•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« C’est tout le temps nous qui finissons par être négligées » - Ann-Renée Desbiens

Elle se jette sur la glace pour faire un arrêt.

Ann-Renée Desbiens aux Jeux olympiques de Pyeongchang en 2018

Photo : Getty Images / Ronald Martinez

Jean-François Chabot

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada Sports jeudi matin, la gardienne Ann-Renée Desbiens s’expliquait encore mal la décision de ne pas présenter le tournoi.

Je pense que toutes les joueuses sont un peu en état de choc face à la nouvelle. Personne ne s’y attendait. Le gouvernement (de la Nouvelle-Écosse) n’avait jamais mentionné la possibilité que le tournoi soit annulé, a-t-elle d’abord dit.

On se préparait à embarquer sur la glace pour notre dernier match de notre camp d’évaluation. Il y a beaucoup de frustration et de déception parce qu’en sachant le protocole et les mesures en place, on avait fait tout notre possible pour que la population soit en sécurité, a poursuivi l’athlète de La Malbaie, médaillée d’argent aux Jeux olympiques de Pyeongchang en 2018.

Une grande part de la déception ressentie est directement liée au fait de voir que le mondial passe à la trappe pour une deuxième année de suite.

D’avoir un autre Championnat du monde cancellé à la dernière minute quand on était déjà en Nouvelle-Écosse depuis plusieurs jours et que les autres pays s’en venaient, ça nous a vraiment brisé le cœur.

Une citation de :Ann-Renée Desbiens, gardienne de but d'Équipe Canada

La gardienne a précisé qu’aucun cas d’infection au coronavirus n’avait été détecté parmi la cinquantaine de joueuses canadiennes à ce camp d’évaluation.

Tout le monde devait être en isolation pour une durée de sept jours avant de s’en venir ici, a-t-elle expliqué. Nous l’avons été un peu plus tôt que les autres pays. On avait déjà eu cinq tests. Donc, c’est sûr qu’il n’y en avait pas (de cas d’infection). Les protocoles en place étaient tellement stricts.

Elle ajoute qu’à l’arrivée en Nouvelle-Écosse, les joueuses de tous les pays devaient se soumettre à une quarantaine de huit jours pendant laquelle personne n’allait pouvoir quitter sa chambre d’hôtel.

On ne pouvait pas sortir du tout. On a même eu des bracelets à mettre pour s’assurer qu’on ne sorte pas. Tout était en place pour que la population locale se sente en sécurité. Le protocole n’était pas public et je pense que la population a paniqué en pensant que l’on irait au restaurant ou des choses comme ça. Mais j’avais une boîte repas à la porte de ma chambre. On ne mangeait même pas ensemble. On ne se voyait même pas… (soupir). C’est un petit peu difficile présentement.

Une citation de :Ann-Renée Desbiens

Deux poids, deux mesures?

Ann-Renée Desbiens ne s’en cache pas. Elle porte aussi dans son cœur l’impression que, même en ces temps de pandémie, les joueuses de hockey ne sont pas traitées de façon équitable par rapport à leurs homologues masculins.

Il y a aussi eu la ligue LCHF qui a cessé ses activités, la Coupe des quatre nations a été cancellée, les mondiaux U-18 sont cancellés, mais juste pour le côté féminin, et maintenant le Championnat senior qui est annulé pour la deuxième fois. À un moment donné, ça fait beaucoup pour le hockey féminin. C’est tout le temps nous qui finissons par être négligées.

Le Championnat du monde junior masculin s’est déroulé dans une bulle à Edmonton en dépit d’importantes éclosions au sein des sélections allemande, canadienne et suédoise.

De plus, rien n’indique que le mondial masculin n’ira pas de l’avant à Riga, en Lettonie, du 21 mai au 6 juin.

Depuis l’annonce de mercredi, aucune indication laissant présager une date de reprise du tournoi n’a été fournie aux joueuses de la sélection canadienne. Aux dires de Desbiens, Hockey Canada leur a toutefois donné l’assurance que tous les efforts seraient déployés pour tenir le Championnat du monde au Canada en 2021.

Pas la seule

Sa coéquipière Jill Saulnier y est allée d’une sortie dans le même sens sur son compte Instagram, où elle s’adresse directement à la population néo-écossaise.

Je me suis réveillée avec un nœud dans l’estomac, a dit l'attaquante. J’aimerais croire que c’est à cause du trac d’avant-match, mais non. Nous sommes arrivées il y a une semaine. Vous ne le saviez peut-être pas parce nous restions dans nos chambres d’hôtel, en isolement, loin de tout le monde. Chaque jour. Tous les jours.

Elle patine avec la rondelle.

Jill Saulnier

Photo : Getty Images / Rich Lam

Nous prenions l’autobus sur une distance de 100 mètres pour nous rendre à l’aréna et nous assurer de ne croiser personne ou de n’avoir aucune interaction avec le public. Parce que la sécurité de la province est importante.

Avec nos portes fermées, pas de glace, pas d’entraînements, rien. Vous ne pouvez qu’imaginer à quel point ce pouvait être difficile pour une athlète à la veille d’un des plus gros tournois de notre vie. Mais nous avons accepté ce sacrifice.

Je n’avais pas prévu exprimer mes sentiments ce matin, mais en tant qu’athlètes féminines, nous devons nous faire entendre. Je suis de cette province et les personnes proches de moi savent à quel point je suis fière d’être Néo-Écossaise. Je ne peux vous dire à quel point je suis reconnaissante des mesures prises par Hockey Canada afin d’assurer un camp sécuritaire.

Avec tous nos tests négatifs, la seule chose que nous allions apporter dans cette province était de l’enthousiasme, de la joie et un peu de vie à un moment où nous en avons le plus besoin. J’aime cette province, mais je suis tellement déçue par cette décision qui nous vole toutes de ce rêve.

Une citation de :Jill Saulnier, attaquante, Équipe Canada

Au moment où vous lirez ces lignes, toutes les membres d’Équipe Canada auront pris l’avion d’Halifax pour rentrer chacune chez elle.

Après une escale de quelques semaines à Montréal, où elle a l’habitude de s’entraîner avec d’autres joueuses de l’équipe nationale, Ann-Renée Desbiens prévoit retourner auprès des siens dans Charlevoix. Et non, elle n’a rien prévu à son calendrier hockey.

On n’a aucune date pour ce qui va se passer au cours des prochains mois. Je pense qu’on est toutes en attente pour voir quand on va reprendre l’entraînement, a-t-elle dit la gorge nouée par l’émotion.

Il faut aussi réaliser que ça fait 16 mois, ou peut-être un peu plus, qu’on s’entraîne sans prendre de pause parce qu’on ne sait jamais quand nos événements auront lieu.

Je pense que tout le monde, mentalement, on a besoin de cette petite pause-là pour récupérer et se remettre sur nos deux pieds parce que je sais qu’on aura l’opportunité de rejouer bientôt. Quand? On ne sait plus trop. Il faut être prêtes, mais on a besoin de vacances, a-t-elle conclu.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !