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Chronique

La débandade du CH, le voyage en Alberta et le bon Nigel Mansell

Un pilote de formule 1 salue la foule.

Le pilote britannique Nigel Mansell, vainqueur à Imola en 1992, a connu une panne sèche lors du Grand Prix de Dallas, en 1984.

Photo : Getty Images / Mike Hewitt

L’action se déroule le 8 juillet 1984, au tout premier (et dernier) Grand Prix de Dallas...

Il fait 104 degrés Fahrenheit (40 degrés Celsius) sous le chaud soleil du Texas et le manufacturier Goodyear enregistre la température de la piste à 150 degrés Fahrenheit (66 degrés Celsius). Le circuit temporaire du Fair Park de Dallas se désagrège à vue d’oeil et les pilotes de F1 voient mal comment cette épreuve pourra se conclure normalement.

Les pilotes se demandent comment leurs monoplaces pourront tenir le coup sous une chaleur aussi intense. Et comme ils n’ont jamais piloté dans des conditions semblables, certains craignent de ne pouvoir tenir le coup. Niki Lauda et Alain Prost croient que le risque n’en vaut pas la peine et tentent de convaincre leurs collègues de boycotter l’épreuve. En vain.

Au bout du compte, seulement huit monoplaces parviendront à terminer cette folle épreuve, qui produira par ailleurs l’une des scènes les plus marquantes de l’histoire du Championnat du monde.

Parti de la position de tête pour la première fois de sa carrière à bord de sa magnifique Lotus, Nigell Mansell perd quelques places durant la course. Il commet des erreurs et ses pneus se détériorent rapidement. Alors qu’il finit le dernier tour, sa transmission lâche.

Visière relevée et ceinture de sécurité défaite, le Britannique négocie le dernier virage au ralenti. Il est clair qu’il n’a pas suffisamment de vélocité pour atteindre la ligne d’arrivée. En désespoir de cause, Mansell s’extirpe du cockpit et tente de pousser sa monoplace. Totalement épuisé, il s’effondre toutefois avant de franchir la ligne. On lui donne finalement la 6e place.

***

Il est assez particulier d’entreprendre une chronique de hockey en racontant une anecdote de F1. Mais le parallèle avec le Canadien est tellement frappant que ça semble tout à fait approprié dans le cas qui nous occupe.

Il parle avec ses joueurs au banc.

L'entraîneur-chef par intérim du Canadien, Dominique Ducharme

Photo : Minas Panagiotakis

La saison du Tricolore avait fort bien commencé. Mais plus elle avance, plus la chaleur se fait accablante et plus sa structure craque de partout. Au train où vont les choses, il est même permis de se demander si Dominique Ducharme finira la saison comme Mansell avait terminé le GP de Dallas : en poussant désespérément une machine qui n’avance plus et qui ratera de justesse sa place dans les séries qui, encore récemment, lui était acquise à 99 %.

Le CH, qui inquiétait ses partisans depuis deux mois, a trouvé le moyen de déclencher un niveau d’alerte supérieur au cours de la dernière semaine.

Après une belle victoire contre les Leafs de Toronto lundi dernier, il a enchaîné avec trois matchs au cours desquels il n’a, pour ainsi dire, pas touché la rondelle.

Dans une cruciale série de deux rencontres contre les Flames de Calgary, la formation montréalaise a été dominée par 30 à 12 au chapitre des chances de marquer. Puis samedi après-midi, le Canadien n’a jamais été dans le coup face aux jeunes Sénateurs d’Ottawa, qui ont quitté Montréal avec une victoire facile de 4-0.

Vendredi soir, un miracle est toutefois survenu. Le Bleu-blanc-rouge est parvenu à remporter 2-1 un match que les Flames avaient dominé 18-5 au chapitre des chances de marquer, en plus d’atteindre trois poteaux. Sans ce cadeau inouï des dieux du hockey, les Flames seraient aujourd’hui à seulement deux points des Montréalais avec deux matchs de moins à disputer.

***

Cela dit, même si la saison tire à sa fin et qu’ils détiennent une avance de 6 points sur les Flames, les hommes de Dominique Ducharme ne sont pas sortis du bois.

Ils se sont envolés dimanche à destination de l’Alberta, où ils disputeront deux matchs face aux Oilers, lundi et mercredi. Ils se rendront ensuite à Calgary pour affronter les Flames trois fois de suite à compter de vendredi.

