•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Les Japonais et les Olympiques

Ils sont illuminés en blanc.

Les anneaux olympiques dans la baie de Tokyo, le soir

Photo : afp via getty images / YUKI IWAMURA

Karina Théorêt-Kimoto

Née à Montréal d’une mère québécoise et d’un père japonais, j’habite à l’étranger, principalement à Tokyo, depuis maintenant plus de six ans. Sans jamais oublier mon Québec natal, je prends plaisir à explorer mes racines japonaises et parler couramment la langue d’ici est certainement un atout précieux pour le faire! En 2020, mes plans ont été chamboulés lorsque la pandémie a éclaté. Je suis alors retournée me ressourcer à Montréal à la fin de l’été.

Karina Théorêt-Kimoto s'implique dans une entreprise émergente, du nom d’Ekolokal, qui vise à aider les résidents du Japon à faire des choix plus durables pour la planète en matière d’alimentation, notamment par la création d’une carte répertoriant des commerces alimentaires plus écologiques (végétalien, bio, zéro déchet, etc.). En tant que gestionnaire de communauté, elle organise des événements et recrute des ambassadeurs. Elle attend également avec impatience le moment où elle pourra guider de nouveau des voyageurs dans la découverte du Japon, un pays fascinant aux mille et un paradoxes.

Voilà déjà deux mois que je suis revenue m’installer à Tokyo. Je ne vais pas vous cacher que j’ai vécu un petit choc à la fin de ma quarantaine lorsque j’ai officiellement réintégré la société japonaise. En sortant de la maison, j’ai très rapidement constaté que c’était le jour et la nuit entre le Québec confiné que je venais de quitter et la vie ici qui semble continuer presque normalement.

Les lieux publics et les trains sont remplis de gens masqués. Les salles d’entraînement ainsi que les karaokés sont, quant à eux, ouverts durant le jour! Oui, vous avez bien lu, au Japon, il y a encore des gens qui s’enferment dans ces pièces closes pour s’égosiller dans un micro partagé… Difficile à imaginer en ces temps de pandémie, n’est-ce pas? Encore marquée par les mesures restrictives du Québec, j’ai récemment refusé une invitation pour aller au karaoké, n’osant pas encore y retourner.

En fait, la Constitution japonaise empêche de restreindre les libertés individuelles. Le gouvernement ne peut donc rien imposer à ses citoyens, que ce soit un confinement, un couvre-feu ou des amendes. Cette Constitution de 1947 est un héritage de la Deuxième Guerre mondiale lorsque les Américains (plus précisément, le général Douglas MacArthur) ont supervisé sa rédaction afin d’éviter toute nouvelle dérive totalitaire du gouvernement japonais.

Depuis le début de la pandémie, les autorités comptent sur la discipline de la population et sur la forte pression sociale ambiante pour faire respecter les mesures sanitaires (masques, désinfection des mains, etc.). Par exemple, l’état d’urgence à Tokyo, mis en place en janvier et levé le 21 mars, demandait aux citoyens de minimiser leurs déplacements et aux restaurateurs de fermer à 20 h, mais aucune sanction n’accompagnait le non-respect de ces mesures. Le tout était laissé à la discrétion de tout un chacun.

Par ailleurs, un nouveau terme a fait son apparition au début de la pandémie et fait maintenant partie du quotidien des Japonais qui l’ont aussitôt ajouté à leur vocabulaire. Ce mot, c’est sanmitsu. Pour ceux qui savent compter en japonais, vous reconnaîtrez le chiffre trois, san. Mitsu, quant à lui, fait référence à ce qui est dense, comme les espaces fermés mal ventilés, les lieux bondés et les contacts rapprochés entre individus, les trois situations qui facilitent la transmission du virus et que les résidents du Japon doivent éviter.

J’ai pris récemment le train. Des messages demandaient aux passagers d’éviter de discuter à l’intérieur des wagons, ce qui m’a fait sourire sous mon masque. Ceux qui ont déjà vécu l’expérience avant la pandémie savent que les trains à Tokyo sont généralement déjà très silencieux. Il est interdit de parler au téléphone à l’intérieur des wagons. Les passagers sont ainsi pour la plupart endormis, exténués par leur travail, ou complètement absorbés par leur écran de téléphone.

Les trains sont moins bondés qu’avant, car de nombreux Japonais ont aussi adopté le télétravail et d’autres les évitent par peur de contamination. En comparaison, au métro pratiquement vide de Montréal, les transports en commun ici semblent achalandés. Il faut tout de même se rappeler que le Grand Tokyo compte la population totale du Canada. Il reste ainsi beaucoup de monde dans les trains et partout!

