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Chronique

La date limite, le CH et l’acharnement thérapeutique

Le directeur général du Canadien fait son bilan de la période des échanges au podium du Centre Bell.

Marc Bergevin

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

On parle d’obstination déraisonnable (ou d’acharnement thérapeutique) quand un médecin prescrit à un patient des soins ou une médication disproportionnés par rapport à ses chances de retrouver la santé. Le même genre de principe s’applique à un directeur général à l’approche de la date limite des échanges.

Le directeur général du Lightning de Tampa Bay, Julien BriseBois, a joliment illustré cette réalité samedi en remuant mers et monde pour mettre la main sur le défenseur québécois David Savard, des Blue Jackets de Columbus.

BriseBois est aux commandes d’une équipe qui a connu la quatrième saison de l’histoire de la LNH en 2019 (128 points) et qui a remporté la Coupe Stanley durant l’été 2020. Par contre, quelques jours après la réalisation de ce rêve, des restrictions budgétaires inhérentes à la pandémie l’ont forcé à larguer des joueurs utiles et ont réduit sa marge de manœuvre à néant.

Bandeau consultez la liste des échanges dans la LNH

Malgré les circonstances, les chances de voir le Lightning remporter la Coupe cette année sont toujours excellentes. D’autant plus que le deuxième marqueur de la LNH au cours des trois dernières saisons, Nikita Kucherov (113 buts, 200 passes, +65) rejoindra l’équipe, frais et dispos, juste à temps pour entreprendre le tournoi printanier.

Conscient que la profondeur de son groupe de défenseurs laissait à désirer, le DG du Lightning a eu recours à un véritable remède de cheval. Il a orchestré une transaction à trois équipes avec les Blue Jackets et les Red Wings de Détroit qui lui a coûté des choix de premier, troisième et quatrième tours. Au bout du compte, Columbus et Détroit assument les trois quarts du salaire de Savard, et Tampa Bay se retrouve avec un guerrier de 30 ans qui écoule sa dernière année de contrat, mais qui sera capable d’offrir 20 minutes de qualité dans des matchs de haut niveau.

L'homme en complet lève la coupe Stanley en criant.

Julien BriseBois, directeur général du Lightning.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Quand une équipe se trouve dans une telle position, la fin justifie les moyens.

L’an dernier, BriseBois avait d’ailleurs orchestré des manœuvres semblables en sacrifiant deux choix de premier tour, un espoir de premier plan (Nolan Foote) et un autre attaquant, Anthony Greco, pour greffer les abrasifs attaquants Barclay Goodrow et Blake Coleman à sa formation.

Ce coûteux traitement-choc était aussi parfaitement justifié. Et il avait permis à son équipe de boire du champagne dans le saladier de Lord Stanley.

***

Marc Bergevin, toutefois, ne joue pas dans le même film que Julien BriseBois.

En quittant le Centre Bell après avoir vu son équipe subir un gênant troisième revers d’affilée samedi soir, le DG du Canadien devait se demander ce qu’il pourrait faire de plus pour lui redonner vie.

Depuis le mois de septembre, aucun directeur général de la LNH n’a déployé autant d’efforts ni dépensé autant d’argent pour améliorer son équipe.

Entre les acquisitions de Jake Allen, Joel Edmondson, Josh Anderson, Tyler Toffoli et le congédiement de Claude Julien, on est passé de l’injection d’adrénaline à l’utilisation du défibrillateur. Quant à l’ajout récent du centre Eric Staal (contre un choix de troisième et cinquième tours), elle équivalait à une gorgée de sirop Lambert pour soigner un mal inéluctable : la jeunesse de la ligne de centre.

Incroyablement, presque toutes les additions apportées se sont avérées positives. Cette équipe devrait donc péter le feu. Malgré cela, à un mois de la fin du calendrier et à quelques heures de la date limite des échanges, le patient est encore pâlot et branché à un sac de soluté.

En dépit de tous les bons soins qui lui ont été prodigués, le CH n’a remporté que 45 % de ses matchs cette saison.

Depuis le congédiement de Claude Julien, même si la structure de jeu a été revue et dynamisée, l’équipe présente une fiche médiocre de 8-7-5 et une moyenne de succès de ,525.

Un entraîneur de hockey derrière le banc avec trois joueurs.

L'entraîneur-chef par intérim du Canadien, Dominique Ducharme, parle à ses joueurs.

Photo : Minas Panagiotakis

Dans la division canadienne, face aux équipes autres que les Canucks de Vancouver et les Oilers d’Edmonton, Montréal présente une fiche de 7-11-6 et une moyenne de succès (ou devrait-on dire d’insuccès?) de ,417.

Disons les choses comme elles sont : ce n’est pas en raison de la qualité de son jeu que le Tricolore est presque assuré de participer aux séries. Il doit cette chance au fait que trois des sept équipes de sa division, Ottawa, Vancouver et Calgary, connaissent une saison catastrophique.

C’est donc ici que se trace la ligne entre l’acharnement thérapeutique et le bon sens. Même pour un directeur général dont l’emploi est en jeu.

***

La solution ne se trouve plus entre les mains de Marc Bergevin. Si le DG souhaite ajouter une ultime pièce pour donner un peu plus de profondeur à sa défense, grand bien lui fasse. Mais il serait injustifiable de sacrifier de bons choix de repêchage ou des espoirs intéressants pour revigorer un patient aussi peu inspiré et inspirant.

Comme on fait son lit, on se couche, comme le veut un vieux proverbe.

Il reste seulement 18 matchs à disputer. Il revient maintenant aux joueurs de prendre les choses en mains. Après tout ce qui a été remué par la direction depuis septembre dernier, si la solution ne se trouve pas déjà à l’intérieur de l’organisation, ça signifie qu’il n’y a pas de solution.

L’équipe montréalaise qui a participé aux dernières séries dans la bulle torontoise était composée d’un tiers de joueurs de la Ligue américaine. Malgré ses limites, elle était parvenue à tenir son bout et à offrir des prestations plus qu’honorables.

Il n’y a donc aucune excuse pour la formation actuelle. La seule forme d’acharnement susceptible de redresser cette équipe doit survenir sur la patinoire. Et non pas dans le bureau de Marc Bergevin.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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