Si le CH ne redresse pas la situation à Edmonton, il pourrait théoriquement arriver à Calgary avec seulement quatre points d’avance et un match en main sur les Flames. Et si jamais les deux équipes se retrouvent nez à nez au début de la semaine prochaine, Calgary pourra ensuite profiter d’un calendrier incroyablement avantageux.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Le calendrier des Flames a été réaménagé en raison de la forte éclosion de cas de COVID-19 qui a frappé les Canucks de Vancouver. Ainsi, pendant que le Tricolore continuera à disputer quatre matchs par semaine jusqu’à la conclusion de sa saison le 12 mai, les Flames bénéficieront des pauses suivantes avant cinq de leurs sept derniers matchs :

  • 2 jours de congé avant d’affronter les Oilers le 29 avril.
  • 3 jours de congé avant d’affronter les Jets le 5 mai.
  • 3 jours de congé avant d’affronter les Sénateurs le 9 mai.
  • 3 jours de congé avant d’affronter les Canucks le 13 mai.
  • 2 jours de congé avant les Canucks le 18 mai.

Qui plus est, les Flames concluront leur saison en affrontant les Canucks quatre fois de suite. Il y a fort à parier que ces derniers, qui sortent d’une difficile épreuve, seront amochés à la mi-mai. Même si tous leurs joueurs n’étaient pas en mesure de revenir au jeu, les Canucks ont amorcé ce dimanche une séquence ridicule de 19 matchs en 32 jours.

***

Pour régler le cas des Flames cette semaine, le CH devra avant tout régler ses problèmes offensifs, qui sont extrêmement inquiétants.

Depuis que Brendan Gallagher a été blessé à une main le 5 avril dernier, l'équipe a inscrit une pauvre moyenne de 1,57 but par match, ce qui situe l’équipe au 29e rang de la LNH. Le Tricolore n’a pu faire mieux qu’une fiche de 2-5 durant cette période.

Gallagher ne reviendra pas au jeu d’ici la fin de la saison. Malgré le fait que la profondeur de la formation soit censée être une force, l’absence de son plus combatif guerrier reste remarquable. Depuis la saison 2016-2017, le CH joue pour ,557 quand Gallagher fait partie de l’équipe et seulement pour ,392 quand il n’y est pas.

Il est agenouillé sur la glace.

La saison de Brendan Gallagher est probablement terminée.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Le plus récent ajout fait à la formation, le vétéran centre Eric Staal, semble au bout du rouleau. Il n’a rien apporté jusqu’ici et il faut pécher par excès d’optimisme pour croire qu’il le fera. Staal présente le pire différentiel de l’organisation (-8) après seulement huit matchs, ce qui est extrêmement révélateur.

Les partisans réclament à grands cris que l’entraîneur apporte des changements, mais Ducharme a répété pour la troisième fois samedi qu’il ne peut pas le faire parce que le CH a droit à seulement quatre rappels après la date limite des échanges, et qu’il en a déjà fait trois. Comme il reste encore 14 matchs à jouer, on tente de se garder une marge de manoeuvre.

Jusqu’à nouvel ordre, les dirigeants de l’équipe attendront donc qu’une blessure survienne avant d’apporter des changements.

***

Jonathan Drouin, qui devrait en principe figurer parmi les meilleurs producteurs offensifs, est sans doute le joueur qui illustre le mieux la période d’extrême sécheresse offensive qui frappe le Canadien.

Drouin n’a pas marqué à ses 24 derniers matchs et n’a récolté que 2 mentions d’aide à ses 10 derniers. Aussi, il n’a obtenu que 2 chances de marquer à ses 10 derniers matchs, et l’une d’elles est survenue samedi, quand Colin White des Sénateurs lui a gracieusement remis le disque dans l’enclave.

Les centres montréalais n’ont inscrit que 20 buts cette saison, statistique qui place le CH en queue de peloton dans la LNH avec les centres de Columbus (20), de Dallas (19), de Détroit (19) et du New Jersey (19). Au moins trois de ces quatre dernières formations seront exclues des séries dans un mois.

Par ailleurs, Jeff Petry, un autre catalyseur offensif essentiel, est en panne depuis un mois.

Le 13 mars dernier, Petry était le 2e défenseur offensif le plus productif de la ligue (11-14-25 et +14). Depuis cette date, Petry vient au 68e rang parmi les arrières de la LNH avec une production de 1-5-6 et un bilan défensif négatif de -8. Au sein d’une brigade défensive essentiellement composée de gros arrières à caractère défensif, cette panne sèche a certainement un effet marquant.

À 14 matchs de la fin du calendrier, malgré les 6 points d’avance dont il jouit sur les Flames, le CH marchera donc sur un très mince fil cette semaine.

Le site spécialisé Sports Club Stats évalue à 90,9 % les probabilités que Montréal participe aux séries en mai prochain. Mais ce fort pourcentage fondra comme neige au soleil si le Tricolore continue à s’enfoncer comme il l’a fait au cours des deux dernières semaines.

Un peu comme les chances de Nigel Mansell au GP de Dallas, en juillet 1984.

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