Un train bondé

Des Tokyoïtes dans le métro pendant la pandémie

Photo : afp via getty images / BEHROUZ MEHRI

Avec la levée de l’état d’urgence et l’arrivée officielle du printemps marquée par la floraison des célèbres cerisiers, plusieurs Tokyoïtes sont sortis ces derniers jours pour profiter de cette beauté éphémère qui a explosé aux quatre coins de la métropole. Tout comme l’année dernière, les gouvernements locaux ont demandé à la population de ne pas faire d'hanami, ces très populaires pique-niques sous les arbres fleuris, une tradition centenaire souvent accompagnée d’alcool et de fous rires.

Néanmoins, cela n’a pas découragé les foules d’aller se promener pour admirer la féérie des cerisiers et je vous confirme qu’il y avait du monde à messe, comme on dit au Québec! En marchant sous les arbres en fleurs, je n’étais pas la seule à ignorer le sanmitsu, petit mea culpa de ma part. C’était juste trop beau. Le nombre de cas de COVID-19 qui était tombé sous la barre des 500 par jour à Tokyo va-t-il remonter? À suivre…

Elle prend un égoportrait sous un arbre en fleurs.

Une Japonaise sous un arbre en fleurs à Tokyo au printemps

Photo : afp via getty images / BEHROUZ MEHRI

Ce festival de pétales blancs et roses m’a presque fait oublier que Tokyo se prépare à accueillir les Jeux olympiques en juillet. Dans un contexte où la vaccination a débuté tardivement au Japon et où le reste de la planète vit au gré des confinements, les autorités japonaises sont plus déterminées que jamais à tenir les JO comme prévu.

Arrivée au Japon en mars 2020, la flamme olympique attendait patiemment depuis plus d’un an de parcourir le les 47 préfectures du pays. Malgré les craintes liées à la propagation de la COVID-19, le relais a finalement commencé le 25 mars dans la préfecture de Fukushima, une région dévastée par le grand tremblement de terre et le tsunami de 2011.

De nombreux Japonais y voient un acharnement politique. Et en questionnant les gens autour de moi, j’ai constaté qu’il y a un désintérêt généralisé face à ce grand événement international dont on parlait tant avant que la pandémie éclate. Les Tokyoïtes semblent avoir d’autres préoccupations en tête et suivre l’avancement des préparatifs entourant les JO n’est visiblement pas dans leurs priorités. Je les comprends.

Certains Japonais m’ont aussi fait part de leurs craintes face à l’arrivée massive de personnes de l’étranger. Le Japon a fermé ses frontières l’année dernière et, depuis, exerce un strict contrôle des arrivées. Selon les sondages du journal Asahi, le pourcentage des Japonais en faveur de la tenue des JO a augmenté de 11 % à 27 % entre janvier et mars. Entre-temps, les organisateurs ont tranché qu’aucun spectateur de l’étranger ne sera accepté.

Petit fait divers, ce même pourcentage a aussi augmenté de quelques points en février dernier lorsqu’un trio féminin s’est retrouvé à la tête de l’organisation des JO, soit la gouverneure de Tokyo, la ministre responsable des Jeux olympiques et paralympiques et la nouvelle présidente du comité organisateur. Ce grand événement sportif international met en lumière les lacunes du Japon en matière d'égalité des sexes. L’ex-président du comité organisateur, Yoshiro Mori, a dit qu’il trouvait embêtant que les femmes parlaient trop en réunion. Ce scandale a fait couler beaucoup d’encre et a contraint l'homme de 83 ans à démissionner à la suite du tollé engendré par ses propos sexistes.

Papiers dans la main gauche, il parle devant un micro.

Yoshiro Mori a remis sa démission à titre de président du comité organisateur.

Photo : Getty Images / Pool/Kim Kyung-hoon

Il reste encore beaucoup d’incertitudes entourant les Jeux de Tokyo. Mais au moment où j’écris ces lignes, ils ne seront ni annulés ni reportés. Quinze mille athlètes sont attendus et plusieurs décisions seront prises au cours des prochaines semaines, le nombre de personnes qui pourront les accompagner, le nombre de résidents du Japon qui pourront assister aux compétitions. Je vais suivre tout ça de près pour voir si le Japon réussira son pari d’organiser le plus grand événement sportif mondial en temps de pandémie.

À la prochaine!

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !