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Comment minimiser les risques d'éclosion dans les arénas de la LNH?

Des bancs vides dans l'aréna et à l'arrière, trois cartons représentant des partisans et le propriétaire des Sénateurs.

Est-ce que les êtres en chair et en os remplaceront prochainement les spectateurs en carton au Centre Canadian Tire?

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Avec l’approche des séries éliminatoires dans la LNH, certains amateurs de hockey canadiens portent un regard empreint de jalousie sur les amphithéâtres américains.

C'est qu'aux États-Unis, il est possible d’assister en personne à des matchs dans 23 des 24 villes où se trouve une équipe. Un nombre qui détonne avec la situation au Canada, où les partisans sont encore confinés à leur téléviseur.

Est-ce que le tournoi printanier, auquel participeront quatre équipes du Nord, marquera leur retour dans les gradins?

Pour l’instant, en pleine troisième vague de la COVID-19, les organisations canadiennes misent encore sur la prudence. Une approche judicieuse, selon Parisa Ariya, professeure au département de chimie à l’Université McGill.

Pour elle, les amphithéâtres représentent un lieu d’éclosion potentiel parce que ce sont des lieux hermétiques. La transmission du virus se fait aussi à l’extérieur, cela a été démontré scientifiquement, dit d’emblée la spécialiste en aérosols. Mais c’est vraiment pire à l’intérieur. Ce ne serait pas intelligent de laisser des spectateurs se rassembler dans un lieu fermé et froid.

Ainsi, il est encore plus hasardeux de rassembler des amateurs de hockey que de baseball ou de basketball, selon elle.

Un avis que partage Ali Bahloul, chercheur à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail. À l’extérieur, avec des masques et une distanciation, c’est possible. Mais dans un bâtiment fermé, il y a un plus grand risque, ajoute-t-il.

 Il est désert avant un match, excepté pour les caméramans.

L'amphithéâtre des Flames

Photo : usa today sports / Candice Ward

Le Centre Bell, le Rogers Arena et les autres arénas bénéficient pourtant d’une arme clé pour repousser le coronavirus : l’espace.

Ces amphithéâtres modernes, hauts et spacieux, permettent une saine distanciation physique entre les individus et, en théorie, une circulation d’air adéquate.

Une ventilation déficiente a d'ailleurs été parfois montrée du doigt lors d’éclosions en lieux fermés, comme dans un gym de Québec en mars dernier.

Il ne suffit pas d’augmenter la ventilation pour assainir l’air, explique Ali Bahloul. Il y a une limite. On ne veut quand même pas créer de la turbulence dans les estrades!

Surtout, la ventilation est là pour diluer les contaminants dans l’air. On ne veut pas qu’elle crée des échanges d’air horizontaux ou circulaires, à travers les spectateurs, mais plutôt un flux à la verticale, pour aspirer l’air vers le haut.

En ce sens, l’expert en qualité de l’air croit que les propriétaires d'arénas pourraient s’inspirer des récentes directives de la Ligue nationale de hockey.

En collaboration avec l’Association des joueurs, la direction a convenu d’ajouter des purificateurs d’air derrière le banc pour assurer la sécurité de ses employés. On a également retiré un panneau de verre, pour améliorer la circulation de l'air.

Ça aiderait d'en répartir plusieurs dans l'aréna, oui. Mais il y aura toujours d’autres mesures à respecter comme la distanciation et les masques.

Une citation de :Ali Bahloul

Parisa Ariya doute que l’on puisse éviter les attroupements spontanés lors des événements sportifs. Même en respectant une distanciation lorsque les spectateurs sont assis, ceux-ci risquent de se croiser à de multiples reprises.

Lorsqu’ils prennent le bus, le métro pour se rendre à l’événement, ça augmente ça aussi le risque de transformer ces événements en lieux de grande éclosion, affirme-t-elle.

Deux partisans masqués passent à côté d'un kiosque de nourriture au Madison Square Garden

Dans les amphithéâtres aux États-Unis, les partisans doivent conserver un couvre-visage, sauf pour manger ou pour boire.

Photo : usa today sports / Bruce Bennett

Pour permettre une distanciation en tout temps, certaines équipes de la LNH demandent aux partisans d’arriver à l’intérieur d’une certaine plage horaire.

En séparant les heures d’arrivée, elles amoindrissent les chances d’attroupements. À la fin de la soirée, les spectateurs sont aussi invités à quitter les lieux section par section.

Le désavantage de la glace

En plus d’être cloisonnés, les amphithéâtres souffrent d’un autre gros désavantage par rapport aux autres lieux de sport : la glace.

Au hockey, la température dans les gradins est inférieure de plusieurs degrés à celle que l'on retrouve pour des matchs de basketball.

Il y a une première couche d’air, qui est nécessairement refroidie par la glace, précise Parisa Ariya. Comme l’air froid est plus dense que l’air chaud, il y a une concentration des particules, y compris les particules du virus. Celles-ci peuvent s’accrocher à des aérosols et se propager.

Ce phénomène d’emprisonnement de l’air dans les amphithéâtres est reconnu depuis longtemps grâce… aux surfaceuses.

Il y a eu plusieurs études, bien avant la COVID-19, sur la qualité de l’air dans les arénas, en raison des équipements utilisés, raconte Ali Bahloul. Auparavant, les surfaceuses étaient très polluantes, elles expulsaient des émissions de CO2 en importante quantité, qui restaient au niveau de la glace à cause de l’air froid.

La concentration de contaminants près de la patinoire nuit à l’efficacité que pourrait avoir une bonne ventilation. L’effet de la température prédomine celui de la ventilation, estime-t-il.

Aérer beaucoup... et souvent

Dans son protocole de retour au jeu, la LNH consacre 12 pages à la mécanique des arénas, reconnaissant l’importance d’une circulation d’air optimale.

Elle demande spécifiquement aux arénas de maximiser les changements d’air, avant et pendant la tenue des événements.

Des organisations ont pris au sérieux ces recommandations et ont apporté certaines modifications aux infrastructures existantes pour se plier à ces exigences. Des amphithéâtres effectuent de cinq à sept changements complets par heure.

Quelques piétons marchent aux abords de l'amphithéâtre.

Le Scotiabank Arena, à Toronto, avait été le théâtre de matchs éliminatoires tenus à huis clos la saison dernière.

Photo : usa today sports / John E. Sokolowski

Un air flushing, comme on l'appelle, consiste à évacuer l’air ambiant et à le remplacer par de l’air frais, dit Ali Bahloul, également professeur à l'Université Concordia et à l'École de santé publique. Mais ce ne sont pas tous les systèmes en place qui peuvent s’adapter à cette nouvelle charge.

Il faut apporter de l’air frais à l’intérieur, mais il faut faire avec le système d’aération déjà en place. Habituellement, il y a peu de marge de manœuvre affirme-t-il. Généralement, quand on bâtit un amphithéâtre, la ventilation est bâtie sur mesure. Le système fonctionne dans un régime préétabli, il faut composer avec ses paramètres. On ne peut pas vraiment le sous-utiliser ou le surutiliser.

C’est possible d’ajouter des unités qui viennent appuyer le système d’aération existant, pour aspirer l’air vers les hauteurs, concède-t-il.

Une sorte de hotte de cuisinière géante, sous l'écran géant du Centre Bell? Pas tout à fait, mais c’est un peu ça le principe. Il faut orienter les aérosols vers le haut, pour les empêcher de stagner.

Malgré toutes ces mesures, Parisa Ariya voit là un risque inutile à courir à ce stade-ci de la pandémie. On peut comparer les amphithéâtres à un autre environnement dans lequel la température est généralement basse, une cabine d'avion.

Dans une cabine d'avion, il y a au moins cinq changements d’air par heure. Et il y a quand même des cas de propagation répertoriés lors des vols.

Une citation de :Parisa Ariya

Donc oui, tout ça permettrait d'amoindrir les risques. Mais le risque demeure. Et est-ce qu'on a vraiment besoin d'ouvrir de nouveaux lieux de propagation en ce moment? Je ne pense pas.

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