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Chronique

La F1 à Miami, 40 ans après l'insulte de Las Vegas

Le circuit de F1 passera entre le complexe de tennis et le stade Hard Rock.

Le circuit de F1 passera entre le complexe de tennis et le stade Hard Rock.

Photo : Miami Dolphins

L'ancien champion du monde de F1 Emerson Fittipaldi avait vu juste quand, en mai 2020, il avait prédit qu'il y aurait un Grand Prix dans sa ville d'adoption en 2022. Pourtant, quand il a fait sa prédiction, l'opposition au projet était encore forte.

En fait, la saga du Grand Prix de Miami dure depuis 2016. Depuis les premières discussions pour envisager une course à saveur urbaine.

Les citoyens de la ville floridienne ont refusé par référendum une course de F1 dans les rues de leur ville en 2019.

Le circuit de F1 proposé dans les rues de Miami

Le circuit de F1 proposé dans les rues de Miami

Photo : Miami / Twitter

C'est alors que le président des Dolphins de Miami (NFL) Tom Garfinkel a pris le relais en proposant d'organiser la course sur le terrain (en partie fait de stationnements) de 101 hectares du Hard Rock Stadium à Miami Gardens, où ont résidence les équipes de football des Dolphins et des Hurricanes ainsi que l'équipe de baseball des Marlins de la Floride.

Il y a déjà autour du stade un complexe de tennis qui accueille le tournoi de l'ATP et de la WTA depuis 2019.

Je n'ai pas été le seul à froncer les sourcils en apprenant que la F1 tournerait à nouveau dans un stationnement. Les amateurs de l'époque de Gilles Villeneuve ont encore en mémoire ce triste passage à Las Vegas en 1981 et 1982, dans le terrain de stationnement de l'hôtel Caesars Palace.

Un (très) mauvais souvenir

Le Grand Prix de l'est des États-Unis, disputé sur le circuit routier de Watkins Glen dans l'État de New York, venait de disparaître, car le promoteur ne pouvait plus payer ses factures. Un groupe de Las Vegas avait alors récupéré le rendez-vous, trop heureux d'offrir un événement de calibre international à sa clientèle de jeux et désireux de rebâtir la triste réputation de la ville du Nevada.

Un circuit temporaire de 3,6 km (14 virages serrés), en sens anti-horaire (une torture pour le cou) avait été construit sur le terrain de stationnement de l'hôtel.

Immensité d'asphalte et de béton au cœur des plaines fertiles (las vegas en espagnol). La F1 pouvait difficilement tomber plus bas. Mais qui peut résister à l'attrait des dollars? Pas Bernie Ecclestone.

Vue aérienne du circuit

Le circuit de F1 construit en 1981 sur le terrain des stationnements de l'hôtel Caesars Palace de Las Vegas

Photo : Las Vegas Tourism

Sur le terrain bétonné, l'air sec du désert était irrespirable dans les petits gradins. Cela a été un retentissant échec populaire, moins de 30 000 personnes s'étaient déplacées.

Imaginez la chaleur dans les habitacles. Nelson Piquet (Brabham) avait terminé au bord de l'épuisement au 5e rang en 1981, ce qui lui avait permis de remporter le titre. Alan Jones avait gagné la course dans une Williams.

Gilles Villeneuve (Ferrari) avait été disqualifié pour s'être mal placé sur la grille de départ, tandis que son frère Jacques (Arrows) n'avait pas réussi à se qualifier. L'année suivante, Michele Alboreto (Tyrrell) l'avait emporté.

Puis, incapables de s'entendre sur un tracé urbain dans les rues de la ville, les promoteurs avaient laissé tomber.

Miami Gardens, la 11e destination américaine

Quarante ans plus tard, la F1 s'apprête à retourner courir sur un terrain en partie fait de stationnements.

L'entente entre la F1 et Miami Gardens (dans la banlieue nord de Miami) est de 10 ans, ce qui est anormalement long. Les parties ont dû insérer quelques clauses échappatoires. C'est la première fois que la F1 roulera à Miami, elle qui n'avait pas roulé en Floride depuis 1959.

La F1 s'était arrêtée cette année-là sur l'ancien aérodrome militaire de Sebring, un peu à l'image du circuit anglais de Silverstone. Jack Brabham avait remporté le titre mondial à Sebring en 1959, après avoir poussé sa voiture, vide d'essence, jusqu'à la ligne d'arrivée.

L'année suivante, le GP de F1 avait déménagé à Riverside en Californie.

Depuis 1959, la F1 s'est promenée à travers le continent (70 courses disputées sur 10 circuits) en espérant trouver l'endroit idéal.

Indianapolis, le temple de la course automobile aux États-Unis, semblait être l'endroit idéal. Et le circuit routier de 4,1 km construit à l'intérieur de l'ovale n'était pas le pire, malgré la section du tuyau de lavabo, mais le scandale de la course de 2005 (quand toutes les voitures équipées de pneus Michelin avaient déclaré forfait) a laissé une plaie qui a eu du mal à cicatriser.

