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De la parole aux actes

Ils célèbrent un but.

De gauche à droite : Tomas Tatar, Josh Anderson, Jon Merrill et Alexander Romanov

Photo : JASON FRANSON

EDMONTON - Et dire que le Canadien a cédé Max Domi et un choix de troisième tour pour obtenir Josh Anderson.

Marc Bergevin a réussi quelques tours de passe-passe en neuf ans de règne dans ses échanges, quelques bévues aussi, plus rares toutefois, mais il doit être particulièrement fier de ce coup-là.

L’idée n’est certainement pas de faire le procès de Domi, un joueur qui a rendu de fiers services au CH, qui traverse une sérieuse crise de confiance à Columbus, laissé de côté lors des deux derniers matchs de son équipe. Revisiter l’histoire est souvent un exercice périlleux, quelques fois empreint de mauvaise foi.

Alors, non, il ne s’agit pas d’une rebuffade adressée au joueur échangé, mais plutôt d’un témoignage éloquent de l’importance fondamentale du joueur obtenu.

En trois mois, Anderson a réussi à s’imposer comme l’un des plus grands meneurs de cette formation.

On doit commencer à jouer du hockey de séries, avait-il dit avant l’entraînement optionnel de mercredi matin. On ne peut plus se permettre d’attendre.

Il s’est assuré que le message soit compris de tous. L’imposant ailier a sonné la charge mercredi soir dans la victoire de 4-3 sur les Oilers.

Et c’est la cavalerie armée jusqu’aux dents qui est arrivée.

Du début à la fin du match, le numéro 17 a laissé son empreinte sur cette rencontre disputée, justement, dans un plus pur style des séries éliminatoires. Robustesse, animosité, coups un peu vicieux, arbitrage loufoque, intensité et présence permanente au filet : l’on a vu tout ça de part et d’autre.

Anderson est également devenu une espèce d’étalon de mesure pour Dominique Ducharme. L’entraîneur avait déjà commencé à l’employer souvent lors des débuts de période en l’insérant à la droite d’un trio qui n’était pas nécessairement le sien, même avant l’absence de Brendan Gallagher. Juste pour battre la mesure.

Il a maintenant la tâche de neutraliser les meilleurs éléments adverses tout en produisant de l'attaque, exactement le rôle du petit numéro 11 blessé à la main.

Dès l’échauffement, Anderson a donné le ton lorsqu’il est allé expliquer à Alex Chiasson, celui qui a causé un crime de lèse-majesté en frappant Carey Price lundi, qu’il allait devoir répondre de son geste 48 heures plus tard.

Chiasson a dû s’astreindre au fameux code en jetant les gants contre Corey Perry finalement et l’on peut bien en penser ce que l’on veut, mais là n’est pas le point. L’idée, pour Anderson, était de sauter à pieds joints dans un duel qui s’annonçait crucial.

Tu veux être engagé [dans le match] dès que tu mets les pieds sur la glace. Je lui ai fait savoir qu’on allait aller le chercher parce qu’il avait blessé le meilleur gardien de la ligue. Tu ne peux pas faire ça aux meilleurs joueurs, tu dois payer et c’est ce qui est arrivé, a expliqué Anderson.

Quand Connor McDavid a créé l’égalité 1-1 au début du deuxième tiers, Ducharme a répliqué immédiatement avec le trio de Phillip Danault. Onze secondes plus tard, Anderson a décampé à pleines enjambées sur l’aile gauche, débordant Adam Larsson, pour redonner l’avance à son équipe.

Ce qui aurait pu être un moment charnière pour les Oilers, un déclic pour reprendre le contrôle de ce match qui leur échappait complètement avant le premier but de leur capitaine, s’est transformé en épisode décourageant. À cause (grâce, c’est selon) à Anderson.

Rebelote en troisième période. Le buteur de Burlington a foncé au filet, arrachant le bâton du gardien Mike Smith au passage qui avait quitté son demi-cercle, a récupéré une rondelle libre pour inscrire, du revers, son deuxième filet de la soirée, un 17e cette année, qui s’avérera être le but gagnant. Tout ça en jouant avec acharnement, intensité, en jouant méchamment comme il avait promis de le faire le matin même.

Ils bataillent pour la rondelle.

Un joueur des Oilers et un du Canadien

Photo : JASON FRANSON

Décompte final : huit tentatives de tir, cinq au filet, deux buts, trois mises en échec, un lancer bloqué et une souris verte.

Bergevin a souvent décrit Anderson comme un joueur extrêmement rare, une combinaison presque unique d’habiletés, de vitesse, de gabarit, de caractère, de désir de vaincre.

Prenez-en pour preuve les mots de Jake Allen après la rencontre.

Quand il est tout le temps en mouvement, tu vois à quel point il est bon. Il n’est peut-être pas aussi rapide que McDavid, mais quand il déplace sa grosse charpente, il se situe sur l’échelon supérieur dans la ligue. Bonne chance pour arrêter ce gars-là quand il déborde sur les ailes. C’est 230 livres de muscles, pas de gras, et tout un lancer. C’est un joueur qui fait la différence, a lancé le gardien.

C’est élogieux, pour le moins. Il faudrait d’abord s’entendre sur ce qu’est exactement ce genre de joueur. L’on pourrait facilement arguer que le Tricolore n’en compte pas dans ses rangs. Pas de McDavid, évidemment, ni de Leon Draisaitl, pas plus que d’Auston Matthews, de Mitch Marner ou de Mark Scheifele. Tous des messieurs qui participeront aux séries éliminatoires d’ailleurs.

Il mise néanmoins sur ce qu’on appelle un ailier de puissance, à défaut d’une meilleure traduction, ce que bien des équipes ne possèdent pas.

En trois mois à peine, Anderson s’est imposé comme un rouage essentiel au succès de l’équipe.

La réponse silencieuse du capitaine

Shea Weber, pour sa part, l’est depuis longtemps. C’est évident par la qualité de son jeu, bon ou mauvais, par son tempérament de meneur vanté à l’unanimité par tous ses coéquipiers actuels ou passés, par la frénésie que son échange virtuel avec les médias, mardi, a déclenchée sur les réseaux sociaux.

Bien des amateurs ont passé la journée à clouer au pilori tantôt les journalistes, tantôt d’autres partisans, les uns étant trop ceci, les autres, pas assez cela, tout cela dans une joyeuse cacophonie ambiante créée par le refus de Weber d’évaluer son jeu en point de presse, préférant ramener le tout au concept d’équipe.

En quelque sorte, le capitaine a décidé de s’élever au-dessus de la mêlée dans ce qui pourrait servir de moment d’introspection à tous. Un peu de réflexion à tête reposée nuit rarement.

Il est devenu clair que le capitaine était parfaitement au courant des critiques à son endroit. Mercredi, c’est le Weber teigneux et agressif qui est ressorti. L’homme-montagne comme l’avait surnommé Mike Babcock. Celui qui avait fait dire à Jonathan Toews, s’adressant aux journalistes, vous n’avez pas encore compris, lorsqu’on l’avait invité à estimer ce que le grand défenseur apportait à une équipe en comparaison avec P.K. Subban.

McDavid, malgré trois points, et Leon Draisaitl ont paru excédés par sa présence constante.

Il plaque sévèrement Leon Draisaitl des Oilers d'Edmonton.

Shea Weber

Photo : JASON FRANSON

Mercredi, il y avait dans le jeu de Weber – et de son partenaire Ben Chiarot – cette attitude frondeuse et déterminée qu’espérait Dominique Ducharme depuis un bon moment.

On ne veut pas juste se contenter de travailler fort. C’est un peu ce qu’on faisait dernièrement. On les a défiés là-dessus. On était durs. Il y avait de l’intensité dans les batailles, dans les confrontations au filet.

Une citation de :Dominique Ducharme

Parfois, tu dois faire face aux critiques et y répondre de la bonne façon. C’est le genre de leader qu’il est. On sait ce qui est à l’enjeu ici. Quand tu ne joues pas bien, tu dois faire fi du bruit extérieur, continuer à t’accrocher et de bonnes choses vont arriver. C’est tellement un bon capitaine, a fait valoir Anderson.

Weber a préféré s’abstenir de s’adresser à nouveau aux journalistes après la rencontre. Il en a bien le droit, l’on ne veut surtout pas relancer le débat.

Il estimait probablement qu’il avait déjà donné sa réponse au cours des deux heures précédentes.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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