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L'apparieur et la quête du combat idéal

Ils montrent le poing.

Vincent Morin (à droite) après la récente victoire de Yan Pellerin pour le titre des lourds-légers de l'ABF Atlantic.

Photo : Courtoisie Vincent Morin - Facebook

Jean-François Chabot

Dans l’organisation et sous les réflecteurs de tout gala de boxe, on retrouve bien sûr le promoteur, le directeur technique, les officiels, les boxeurs et les entraîneurs. Mais à la source, dans l’ombre, se cache le matchmaker, l'apparieur.

Personnage aussi discret qu’indispensable, il est l’entremetteur entre deux adversaires qui s’ignorent. Il est celui qui tente de donner une couleur à chacun des combats de la soirée tout en respectant les besoins du boxeur local et les limites budgétaires du promoteur en négociant le montant de la bourse offerte au boxeur visiteur.

C’est dans un océan souvent trouble que nagent Vincent Morin et Stéphane Loyer, dépisteurs de perles rares pour le compte du Groupe Yvon Michel (GYM) et d’Eye of the Tiger Management (EOTTM), respectivement.

Chacun a son histoire et un parcours l’ayant mené au centre de cet univers particulier où ils tiennent dans leurs mains la progression des pugilistes sur la scène de la boxe et le succès populaire d’un événement.

Vincent Morin a lui-même d’abord été boxeur. Il a connu une belle carrière amateur et une fiche parfaite de 1-0 chez les professionnels, dit ce pince-sans-rire de 38 ans. Il a également pris et donné quelques coups dans le milieu des arts martiaux mixtes.

Maintenant basé à Boston, il donne un coup de main bénévolement dans un gymnase franchisé par l'UFC, en attendant de régulariser sa situation.

Mon travail consiste à trouver l’adversaire parfait pour le boxeur local. On doit parfois tenir compte de situations particulières. Par exemple, si un boxeur revient d’une opération ou s’il a été absent du ring pendant deux ans, on va lui donner un combat de retour, un peu plus facile, a d’abord expliqué Morin.

On joue quand même sur une ligne assez fine. Pour la carte du 16 mars, à Québec, dans le cas d’Oscar Rivas, on voulait un adversaire canadien. On n’a pas le choix avec ce qu’on vit avec la COVID (frontières fermées, quarantaine de 14 jours obligatoire, etc.). C’était aussi un combat de retour parce que ça faisait un an et demi qu’il n’était pas monté sur un ring.

Une citation de :Vincent Morin, Groupe Yvon Michel

Comme le précise Vincent Morin, il est clair que le budget consacré à la sous-carte d’un combat de championnat mondial au Centre Bell ou au Centre Vidéotron sera de loin supérieur à celui d’une soirée au Casino de Montréal.

Peu importe la situation, souvent, on présentera deux ou trois options d’adversaire possible selon leur qualité d’endurance ou leur capacité à offrir un bon spectacle. Le choix final reviendra à l’entraîneur et/ou au gérant du boxeur maison.

Saisir l’occasion

De son côté, Stéphane Loyer tient le même rôle à EOTTM, du promoteur Camille Estephan. Issu du monde de la production télévisuelle, c’est un peu par hasard qu'il a fait ses premières armes dans le domaine.

Je suis rentré dans ce monde-là grâce à un de mes amis, Stéphane Tessier [un poids lourd surnommé Brutus, NDLR]. Stéphane était un peu sur la fin de sa carrière. C’était devenu plus difficile pour lui de décrocher des combats étant donnée sa fiche (3-30-2), a raconté Loyer.

À l’occasion d’un souper, j’ai dit à Stéphane, à la blague, que j’allais l’aider à trouver des combats. En rentrant à la maison, je me suis tout de suite mis à la recherche de tout ce que je pouvais trouver sur Internet : un promoteur, un matchmaker, un gérant. Dès que je voyais que ç’avait rapport avec la boxe et que ça pouvait avoir une influence, j’envoyais un courriel.

Une citation de :Stéphane Loyer, Eye of the Tiger Management
Il prend la pose avec un boxeur qui tient une ceinture.

Stéphane Loyer en compagnie d'Adonis Stevenson, en décembre 2011

Photo : Courtoisie Stéphane Loyer - Facebook

Au début, la plupart d’entre eux ne donnaient aucune suite, jusqu’au jour où un promoteur français a répondu à l’une de ses bouteilles à la mer avec le résultat que Brutus et son nouvel homme de confiance sont allés en France à trois reprises de 2008 à 2010 pour y livrer des combats.

De fil en aiguille, d’autres boxeurs et promoteurs du Québec et d’ailleurs au Canada ont fait appel à lui pour décrocher des contrats ou leur trouver des candidats qui pourraient participer à leurs soirées de boxe.

Marc Ramsay, qui occupait cette fonction avec GYM, lui a ensuite confié quelques missions. C’est ainsi que son passe-temps est devenu une seconde occupation à temps plein, car Loyer n’a jamais quitté son emploi principal de directeur des opérations à Astral Média.

Stéphane Loyer, père d’une famille de cinq enfants, n’a jamais perdu de vue le côté souvent instable et aléatoire du travail d'apparieur. Les 14 derniers mois de pandémie l’ont conforté dans sa prudence. Cela ne l’empêche pas de rêver au jour où la boxe occupera toute la place dans sa vie professionnelle.

Pas pour tout le monde

Vincent Morin estime que ne devient pas apparieur qui veut. Son parcours l’a mené à GYM comme directeur des communications. À ce titre, il s’occupait notamment des relations avec les médias.

J’ai appris le métier de matchmaker sur le tas. À l’époque, c’était Samuel Drolet-Décarie qui s’occupait de ça chez GYM. Il m’a tranquillement appris les rouages du métier. J’ai beaucoup parlé avec Yvon (Michel) et avec Alexandra Croft. Ils m’ont expliqué comment ça fonctionnait dans ce milieu-là, a-t-il raconté.

Vincent Morin est convaincu que son expérience de boxeur l’a beaucoup aidé dans l’évaluation des adversaires pour les protégés de GYM. En développant son propre réseau de contacts, cela lui a permis d’aller recruter un peu partout en Europe, au Mexique, en Argentine.

Arrangé avec le gars de vues? Très souvent, les boxeurs associés au promoteur d’une carte de boxe vont tour à tour remporter leur duel avec une certaine aisance. Faut-il croire pour autant que les résultats étaient prévus?

Le problème avec ça, c’est qu’on a une idée de comment un gala peut se passer, mais on ne peut jamais avoir une certitude à 100 % pour savoir comment le boxeur va performer, que ce soit le boxeur local ou étranger. Même l’accès aux fiches avec BoxRec ou à toutes les vidéos disponibles ne fait pas de notre travail une science exacte.

Une citation de :Vincent Morin, Groupe Yvon Michel

Il y a de nombreux impondérables liés à l’organisation d’un combat dont il doit tenir compte. Est-ce que le boxeur va accepter le combat? Quelles seront ses exigences pour ce qui est de la bourse? Est-ce qu’il peut traverser la frontière? Est-ce qu’il a passé ses tests médicaux? Fait-il l’objet d’une suspension?

Pour lui, une soirée réussie, c’est d’avoir cinq ou six combats qui vont à la limite et qui nécessitent une décision des juges. Ce sentiment pourrait cependant ne pas être partagé par les spectateurs qui paient et qui espèrent voir des K.-O.

Il est important qu’un combat fasse d’abord progresser notre boxeur, mais on veut aussi que ce soit un défi pour lui. Si j’amène juste des gars qui tombent au premier round, les gens ne seront pas contents, a insisté Morin.

Pour le meilleur et pour le pire

Stéphane Loyer a participé à la mise en place d’une multitude de cartes de boxe, dont la toute première d’EOTTM mettant en vedette le poids lourd Bermane Stiverne, au Théâtre Corona, à Montréal, en novembre 2010. Il s’agissait de son premier vol en solo.

Depuis, il a organisé des combats partout dans le monde, dont des championnats du monde en Afrique, en France, en Belgique et en Angleterre. De toutes ces expériences, c’est tout de même la situation sanitaire actuelle qui lui a fait vivre ses pires moments.

Il prend la pose avec un boxeur.

Stéphane Loyer et Jean Pascal

Photo : Courtoisie Stéphane Loyer - Facebook

L’an dernier, on avait deux galas, les 12 et 14 mars, au Casino de Montréal. Tout était prêt. Tout était réglé, incluant les tests médicaux. Les boxeurs et leurs entraîneurs étaient déjà arrivés et tout a été annulé la veille du premier gala, s’est souvenu Loyer.

Toute l’organisation avait été très pénible à monter. On a eu beaucoup de pépins la veille. Un des boxeurs avait manqué son vol. J’ai fait de nouvelles réservations pour lui en pleine nuit pour qu’il puisse monter à bord d’un vol dès 7 h en provenance de Mexico. Tout ça pour rien.

Une citation de :Stéphane Loyer, Eye of the Tiger Management

Loyer en ajoute en parlant de la soirée qu’espérait présenter Camille Estephan, le 17 avril, au Centre Vidéotron de Québec.

Cette fois, les boxeurs et leurs entourages ont été refoulés dans les aéroports, où on leur a refusé l’accès sur la base d’une immense confusion où s’entremêlaient les consignes provinciales et fédérales en matière de santé et de visa de travail.

Inversement, sa plus grande réussite, sa Coupe Stanley à lui, est d’avoir monté la sous-carte de la finale entre Lucian Bute et Jean Pascal, en janvier 2014, au Centre Bell.

Je suis surtout fier d’avoir acquis assez de crédibilité pour que des gens à travers le monde m’écrivent pour me dire qu’ils organisent un championnat du monde et qu’ils me demandent de les aider, a renchéri Loyer.

Il ajoute qu’il est difficile de dire qu’on a tout vu ou tout fait dans ce domaine. C’est pourquoi il aimerait bien mettre la main à la pâte pour des soirées internationales de grande envergure que pourrait organiser EOTTM.

Le plus souvent, Stéphane Loyer et Vincent Morin passent inaperçus aux abords des rings ou dans les coulisses. Mais c’est en travaillant d’arrache-pied qu’ils mettent en lumière le talent des boxeurs et boxeuses que vous aimez tant applaudir.

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