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Chronique

Imola et la bonne étoile

Deux pilotes se font la lutte en piste.

Sous la pluie, Valtteri Bottas devant George Russell à Imola

Photo : Getty Images / Bryn Lennon

Sur la petite piste italienne d'Imola, certes mythique, mais qui a connu sa part de tragédies, la F1 l'a échappé belle dimanche.

Quand, à 30 tours de l'arrivée, George Russelll a attaqué Valtteri Bottas à l'approche de la chicane Tamburello (où Ayrton Senna s'est tué le 1er mai 1994), il savait qu'il marchait sur un fil, et le fil s'est cassé.

Cela faisait plusieurs tours que les deux pilotes se battaient pour la 9e place. Bottas, coéquipier de Lewis Hamilton au sein de Mercedes-Benz, connaissait une course atroce, compte tenu de la qualité de sa voiture.

De son côté, Russell avait plusieurs raisons de vouloir gagner cette bataille :

  • montrer que dans des circonstances X, une Williams pouvait se battre à la régulière avec une Mercedes-Benz, ce qui est – très – rare;
  • confirmer que la famille Mercedes-Benz, dont il fait partie de la filière de jeunes pilotes, a raison de lui faire confiance. Il a été prêté à Williams pour apprendre le métier, comme l'a fait Charles Leclerc avec Ferrari après être passé par l'équipe Alfa Romeo-Sauber;
  • enfin peut-être, mais Russell ne l'avouera pas, prouver à Toto Wolff, le patron de l'équipe Mercedes-Benz, que sa performance à Bahreïn en 2020 (quand il a remplacé Hamilton, positif à la COVID-19) n'était pas un coup de chance, et qu'il est prêt à remplacer Bottas en 2022.

S'il avait réussi à dépasser le Finlandais, on aurait applaudi son audace et son coup de volant.

Il n'a donc pas hésité à tenter ce dépassement. Aujourd'hui, on ne lui reproche pas forcément d'avoir essayé, mais bien d'avoir insisté.

Un pilote qui n'essaie plus de dépasser quand une ouverture se présente n'est plus un pilote de course, a déjà dit Senna.

Il se trouve que cette ouverture, Russell l'a vue en attaquant Bottas dans la ligne droite des puits, soit à l'approche de la chicane Tamburello. Une ligne droite qui n'en est pas une, puisque la piste est en légère courbe vers la première chicane.

La piste est en vert sur fond gris.

Dessin du circuit d'Imola, avec dans le cercle le lieu de l'accident entre Valtteri Bottas et George Russell

Photo : Autodromo Enzo e Dino Ferrari

La piste est assez large à cet endroit pour que deux voitures roulent côte à côte, le temps d'un dépassement, surtout avec l'usage du DRS (drag reduction system), ce plateau mobile dans l'aileron arrière qui donne un surplus de puissance quand il est ouvert (déclenché manuellement par le pilote avec un bouton sur le volant).

Dimanche, la piste était humide après la pluie qui est tombée juste avant le début de la course. Il n'y avait donc qu'une trajectoire de course, qui s'asséchait, et c'est Valtteri Bottas, devant, qui l'empruntait. Russell a consciemment emprunté la partie humide pour tenter son dépassement.

Une manoeuvre risquée, surtout avec le DRS ouvert, car avec l'aileron arrière ouvert, la voiture perd de l'appui. Elle est donc plus sujette au décrochage. Et c'est précisément ce qui s'est passé.

Bottas n'a pas bougé de la trajectoire de course. Or, cette trajectoire passait de la gauche à la droite de la piste là où les pilotes devaient rouler pour aborder le virage à gauche de la chicane Tamburello.

Au loin, Valtteri Bottas et George Russell se touchent.

Dans la ligne droite du circuit d'Imola, la trajectoire sèche qui dévie vers la droite avant le virage de Tamburello, vue du cockpit d'une Alfa Romeo-Sauber.

Photo : TSN / Formula One

Russell n'a pas réalisé à temps que l'ouverture se refermait, et en roulant sur le bord humide de la piste, l'avant de sa voiture a décroché et il a heurté le flanc droit de la Mercedes-Benz à une vitesse estimée par le Britannique à 330 km/h.

Les murs de protection ont fait leur travail en dissipant l'énergie cinétique des deux voitures, et les cellules de survie (l'habitacle dans lequel le pilote est assis) ont protégé les jambes et la tête des deux pilotes qui n'ont pas été blessés.

Heureusement que la Williams de Russell n'a pas décollé, ce qui aurait pu arriver si les pneus s'étaient touchés.

Russell est sorti le premier de son véhicule et s'est dirigé vers Bottas, encore dans son cockpit, non pas pour savoir s'il allait bien, mais pour lui crier : Voulais-tu nous tuer?

