•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trois mois avant les JO, doit-on s'inquiéter de l'état d'urgence à Tokyo?

Elle est masquée.

Une personne marche devant un panneau publicitaire des Jeux de Tokyo.

Photo : afp via getty images / BEHROUZ MEHRI

Olivier Tremblay

À trois mois des Jeux olympiques de Tokyo, le gouvernement japonais a décrété l’état d’urgence dans quatre préfectures, dont celle de la capitale où doivent s’amorcer les Jeux le 23 juillet. Le comité organisateur assure qu’il n’envisage pas une annulation de l’événement, mais des questions subsistent.

Si elle était conseillère scientifique du Comité international olympique (CIO), Nimâ Machouf recommanderait que le grand rendez-vous n’ait pas lieu en 2021. Avec la campagne de vaccination mondiale en cours, les Jeux n’en valent pas la chandelle, juge l’épidémiologiste, qui est aussi chargée d’enseignement à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Vu du Canada, l’état d’urgence imposé dans les préfectures de Tokyo, Osaka, Kyoto et Hyogo jusqu’au 11 mai peut surprendre. Au moment où la décision est entrée en vigueur, le pays avait recensé quelque 4500 nouveaux cas quotidiens en moyenne au cours des sept jours précédents, pour une population d’environ 126 millions d’habitants. Au Canada, ce chiffre atteignait les 8400 nouveaux cas pour une population trois fois moindre.

Une infirmière recueille un échantillon nasal à l'hôpital de Fujimino, au Japon, le 18 décembre 2020.

Une infirmière recueille un échantillon nasal à l'hôpital de Fujimino, au Japon.

Photo : Getty Images / Carl Court

Au Japon, cependant, les experts s’inquiètent de la montée des variants, d’autant plus que moins de 1 % de la population est pleinement vaccinée. Puisqu’on ignore encore si les personnes vaccinées — certains athlètes venus d’ailleurs, par exemple — peuvent tout de même transmettre le virus, Mme Machouf craint les manquements au protocole imposé aux délégations olympiques à Tokyo, une région densément peuplée.

Chaque fois qu’on permet au virus de circuler à grande échelle et de se multiplier, on lui permet de muter. Chaque fois qu’il mute, il peut être plus dangereux. Il peut être moins dangereux aussi, mais pourquoi prendre ce risque? C’est trop tôt […] Quand on ouvre trop tôt, on perd tous les acquis. Ce n’est pas une bonne idée. On ne maîtrise pas encore assez la COVID-19 pour pouvoir se permettre cela.

Une citation de :Nimâ Machouf, épidémiologiste

Le geste du Japon n’étonne pas l’épidémiologiste, qui juge néanmoins la situation dangereuse dans le pays. De nombreux commerces devront donc fermer leurs portes avec cet état d’urgence annoncé à l’approche d’une semaine fériée où les Japonais ont l’habitude de se déplacer.

Lorsqu’elle cite les bons exemples de gestion de la pandémie, Mme Machouf nomme rapidement l’Australie, où on n’a recensé qu’environ 30 000 cas depuis l’apparition de la COVID-19. Elle n’était donc pas particulièrement surprise de voir la Fédération australienne de plongeon retirer son équipe de la Coupe du monde prévue à Tokyo au début mai.

Malgré l’état d’urgence, les épreuves tests des prochaines semaines, comme cette Coupe du monde, auront lieu à huis clos. Il faudra un plus grand effet d’entraînement, selon Mme Machouf, pour que la programmation change au Japon.

Ça prend beaucoup de courage pour prendre des décisions inusitées, souligne-t-elle. Pour faciliter cette tâche-là, quand la demande vient de la base. Pour un pays, ça vient de la population ou des provinces, mais pour des Jeux, ça peut venir des pays participants. Si le mouvement commence là, le pays hôte des Jeux aura plus de courage ou plus d’appui pour prendre sa décision.

Mme Machouf est cependant bien consciente qu’il en faudra beaucoup pour que les Jeux n’aient pas lieu, un sentiment que partage Jean-Loup Chappelet, professeur honoraire à l’Institut de hautes études en administration publique et au Centre d’études olympiques et de la globalisation du sport de l’Université de Lausanne.

Ce spécialiste de l’olympisme rappelle que les Jeux n’ont été annulés qu’en cas de guerre mondiale et que ceux de 1920 ont eu lieu pendant que la planète se remettait d’une pandémie de grippe.

C’est le gouvernement japonais, surtout, qui ne veut pas annuler les Jeux, pour l’instant, dit-il. Il veut tout faire pour que ça ait lieu, parce que ce n’est pas qu’une affaire économique, c’est une affaire d’image. Ils ne veulent pas perdre la face en n’organisant pas les Jeux à cause de la pandémie – même si ce n’est pas leur faute – vis-à-vis des voisins comme la Chine, par exemple, qui va organiser les Jeux d’hiver de 2022 et qui a déjà organisé les Jeux d’été de 2008.

Un panneau de signalisation rouge devant le logo de Tokyo 2020.

À moins de 100 jours des Jeux de Tokyo, les embûches restent nombreuses pour les organisateurs.

Photo : afp via getty images / CHARLY TRIBALLEAU

Le président du CIO, Thomas Bach, s’adressera d’ailleurs certainement aux Japonais lorsqu’il se rendra à Hiroshima à la mi-mai, quelques jours après la fin prévue de l’état d’urgence.

Je suis sûr qu’il y a beaucoup de pression sur [Thomas Bach], comme sur beaucoup d’autres dirigeants sportifs et athlètes en ce moment, soutient M. Chappelet. Sans doute, son voyage a aussi un but communicationnel, c’est-à-dire de rassurer les Japonais. Ils ont déjà décidé de couper en deux, grosso modo, le nombre d’accréditations simplement en interdisant aux personnes qui accompagnent de venir et en interdisant aussi aux spectateurs étrangers d’assister aux Jeux. Ce sont des faits concrets qui devraient rassurer la population.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !