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Le marcheur Evan Dunfee s'attaque à un record... sur tapis roulant

Le marcheur olympique vêtu d'un chandail rouge du Canada s'entraîne sur une piste d'athlétisme bleue.

Evan Dunfee

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Parmi les exploits nichés du merveilleux monde du sport, un record mondial au 10 km marche sur tapis roulant est nettement au sommet de la pyramide.

C’est à cette marque non seulement méconnue, mais surtout inédite, que le Canadien Evan Dunfee s’attaquera samedi, à Richmond, en Colombie-Britannique.

Trois juges s’assureront, par la transmission en direct de sa performance sur YouTube, qu’il respectera notamment la règle numéro un des compétitions de marche, celle d’avoir un pied en contact avec la surface en tout temps.

Il espère marcher la distance un peu sous la barre des 40 minutes. Son record canadien à l’extérieur est de 38 min 54 s, marque inscrite à l’été 2019. En fait, il n’aura qu’à franchir la distance pour s’approprier le record. Il est le premier à s’y attaquer officiellement. Sa démarche est plus promotionnelle qu’athlétique.

Je fais surtout ça pour qu’on parle de la marche en marge du marathon d’Ottawa qui sera encore tenu de façon virtuelle cette année, explique le marcheur à Radio-Canada Sports. Je veux que les gens réalisent que la marche est une activité et un sport en soi. Parfois, les gens me disent qu’ils ne sont pas actifs et qu’ils ne font que marcher. Mais non, la marche, ça compte!

Mission réussie

Le marcheur a parcouru son 10 km sur tapis roulant en 39:02, samedi. Le record doit encore être officiellement homologué, mais selon Dunfee, les juges étaient satisfaits.

L’athlète reconnaît ne pas avoir eu des conditions idéales pour établir sa marque. En effet, Dunfee est resté éveillé jusqu’à tard dans la nuit à cause de problèmes techniques.

J’ai eu peur de ne pas marcher sous les 40 minutes, a-t-il admis. J’étais très épuisé, mais je suis heureux de mon temps de 39:02, c’est mieux que ce que j’espérais. Sans spectateurs, c’était difficile, la dernière semaine a aussi été stressante, mais j’ai apprécié l’expérience.

Le dernier champion

Il est vrai que les compétitions de marche athlétique ne sont pas nécessairement celles qui sont les plus populaires parmi les jeunes. Pourtant, c’est le sport qu’il a choisi dès l'âge de 10 ans.

Il se vide deux bouteilles d'eau sur la tête

Evan Dunfee

Photo : Getty Images / Ian Walton

J’étais toujours le plus petit de ma classe, le rouquin aux cheveux bouclés avec de grosses lunettes qui aimait le sport, mais qui n’était pas vraiment bon dans rien, confiait récemment Dunfee à CBC Sports. Je voulais être bon dans quelque chose pour faire taire mes dénigreurs et mes intimidateurs, et c’est la marche que j’ai trouvée. J’ai aimé ça, et j’ai pensé que je pourrais me rendre un jour aux Olympiques.

Si, à moins d’une catastrophe, comme une panne de courant par exemple, il devient le premier détenteur du record mondial du 10 km sur tapis roulant (voir encadré ci-haut), son véritable objectif est de devenir le dernier champion olympique de l’histoire sur 50 km. Le Comité international olympique a décrété que la distance serait retirée du programme olympique dès les Jeux de Paris en 2024.

Dunfee désapprouve la décision du CIO et espère que le peloton de marcheurs pourra offrir un spectacle de grande qualité à Sapporo, où seront tenues les épreuves de marche et de marathon des Jeux de Tokyo.

Je vais défendre la légitimité de cette épreuve et son potentiel spectaculaire toute ma vie, dit l’athlète de 30 ans. Bien sûr, ce n’est pas pour tout le monde, mais chaque course a son histoire et peut être excitante. Celui qui gagnera l’épreuve de Tokyo sera champion olympique de la distance pour la fin des temps et ce serait un titre extraordinaire à remporter.

En 2019, il a obtenu la médaille de bronze au 50 km des Championnats du monde d’athlétisme de Doha, au Qatar.

En sueur, il porte une casquette à l'envers et tient un drapeau du Canada.

Evan Dunfee réalise la meilleure performance de sa carrière.

Photo : Reuters / XXSTRINGERXX xxxxx

À Rio, il a franchi le fil d’arrivée en 4e position avant d’être brièvement médaillé de bronze après un protêt du Canada pour un léger contact dans le dernier kilomètre avec son rival Hirooki Arai.

Le Japonais avait accroché le coude de Dunfee, au bord de l’épuisement, et lui avait fait perdre le rythme de sa foulée, rythme qu’il n’a jamais pu retrouver.

La fédération japonaise a toutefois interjeté appel de cette décision et la médaille a finalement été décernée à Arai. La bonne décision, avait alors reconnu Dunfee. Près de cinq ans plus tard, il le croit encore et n’a rien oublié du petit accrochage survenu après 3 h 37 min d’effort.

Ce moment, qui n'a duré dans les faits qu’une seconde et demie, lui a paru comme deux minutes. Il puisait au plus profond de ses réserves d’énergie depuis un bon moment quand la poussée l’a déstabilisé.

J’étais tellement concentré sur ma foulée et ce déséquilibre m’a fait sortir de ma bulle. Il m’a fait prendre conscience de mon environnement, a raconté Dunfee. Mes jambes ont reçu le message que c’était terminé, mon cerveau ne comprenait plus ce qui se passait.

Avec le recul, sa stratégie de course n’était pas optimale à Rio. Il s’est placé en tête de course du 25e au 39e kilomètre, une tactique plutôt téméraire pour un jeune marcheur dans une épreuve aussi longue.

Au Japon, c’est un Dunfee beaucoup plus expérimenté qui se présentera au fil de départ à 5 h 30 le vendredi 6 août. L’athlète frondeur et à la limite arrogant qu’il était a fait place à un athlète plus mature.

Parmi les favoris à Sapporo

Evan Dunfee estime qu’il fait partie des cinq ou six candidats les plus logiques au podium olympique, même s’il n’est pas le plus talentueux du groupe.

Je pense que si je suis au sommet de mon art le matin de l’épreuve, je peux gagner, analyse le marcheur. Je suis aussi conscient que si tous les athlètes présents ont aussi une bonne journée, je peux terminer 5e ou 6e malgré tout. L'historique de mes performances indique que je réponds généralement présent quand ça compte.

Il est prêt à souffrir physiquement et mentalement. Il sait aussi que les pièges sont nombreux dans un 50 km pour lui et pour ses rivaux.

Il y a tellement de choses qui peuvent mal aller dans cette épreuve. Tu dois bien t’alimenter, bien t'hydrater et bien te rafraîchir. Je sais que je peux bien faire ces choses-là et ça me permet de réduire l’écart qui me sépare des marcheurs plus avantagés par leurs qualités physiques. C’est un grand casse-tête et, parfois, la combinaison la plus intelligente va l’emporter.

Evan Dunfee à Rio

Evan Dunfee à Rio

Photo : Getty Images / Bryn Lennon

Il devra toutefois affronter le trio de marcheurs japonais, possiblement la nation la plus impressionnante du peloton. Hirooki Arai, 3e à Rio et multiple médaillé lors de compétitions internationales, n’a d’ailleurs pas été en mesure de se qualifier. C'est indicateur de la profondeur du talent national. Les Japonais sont friands de sports d’endurance.

Le Canadien, lui, pourrait être accompagné du Québécois Mathieu Bilodeau qui est en très bonne position pour décrocher son billet olympique.

Dunfee pourra d'ailleurs consacrer les prochains mois à sa préparation sans se soucier du reste. Avant les Jeux de Rio, il s’était rendu en Suisse pour s’entraîner en altitude avec des partenaires australiens.

Cette fois-ci, il s’attend à peaufiner sa préparation au niveau de la mer à Richmond, quitte à dormir dans une tente hypoxique, qui raréfie l’oxygène et simule les effets de l’altitude sur la production de globules rouges.

Il admet avoir parfois eu du mal à rester motivé dans son entraînement au cours des derniers mois. En janvier, pour se mettre au défi, il s’est engagé à marcher 600 km durant le mois pour amasser des fonds pour un organisme qui vient en aide aux jeunes sportifs. Il a finalement remis 9000 $.

Il reste toutefois un mince doute dans son esprit à savoir si les Jeux auront bel et bien lieu et s’ils seront sécuritaires pour tous. Il est prêt à prendre certains risques, mais pour lui seulement.

Je ne veux surtout pas risquer la vie des autres, au Japon ou ici, confie-t-il. Je ne veux pas que ma décision de participer aux Jeux mette d’autres personnes à risque.

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