Russell croyait que Bottas avait délibérément bifurqué sur sa droite pour protéger sa position, sans toutefois vouloir bloquer Russell. Le Finlandais est un pilote respectueux des règles, des lois non écrites et du savoir-vivre entre les pilotes.

En fait, Bottas est simplement resté dans la trajectoire sèche de la piste, qu'on voit bien sur la photo. C'était à Russell de réaliser que, sur une piste en partie humide, avec une seule trajectoire possible, en cas de contact, il mettait les deux pilotes à risque. Il aurait dû lever le pied.

Très facile à écrire à tête reposée le lendemain, après avoir analysé les images de l'accident. C'est pourtant ce qu'il aurait dû faire. Les pilotes de F1 sont parmi les meilleurs du monde et sont capables de prendre des décisions en une fraction de seconde.

Russell n'a pas pris la bonne décision. Il a lui-même admis après avoir regardé les images qu'il avait causé la collision, que Bottas n'était probablement pas en tort. Il maintient toutefois qu'il a eu raison d'attaquer pour tenter de dépasser Bottas.

Faire partie d'une famille implique que parfois on puisse se faire rappeler à l'ordre par le chef de famille. C'est ce qui s'est passé dimanche.

Toto Wolff a dit que Russell avait été téméraire de tenter un dépassement sachant que la piste était humide, de surcroît un dépassement sur une Mercedes-Benz, donc une voiture plus puissante que la sienne, et qu'il devra apprendre de ce qui s'est passé.

Rapide mea culpa

Dès lundi, George Russell a offert ses excuses à Valtteri Bottas par le biais des réseaux sociaux.

La journée d'hier n'est pas celle dont je suis le plus fier, a écrit le Britannique sur son compte Twitter. Je savais que ce serait l'une de nos meilleures occasions de marquer des points cette saison et, quand ces points comptent autant qu'ils comptent pour nous maintenant, on prend parfois des risques.

Ça n'a pas fonctionné, et je dois en assumer la responsabilité

Une citation de :George Russell, pilote de l'équipe F1 Williams

Ayant pris le temps de repenser à ce qui s'est passé ensuite, je sais que j'aurais dû mieux gérer toute cette situation. Les émotions peuvent être fortes dans le feu de l'action, et hier, je me suis laissé emporter par les miennes. Je présente mes excuses à Valtteri, à mon équipe et à quiconque se sent déçu par mes actes. Ce n'est pas représentatif de ma personne, et j'attends mieux de moi, tout comme je sais que d'autres attendent mieux de moi.

Une leçon aussi pour la F1

La F1 a aussi une leçon à tirer de cet accident.

Les pistes étroites comme celle d'Imola sont-elles adaptées aux voitures d'aujourd'hui, avec les vitesses et les niveaux d'appui d'aujourd'hui? Je ne les condamne pas forcément, mais je m'interroge.

Il y a eu de nombreux incidents ce week-end, beaucoup de tôle froissée. Parlez-en au Torontois Nicholas Latifi, qui est sorti indemne d'un violent accident au premier tour de la course.

Les pilotes adorent rouler vite et conduire à la limite, et la sensation de vitesse est décuplée sur un circuit comme Imola, car la piste est étroite et les murs ne sont pas loin. C'est le même cas de figure à Montréal, au circuit Gilles-Villeneuve.

C'est déjà limite sur le sec, quand la pluie s'en mêle, on croise les doigts...

Vue générale du circuit d'Imola, trois monoplaces F1 roulent au loin, de dos

Des monoplaces F1 sur le circuit d'Imola à l'approche de la chicane Tamburello

Photo : Getty Images / Bryn Lennon

On sait que le circuit d'Imola ne fait plus partie du Championnat du monde de F1 depuis 2006, mais il a dépanné la F1 en 2020 et en 2021, en cette période de pandémie.

Tout comme en 2020, la F1 veut en ce début de saison éviter les longs déplacements.

Le premier grand prix de la saison, en Australie, a été déplacé en fin d'année, le 21 novembre, et ce Grand Prix d'Émilie-Romagne (nom de la région où est situé le circuit d'Imola) remplaçait le Grand Prix de Chine, rayé (pour le moment) du calendrier.

Et la prochaine course se déroulera au Portugal, sur le circuit de Portimao qui agit lui aussi comme substitut pour une deuxième année d'affilée. Un circuit qui n'avait jamais accueilli la F1 avant 2020.

En temps normal, ces circuits ne feraient pas partie de la liste des circuits de F1, mais la pandémie qui s'étire en raison des variants complique l'organisation d'un championnat du monde.

Le groupe Formula One a réussi à bâtir un environnement sécurisé pour ses équipes. Les mesures sanitaires sont sérieuses et efficaces, et le public peut profiter à la télévision de ce sport à grandes sensations, mais l'accident d'Imola oblige la F1 à réfléchir sérieusement à ses prochaines destinations.

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