (avant les Jeux). Ce seront des semaines très importantes pour que je retrouve le niveau en dépassant 100 kg à l’arraché et 130 à l’épaulé-jeté.


Q. Quel a été l’élément le plus encourageant dans ta participation aux Championnats panaméricains?

R. Juste de refaire le poids, j’étais contente. De refaire toute la planification vers une compétition qui est importante, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas fait ça. Juste de retourner sur le plateau, peu importe les poids que j’ai soulevés, j’étais vraiment contente de revivre ça. Je me sentais un peu comme à mes premières compétitions quand j’étais plus jeune.

J’étais énervée, j’étais contente, et j’avais le luxe de ne pas avoir à viser un total incroyable pour assurer ma place. C’est l’fun d’avoir un peu moins de pression. Ça m’a reconfirmé, malgré tous les mois difficiles, que c’est ce que je veux faire. C’est ce que j’aime et je veux continuer.


Q. Quel aspect dois-tu peaufiner d’ici aux JO?

R. Je pense que ce sera ma technique à l’arraché, de retrouver mes repères avec des charges plus lourdes, de reprendre ma confiance dans les mouvements avec des charges plus lourdes. Et évidemment de maintenir mon poids corporel plus bas pour que le challenge soit moins gros (à la pesée) et que je puisse me concentrer sur ma performance.

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