La F1 a très mal géré la crise de confiance des Américains envers la F1, et il a fallu attendre cinq ans, et 2012, pour que la F1 retrouve le nouveau continent, au Texas, dans la ville la plus européenne de l'État, Austin.

Miami sera donc la 11e destination en sol américain, après Sebring, Riverside, Watkins Glen, Long Beach, Las Vegas, Détroit, Dallas, Phoenix, Indianapolis et Austin.

Bien que dessiné autour du stade des Dolphins, le tracé du circuit de Miami a de quoi rassurer les sceptiques. La conception des circuits a bien changé depuis l'horreur de Las Vegas.

Le circuit d'Austin en est un bon exemple. Il épouse bien la topographie de l'endroit et reprend les plus célèbres virages et enchaînements des circuits de F1, avec quelques sections signature comme le virage no 1.

Il est dans une ligne droite.

Lance Stroll sur le circuit d'Austin au Texas

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Le circuit de Miami sera long de 5,4 km, composé de 19 virages et de longues lignes droites qui permettront aux pilotes de s'exprimer et aux voitures de rouler à plus de 300 km/h.

À l'écoute des citoyens

De plus, les organisateurs semblent avoir entendu les citoyens.

Ainsi, la 199e avenue Nord-Ouest (au bas du dessin) qui faisait partie du tracé original a été rendue aux automobilistes qui craignaient de gros problèmes de circulation. Le circuit empruntera toutefois la 203e avenue Nord-Ouest (en haut du dessin).

Un dessin en rouge montrant le tracé.

Le circuit de Miami autour du stade de football des Dolphins

Photo : Groupe Formula One

De plus, les organisateurs ont garanti qu'il n'y aurait pas d'action avant 15 h le vendredi, jour des premiers essais, pour ne pas perturber la sortie des écoles.

Enfin, le maire de Miami Gardens, Rodney Harris, a réussi à convaincre le conseil municipal de voter pour le projet de Grand Prix lors de la séance du 14 avril en offrant des subventions totalisant 5 millions de dollars pour les commerces, les restaurants et les résidents, ainsi que des bourses d'études en science, technologie, ingénierie et mathématiques.

Le revirement est spectaculaire, car il survient quatre mois après le dépôt en cour fédérale d'une poursuite le 31 octobre 2020 contre le maire de l'époque et le groupe Formula One par une poignée de résidents (pour discrimination raciale et violation des droits constitutionnels) dans le but d'empêcher la présentation de l'événement autour du stade des Dolphins.

Tenter d'imposer cet événement sans écouter les résidents est inadmissible, pouvait-on lire dans un communiqué de la militante communautaire Betty Ferguson, accompagnant la poursuite.

C'est un manque de respect envers la communauté majoritairement afro-américaine.

Une citation de :Betty Ferguson, militante communautaire de Miami

Le combat de Betty Ferguson et des résidents n'est pas forcément terminé. La première édition du Grand Prix leur donnera une bonne indication des niveaux de pollution environnementale et sonore.

Il est important de noter que l'accord entre la F1 et Miami Gardens est un accord de principe. Après autant de complications au niveau municipal, tant que le circuit ne sortira pas de terre, la F1 jouera la prudence.

Ce qui n'a pas empêché le président du groupe Formula One Stefano Domenicali et le promoteur du Grand Prix de Miami Tom Garfinkel d'organiser une rencontre de presse commune dans les installations du circuit d'Imola dans le cadre du Grand Prix d'Émilie-Romagne.

Un mois de juin nord-américain

Pour la F1, ce deuxième grand prix en territoire américain, avec Austin, fait partie de sa stratégie de développement, a expliqué Stefano Domenicali.

Nous allons construire quelque chose de spectaculaire, et il y aura des occasions d’affaires pour tout le monde, a-t-il précisé.

Après une année 2020 difficile, le défi de 2021 est de regarder vers l’avenir et de jeter les bases d’un avenir incroyable pour la F1.

Une citation de :Stefano Domenicali, président du groupe Formula One

Il est utile de rappeler que M. Domenicali travaille pour Liberty Media, un groupe américain spécialisé dans les médias, qui est propriétaire des droits de la F1 depuis janvier 2017 (droits achetés 4,4 milliards de dollars américains).

Liberty Media avait à cœur d'obtenir un (plus grand) retour sur son investissement.

Pour maximiser la présence de la F1 aux États-Unis, Stefano Domenicali a déjà confirmé que ce Grand Prix de Miami aura lieu dans le deuxième quart de la saison, soit dans le même quart que le Grand Prix du Canada à Montréal, et la presse spécialisée parle d'un programme double Montréal-Miami en 2022.

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