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Chronique

Les Flames sont assez fous pour croire qu’ils peuvent devancer le CH

Des joueurs de hockey

Josh Leivo (au centre) des Flames de Calgary célèbre un but contre le Canadien de Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Nous sommes le 17 octobre 2004. Rien ne va plus pour les Red Sox de Boston, qui accusent un retard de 0-3 contre les Yankees de New York dans la série de championnat de la Ligue américaine...

La veille, dans le troisième match, les Red Sox ont été humiliés au compte de 19 à 8 devant leurs partisans. Les choses vont vraiment mal. En retournant vers son bureau après le match, le gérant Terry Francona doit faire un détour vers la salle réservée aux familles des joueurs afin de séparer une violente prise de bec opposant la femme du lanceur Curt Schilling à la fiancée du voltigeur Johnny Damon.

La raclée du troisième match a pris fin à 0 h 30. Dans son autobiographie intitulée Francona, The Red Sox Years, il raconte qu’en se présentant au stade le lendemain midi, il n’avait aucune idée de l’état dans lequel il allait trouver ses joueurs.

Puis quand il est entré dans le vestiaire de l’équipe, le gérant des Red Sox a été tout de suite rassuré. Tout le monde se comportait comme si l’équipe s’apprêtait à disputer n’importe quel autre match. Gabe Kapler s’entraînait dans la salle de musculation, Bronson Arroyo grattait sa guitare, Tim Wakefield faisait des mots croisés et Damon brossait ses longs cheveux.

Terry Francona

Terry Francona

Photo : Getty Images / Elsa

Francona a aussi remarqué son premier-but, Kevin Millar, qui répétait à tous ceux qu’il croisait : Les Yankees feraient mieux de ne pas nous laisser gagner ce soir. Si on gagne, on a Pedro Martinez sur la butte demain et ensuite Schilling dans le sixième match. Après ça, n’importe quoi pourrait se produire dans le septième match.

Ravi, Francona se disait : Les gars sont O.K. Ils sont juste assez fous pour croire qu’on peut remporter cette série.

Le reste appartient à l’histoire. Les Red Sox ont remporté les quatre matchs suivants et pour devenir la première équipe de l’histoire de la MLB à gagner une série de championnat après avoir été en retard 0-3.

***

Les lecteurs de cette chronique ne pourront pas m’accuser de manquer de constance. Ça fait deux semaines de suite que le Canadien m’inspire des scénarios d’effondrements catastrophiques. Ça doit être relié au fait qu’on assiste effectivement à un effondrement catastrophique.

Le week-end dernier, je comparais la longue et importante panne offensive du CH à la rocambolesque fin de course qu’avait connue le pilote britannique Nigel Mansell au Grand Prix de Dallas en 1984. Parti de la position de tête sous un soleil de plomb, Mansell s’était finalement évanoui en tentant de pousser sa monoplace pour franchir la ligne d’arrivée en 6e  place.

En fin de semaine, en regardant l’attaque montréalaise se faire étouffer deux autres fois par la défense des Flames, et surtout, en voyant les hommes de Dominique Ducharme incapables de réussir des passes de routine, il était difficile de ne pas penser à Kevin Millar.

Depuis samedi soir, il y a assurément une âme optimiste dans le vestiaire des Flames qui se promène et qui répète à tous ceux qu’il croise : Le Canadien ferait bien mieux de ne pas nous laisser gagner lundi soir.

***

Dans le monde du sport de compétition, redonner espoir à ses adversaires est la pire chose qu’on puisse faire.

Le 5 avril dernier, la saison des Flames de Calgary était pour ainsi dire terminée. Ils étaient à la fois honteux, morts et enterrés. Ils accusaient 8 points de retard sur le Tricolore et sur le dernier rang donnant accès aux séries. Sans compter le fait que le CH avait cinq matchs de plus à disputer.

Or, le Bleu-blanc-rouge a l’air depuis le début d’avril d’une ambulance en feu sur laquelle tout le monde tire pendant qu’elle dévale une pente abrupte en direction d’un ravin.

Un joueur agenouillé sur la glace.

La saison de Brendan Gallagher est probablement terminée.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

On parle d’une équipe qui présente le pire dossier de la division canadienne depuis le 11 mars (8-11-2) et qui n’a remporté que 3 de ses 11 dernières rencontres. Et l’une de ces victoires, il faut le rappeler, est survenue le vendredi 16 avril au Centre Bell, contre les Flames, dans un match où le Canadien n’avait pour ainsi dire pas touché à la rondelle.

Depuis le début de cette séquence de 11 matchs (qui coïncide par ailleurs avec l’absence de Brendan Gallagher), Montréal présente la 30e moyenne de la LNH en attaque à 1,82 but par match.

***

Les équipes qui vont mal ont besoin d’un certain temps pour se restructurer et restaurer leur confiance. Elles commencent généralement par rayer de leur jeu les erreurs non provoquées et à resserrer leur défense pour ne pas se battre elles-mêmes. Puis, quand cette base est solidifiée, on peaufine l’attaque, qui devient généralement plus dynamique.

Dans le cas du CH, il ne reste que 10 matchs à disputer. Et on en est encore à rater des passes et des réceptions de passes dans des situations de jeu routinières où l’adversaire n’applique aucune pression. Dominique Ducharme a évoqué 26 situations du genre samedi. J’ignore s’il était sérieux ou s’il exagérait pour bien illustrer son propos. Mais ce qui est certain, c’est que trois buts des Flames ont directement été provoqués par des erreurs semblables.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

On parle ici d’une équipe de la LNH engagée dans la dernière ligne droite de la saison et tentant de défendre une place dans les séries qu’elle détenait avec 99 % de certitude il y a trois semaines. On est censés être ailleurs.

Quand Dominique Ducharme avait pris les guides de l’équipe à la fin de février, la structure de jeu s’était presque instantanément dynamisée et l’équipe avait rapidement cessé d’accorder 13 surnombres à la douzaine.

Toutefois, le Canadien s’est mystérieusement remis à piquer du nez après quelques semaines. Puis, le bateau s’est mis à tanguer encore plus au rythme des blessures.

Samedi soir, outre Carey Price et Gallagher, Jonathan Drouin et Paul Byron étaient absents. Et Tomas Tatar, qui était déjà mal en point avant la rencontre, a dû rentrer au vestiaire au début du troisième engagement. Ça va très mal.

Jeff Petry a beau dire que le CH est encore maître de son destin et qu’il lui suffirait de remporter le match de lundi pour que les Flames se retrouvent avec un déficit presque insurmontable de six points. La vérité, c’est que le Tricolore ne contrôle plus grand-chose depuis un mois et demi. Surtout pas contre les Flames, qui ont remporté six des huit affrontements entre les deux équipes.

Le match de lundi ne sera donc pas un simple match du calendrier. Ce sera le match pivot susceptible de faire chavirer la saison du Tricolore et, par la suite, la trajectoire professionnelle de plusieurs hauts gradés de l’organisation.

Je ne crois pas un instant que Calgary va faire les séries , m’écrivait un estimé collègue, samedi, alors que s’écoulaient les dernières minutes du match.

Le Canadien ferait bien mieux de ne pas laisser les Flames gagner lundi soir, lui aurait répondu Kevin Millar.

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