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Qualifications olympiques de boxe : un autre coup dur pour le Canada

Deux boxeuses échangent des coups.

Mandy Bujold (en bleu) face à Priyanka Dhillon

Photo : Courtoisie Boxe Canada - Virgil Barrow

Jean-François Chabot

Comme les boxeurs de toutes les Amériques, les pugilistes canadiens baignent à nouveau dans l’incertitude à la suite de l’annulation, jeudi, des qualifications olympiques continentales.

Reporté une première fois en mars 2020, cet important tournoi devait avoir lieu du 10 au 17 mai à Buenos Aires, en Argentine.

L’évolution de la situation sanitaire a finalement forcé les organisateurs à jeter l’éponge une fois de plus.

Surpris? Non. Déçu? Oui, surtout si l’on considère l’impact que ça a sur les athlètes. C’est vraiment une grosse déception. On le voyait venir avec la montée des cas (de COVID-19) en Argentine. On recevait des signaux qui donnaient mauvais augure. On avait eu un courriel du comité organisateur qui nous disait de ne pas réserver de billets d’avion ou de prendre une assurance annulation, a indiqué Daniel Trépanier, directeur haute performance à Boxe Canada.

Dans une visioconférence tenue jeudi avec les responsables du Comité international olympique (CIO) en vue du tournoi de boxe des Jeux de Tokyo, il a été établi que les places pour les Amériques du Nord, centrale et du Sud seraient attribuées le 30 avril.

Le CIO fera les sélections selon un classement basé notamment sur les résultats enregistrés lors des Championnats du monde masculin et féminin de 2019, ceux des Jeux panaméricains de 2019, à Lima, au Pérou, ainsi qu'aux mondiaux féminins en 2018 et masculins en 2017.

M. Trépanier n’est pas chaud à l’idée de ce changement de procédure de dernière minute qui risque fort de nuire à de nombreux athlètes. Il affirme travailler en collaboration avec d’autres fédérations nationales, dont celle des États-Unis, pour faire connaître ses doléances auprès du CIO.

Il s’agit de nous assurer de la meilleure démarche, étant donné que les positions ne seront pas déterminées dans un ring. On sait qu’il n’y aura pas de solution parfaite, mais on veut qu’elle soit la meilleure pour le plus grand nombre d’athlètes.

Une citation de :Daniel Trépanier, directeur haute performance Boxe Canada

Il faut savoir qu’ailleurs dans le monde, les qualifications africaines, de même que celle de l’Asie-Océanie, avaient déjà été complétées avant l’avènement de la pandémie. En Europe, les qualifications interrompues par le coronavirus doivent être reprises à Paris en juin.

La possibilité d’y tenir les qualifications des Amériques a vite été balayée sous le tapis en raison des contraintes sanitaires et de la suspension de trop nombreuses liaisons aériennes à destination de la Ville Lumière.

Aucune garantie

Daniel Trépanier ne se berçait pas d’illusions. Avant même l’apparition de la COVID, il savait qu’il était peu probable que les 13 membres de la sélection nationale inscrits aux qualifications olympiques obtiennent un billet pour le Japon.

En y allant d’un exercice basé sur les nouveaux critères, il estime que trois Canadiens (deux femmes et un homme) participeront aux Jeux. Mais il ne veut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Jusqu’au 30 avril et avec tout ce qu’on entend des autres pays, je pense qu’il ne faut rien tenir pour acquis sur le système qu’ils ont présenté hier (jeudi). On a quand même des athlètes qui seraient éligibles en ce moment, mais avant que ça soit définitif et que la liste officielle sorte, on veut que nos inquiétudes soient entendues (par le CIO).

Elle est dans un ring.

Tammara Thibeault pose avec sa médaille d'argent toute neuve.

Photo : Johany Jutras / Équipe Canada

Dans l’état actuel des choses, Tammara Thibeault, médaillée de bronze aux derniers mondiaux tenus en Russie et médaillée d’argent des Jeux panaméricains chez les moins de 75 kg, pourrait en principe préparer ses valises. Mais la gauchère de 24 ans ne veut pas non plus se réjouir trop vite.

Malgré le fait que je suis dans une position favorable, c’est un moment difficile, car il y a beaucoup d’incertitude dans l’équipe. Même dans ma position, une place aux Jeux olympiques n’est pas garantie. Je suis triste pour tous les athlètes qui n’ont pas leur chance d’accomplir leur rêve. Pour l’instant, je me concentre sur les choses que je peux contrôler.

Une citation de :Tammara Thibeault, boxeuse

De l’aveu même de Daniel Trépanier, l’Ontarienne Mandy Bujold risque d’être fortement désavantagée par le système de classement mis de l’avant par le CIO.

Celle qui a vu son parcours s’arrêter en quarts de finale à Rio de Janeiro, en 2016, a pris une longue pause pour fonder une famille. Sa fille, Kate-Olympia, a maintenant 2 ans.

Bujold tentait un retour et visait les Jeux de Tokyo quand elle a remporté la sélection olympique canadienne à Montréal, en décembre 2019, mais elle n'a pas livré assez de combats dans des compétitions d’envergure. Cette situation risque de la reléguer loin à l’arrière sur la scène internationale.

Ce n’est pas bon pour moi. Ça fait 16 ans que je boxe à l’international. J’ai passé beaucoup de temps dans le top 3 du classement des Amériques. Et voilà qu’il y a trois tournois où je n’ai pas boxé et ce sont ces trois-là qui vont déterminer les qualifications pour Tokyo, a souligné Bujold à Radio-Canada Sports.

Elle dit avoir déjà écrit à Boxe Canada en plus d’être allée chercher un avis juridique auprès d’avocats spécialisés.

Avec les nouveaux critères (du CIO), ils n’ont pas considéré les athlètes dans ma situation. Il n’y a pas beaucoup de femmes qui ont pris le temps d’avoir un bébé entre deux Jeux olympiques. Je suis peut-être la seule cette fois-ci, mais il pourrait y en avoir plus à l’avenir.

Une citation de :Mandy Bujold, boxeuse

Elle voudrait que ses résultats passés soient pris en compte. Dans le monde corporatif, dans un emploi normal, une femme peut avoir un enfant et retrouver son poste et le même niveau d’emploi, a-t-elle renchéri.

À titre d’exemple, on peut rappeler qu’en 2019, la WTA a adopté un règlement protégeant le classement ses membres qui prendraient un congé de maternité.

Ainsi, à son retour au jeu, la nouvelle maman peut invoquer ce statut pour un maximum de 12 tournois sur une période maximale d’un an.

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