•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le stoïcisme de Weber, l'introspection de Drouin

Deux joueurs de hockey célèbrent un but.

Le capitaine du Canadien Shea Weber est félicité par Jonathan Drouin après avoir marqué en première période face aux Kings.

Photo : Reuters / USA Today Sports

EDMONTON - Sur la glace, la franche camaraderie et le plaisir étaient manifestes. L’entraînement du Canadien mardi s’est déroulé dans la bonne humeur, avec intensité, et l’ambiance était décontractée. Une fois en point de presse, les sourires avaient disparu.

Pourtant, lors de cette saison inédite, les joueurs n’ont pas à souffrir la présence physique d’une bande de journalistes un peu grognons aux têtes hirsutes, une vision généralement amplement suffisante à saper le moral des troupes, à l’exception notable des collègues Chantal Machabée et Marc-André Perreault, il faut bien l’admettre.

Deux joueurs clés de cette formation se sont donc présentés, virtuellement, devant les médias pour affronter un feu nourri de questions sur la qualité de leur jeu : Shea Weber et Jonathan Drouin.

Deux joueurs largement décriés sur les réseaux sociaux et qui ne feront jamais consensus, qu’ils soient évoqués en termes dithyrambiques, alarmistes ou nuancés.

Le capitaine traverse des moments sombres, probablement les plus difficiles depuis son arrivée avec le CH. Sa contribution à l’attaque périclite. Il n’a qu’une passe à ses 9 derniers matchs et aucun but à ses 18 derniers. Son jeu défensif, pourtant une valeur sûre par le passé, inquiète franchement l'équipe.

Il est possible qu’il soit blessé. Il ne le dira jamais. D’ailleurs, il ne dit pas grand-chose sur lui-même. Shea Weber n’aime pas parler de lui. Jamais. En aucune circonstance, bonne ou mauvaise. Le capitaine ne s’est jamais attribué la moindre importance individuelle quand il remplissait les filets adverses à grands coups de mitrailleuse en avantage numérique, et il ne compte pas le faire davantage aujourd’hui.

Rappelez-vous son malaise pendant la cérémonie organisée par le Tricolore pour souligner son 1000e match dans la Ligue nationale. Shea Weber n'aime pas faire l'histoire.

Invité à évaluer son rendement pour une énième fois, il a estimé qu’il n’y a pas lieu de parler de [son] jeu.

C’est un sport d’équipe, n’est-ce pas, a-t-il ajouté.

Il regarde vers sa gauche.

Le capitaine du Canadien Shea Weber avant le match contre les Maple Leafs de Toronto, samedi soir, à Montréal

Photo : Reuters / Jean-Yves Ahern

Justement, l’équipe n’arrive pas à se tirer d’un bien mauvais pas et un peu tout le monde semble à court de solutions pour l’instant, le capitaine y compris.

Elle s’est inclinée six fois à ses huit matchs en l’absence de Brendan Gallagher et parfois de façon franchement inquiétante, déroutante même pour reprendre les mots de Marc Bergevin à la date limite des échanges.

Les failles sont nombreuses, mais aucune n’est aussi urgente que l’incapacité à générer des chances de marquer et à en profiter.

Montréal misait sur l’une des défenses les plus prolifiques en début de saison. Le 24 février, jour du congédiement de Claude Julien, les arrières comptaient 42 points en 18 rencontres, une prestation bonne pour le 7e rang dans la LNH.

Depuis l’arrivée de Dominique Ducharme, les défenseurs totalisent 37 points en 25 matchs, ce qui leur vaut le 29e rang dans la ligue devant les Jets de Winnipeg (36 points) et les Canucks de Vancouver qui ont disputé 10 matchs de moins en raison de la virulente éclosion de cas de COVID-19 au mois de mars.

Il n’y a pas nécessairement là un lien de cause à effet. Ducharme n’encourage pas moins ses défenseurs à se porter à l’attaque, au contraire.

Ce n’est pas juste les attaquants qui marquent, ce n’est pas juste les défenseurs qui défendent [la zone]. Ça se joue à cinq, a rappelé l’entraîneur-chef avant d’élaborer sa théorie.

Il faut le faire intelligemment. Je dis toujours aux défenseurs : "Il faut que tu sautes dans les trous, mais il ne faut pas creuser ton propre trou. Tu veux créer à travers quelque chose où il n’y a rien. Tu creuses, mais tu creuses ton trou." Il faut avoir de bonnes lectures et sauter dans les trous. Pour le faire, il faut suivre le jeu […] Les autres équipes ne veulent pas donner une chance de marquer qui vient de la deuxième vague. Il faut choisir nos moments et en profiter, a-t-il expliqué.

Peut-être en raison de la fatigue, du calendrier condensé, d’une blessure ou d’un manque de confiance, c’est moins évident pour Weber de déceler ces occasions. Personne ne l’a jamais confondu avec Paul Coffey, mais il appuyait l’attaque de temps à autre et, surtout, il parvenait à dégager un peu d’espace pour utiliser son arme principale : son violent lancer à la réception.

Celui-ci a presque disparu de son arsenal, ce que le principal intéressé a admis.

Vois-tu autant d’occasions de lancer qu’au début de la saison? lui a demandé un journaliste.

Pas vraiment, non, a répondu Weber.

Vois-tu une explication à ce manque d’occasions? a dit un autre scribe.

Non, a-t-il insisté.

Bien des choses peuvent l’expliquer. Un jeu de transition moins efficace, une incapacité à obtenir des tirs dangereux une fois que le CH se trouve forcé d'y aller de mouvements de rondelle circulaire dans le fond de la zone offensive, entre autres.

L'attaque en général est en pleine traversée du désert, et pas seulement parce que les quarts-arrières d’hier n’ont plus leur efficacité d’antan.

Drouin prend le blâme

Weber, Drouin et Ducharme ont tous évoqué le jeu qui s’est resserré dans les dernières semaines et qui a pris des allures de séries éliminatoires. D’ailleurs, selon l’entraîneur, le jeu est en constante évolution au fil d’une saison et il a atteint la phase 3, soit la période la plus hermétique avant d’atteindre la cime : les séries éliminatoires elles-mêmes.

On doit aller dans les zones payantes. Se salir le nez. Celui qui le fait le plus parmi nous est absent et il nous manque. D’autres joueurs doivent prendre sa place. Ce n’est pas facile à faire, ça prend du courage, mais c’est là que les buts sont marqués, a laissé tomber Weber.

À ce chapitre, Drouin a reconnu, et ce n’est pas la première fois, qu’il devait en faire davantage. On l’a vu au sein d’un nouveau trio mardi en compagnie d’Eric Staal et de Corey Perry, deux messieurs qui connaissent les meilleurs raccourcis pour se rendre au gardien.

Ce n’est pas compliqué le jeu de [Gallagher]. Il garde les choses simples, il amène des rondelles au filet et des lancers au filet. Il faut aller se placer là. Moi, personnellement, je dois trouver un moyen d’y aller.

Une citation de :Jonathan Drouin

Weber a fait référence au courage qu’il faut rassembler pour aller se planter devant le filet. L’arrière de Sicamous en sait quelque chose. Il passe son temps à faire regretter cette décision à tous ceux qui osent s’aventurer près du filet montréalais.

Drouin l'a confirmé.

Ce n’est pas facile à faire, mais jouer au hockey, ce n’est pas facile. On s’est tous rendus ici, on sait comment faire. Tout le monde est bon dans la LNH. Les défenseurs te repoussent, ils te rendent la vie difficile, mais on doit trouver un moyen d’y arriver. Personnellement, je dois me salir le nez, a-t-il répété.

Après avoir été aussi honnête, il n’était pas surprenant de voir le marqueur de Sainte-Agathe montrer les crocs quand il lui a été demandé, c’est quoi le problème, pourquoi n’a-t-il pas marqué en 25 matchs.

Il y a une autre colonne à droite si tu veux y jeter un œil, a-t-il répondu sèchement.

Il s’agit de celles des passes qu’il domine toujours parmi ses coéquipiers.

Le Canadien se cherche et ces deux joueurs représentent peut-être la meilleure personnification de cette quête de repères et de certitudes.

Les deux semblent d’ailleurs particulièrement à l’affût du discours ambiant négatif à leur égard. Il n’y a qu’une seule façon de faire taire les critiques.

En rafale

Le défenseur Jon Merrill a eu droit à son baptême du feu avec ses nouveaux coéquipiers mardi. Après avoir purgé sa quarantaine de sept jours dans un hôtel d’Edmonton, on le devinait particulièrement motivé et débordant d’énergie. Tellement qu’il a arraché le bâton des mains de Jake Evans d’un coup un peu trop enthousiaste et, toujours dans cet esprit excessif, a dardé Perry directement entre les jambes. Il aura encore amplement le temps de se faire des amis, cela dit. On l’a vu dans un duo avec Alexander Romanov et pourrait sauter dans la mêlée dès demain contre les Oilers. Erik Gustafsson terminera sa quarantaine mercredi.

Ducharme a confirmé que Carey Price avait subi une commotion cérébrale et sera à l’écart du jeu pour un minimum d’une semaine comme le prévoit la convention collective. Price s’est bel et bien blessé lors de l’accrochage avec Alex Chiasson, sur lequel Ducharme s’est bien gardé de formuler quelque commentaire.

Il étend la jambière pour bloquer une attaque adverse.

Carey Price n'est pas revenu au jeu après la première période.

Photo : usa today sports / Perry Nelson

Le Canadien devra donc rappeler du groupe de réserve le gardien Cayden Primeau. Comme il s’agit d’un rappel d’urgence, Montréal conserve toujours son dernier rappel régulier, qui pourrait être utilisé pour Cole Caufield par exemple, mais Ducharme a admis que ça devenait d’autant plus compliqué, puisqu’il faut faire entrer le salaire de Primeau sous le plafond salarial. Nous terminerons bientôt nos études en actuariat et pourrons vous en dire davantage.

Jake Allen sera le gardien partant mercredi soir, mais Primeau risque de voir de l’action dans un des deux duels contre Calgary en fin de semaine, a dit Ducharme. Mettez un vieux deux en papier sur vendredi soir.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !