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Chronique

Le Grand Prix, le sport et la cohérence en temps de pandémie

Sebastian Vettel, dans sa Ferrari rouge, mène le peloton.

Le départ du Grand Prix du Canada de 2019

Photo : Getty Images / Charles Coates

La mini saga du Grand Prix du Canada nous a encore démontré cette semaine à quel point le Québec éprouve de la difficulté à faire preuve de cohérence lorsqu’il s’agit d’encadrer la pratique sportive en temps de pandémie.

Vous vous souvenez de la rentrée scolaire? Le ministère de l’Éducation interdisait aux élèves-athlètes de pratiquer leur sport, alors que leurs camarades de classe membres de programmes civils pouvaient continuer à jouer comme si de rien n’était. La directive était tellement incohérente que même les directions d’écoles s’étaient révoltées.

Quelques semaines plus tard, bien avant l’ouverture des camps de la LNH, la santé publique du Québec interdisait au Canadien d’ouvrir son propre gymnase afin de permettre à ses joueurs de s’entraîner dans des conditions sécuritaires. Des espoirs de l’organisation s’entraînaient donc dans leur cour arrière avec les moyens du bord.

Au même moment, dans tout le Québec, des élèves fréquentant des programmes sport-études s’entraînaient en gymnase avec l’assentiment de la même santé publique sous prétexte qu’ils provenaient de la même classe-bulle. Shea Weber n’avait pas le droit de s’entraîner seul dans un gymnase, mais 20 élèves de quatrième secondaire pouvaient le faire ensemble sans problème.

Il y a quelques semaines, à l’aube d’une troisième vague, on a rouvert les gymnases pour l’ensemble de la population! Pour mieux les refermer immédiatement après la catastrophe du Méga Gym de Québec.


L’ensemble du hockey mineur québécois a été paralysé pendant tout l’hiver parce que la science démontrait clairement que la grande proximité qu’exige le hockey faisait croître les risques de propagation de la COVID-19.

La LHJMQ, sans trop qu’on sache comment, a toutefois obtenu le feu vert de la santé publique pour entreprendre sa saison, même si la ligue n’était pas en mesure d’isoler ses joueurs ou de les tester quotidiennement. La santé publique a tenu pour acquis qu’il n’y allait pas avoir de problème en se fiant au principe des fameuses classes-bulles.

La leçon a été brutale. La LHJMQ a immédiatement connu des éclosions importantes. La ligue a raffermi ses protocoles et changé ses pratiques, mais cela n’a pas empêché le fait que, ces derniers jours, 24 membres des Olympiques de Gatineau et 7 des Remparts de Québec ont été déclarés positifs à la COVID-19. On parle de joueurs qui vivent dans des familles d’accueil. Ces éclosions se sont ajoutées à celles qui sont survenues à Blainville-Boisbriand, à Sherbrooke, à Victoriaville et à Drummondville plus tôt cette saison.

On pourrait même arguer que ces éclosions ont été subventionnées par le gouvernement du Québec, qui a versé 18 millions aux équipes québécoises de la LHJMQ pour compenser la perte de commandites et de ventes de billets durant cette saison disputée à huis clos.


Et ce même gouvernement s’est trouvé bien embêté, ces derniers jours, quand le groupe Formula One, qui possède la F1, a demandé une aide supplémentaire de 6 millions pour compenser la perte de ventes de billets et de revenus de restauration du promoteur québécois François Dumontier.

Si le Grand Prix a lieu à huis clos, il y aura des frais à payer, ce n’est pas au promoteur de payer cela. Est-ce au gouvernement du Québec? C’est une question politique très importante. Il faut faire attention à ne pas dépenser de l’argent inutilement, et, en même temps, on ne veut pas perdre le Grand Prix, a expliqué le ministre de l’Économie du Québec, Pierre Fitzgibbon.

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a fait valoir qu’il serait possible d’organiser un Grand Prix sécuritaire en accueillant 1600 employés d’écuries, représentants de la FIA et des médias qui arriveraient directement du Grand Prix d’Azerbaïdjan sans avoir à respecter la quarantaine imposée à tout le monde. Or, la santé publique de Montréal a émis l’avis contraire, comme si la main gauche ne savait pas ce que faisait la main droite. Et comme si on pouvait ajuster les consignes de la santé publique à la tête du client.

Cette situation rocambolesque fait en sorte que Québec attend l’arbitrage de la santé publique fédérale pour savoir ce qu’il adviendra du Grand Prix du Canada. Mais comme la santé publique fédérale s’est montrée extrêmement constante dans des circonstances semblables (auprès de la MLB, de la NBA et de la LNH, notamment), on peut parier de grosses sommes qu’il n’y aura pas de Grand Prix à Montréal cette année.

C’est la fin d’une drôle de semaine, qui a aussi été marquée par la confirmation d’une consigne obligeant les golfeurs et les joueurs de tennis, notamment, à porter un masque en pratiquant leur sport à l’extérieur. Une décision qui a semé la colère et l’incompréhension parmi la population et qui a fait poindre la possibilité d’un vaste mouvement de désobéissance.

Cette consigne a heureusement été jetée aux orties 24 heures plus tard par le premier ministre.

Au cours de la dernière année, ma boîte de courriels a constamment été alimentée par des parents, entraîneurs et professeurs abasourdis ou frustrés d’être soumis à des directives qui semblaient parfois totalement incohérentes les unes par rapport aux autres. Et ce, dans de nombreuses disciplines.

On ne parviendra malheureusement pas à remettre le dentifrice dans le tube. Ce qui est fait est fait.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que la campagne de vaccination soit complétée le plus rapidement possible afin qu’on puisse passer à autre chose.

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