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Des signes inquiétants

Adam Lowry fait culbuter Artturi Lehkonen avec une mise en échec.

Les Jets ont malmené le Canadien lors des deux dernières périodes.

Photo : TWITTER / Jets de Winnpeg

Au début de la saison, Marc Bergevin s’enorgueillissait du fait que son équipe pouvait désormais s’adapter à tous les styles de jeu. Au lieu d’essayer de tous les jouer, mieux vaudrait qu’elle en maîtrise un.

Il y a le style du talent de pointe. Celui qui explose en une fraction de seconde et change la dynamique d’un match par l’intermédiaire de quelques vedettes. Celui des Maple Leafs.

Il y a celui des Jets de Winnipeg aussi, un peu à la même sauce, selon Jake Evans – ils ont beaucoup de talent, bondissent sur les revirements, capitalisent sur leurs chances, a-t-il décrit – mais un peu plus rugueux. À l’avant, ils sont lourds, forts, épuisants.

Il y a les matchs comme jeudi, où le CH contrôle le disque, tire de partout, surtout en périphérie, et peine à attaquer le centre de la glace. Et il y a des démonstrations comme la défaite de 5-0 subie aux mains des Jets samedi, quand le Canadien a bien peu à se mettre sous la dent offensivement, se fait embouteiller dans son territoire pendant de longues présences et n’arrive pas à prolonger les siennes dans la zone adverse.

On oubliait. Il y a le style Canucks de Vancouver, niché, unique, mais qui lui réussit bien mieux. Dommage que ce soit un peu trop pointu. D’ailleurs, sans ce rival de choix, le Tricolore présente une fiche de 11-12-6.

Sous Dominique Ducharme, le dossier est de 8-7-5, ce qui vaut à l'équipe le 22e rang dans la Ligue nationale depuis le 24 février. On a beau prétendre pouvoir jouer de tous les instruments, si on fausse autant avec les bois qu’avec les cuivres et qu’avec les cordes…

Cette dégelée, car c’en fut une, a semblé s’imprimer au fer rouge dans l’esprit des Montréalais. Jamais n’avait-on vu autant de signes d’impatience et de frustration de l’équipe cette saison. Dès le début de la troisième période, une fois le match hors de portée, Corey Perry a livré le fond de sa pensée à l’arbitre et ne l’a visiblement pas invité à son chalet l’été prochain. On lui a décerné une punition d’inconduite de 10 minutes et, même s’il en restait 13 au match, Ducharme a préféré l’envoyer à la douche.

Sur la séquence suivante, Josh Anderson et Joel Edmundson ont tenté de jeter les gants avec le géant Logan Stanley. Quelques instants plus tard, Evans (!) a engagé le combat avec Josh Morrissey.

Ce même Evans a qualifié le match d’immense prise de conscience (wake-up call, en anglais).

Ce n’est pas un bon sentiment. Ni individuellement ni pour l’équipe. L’important c’est de la façon dont nous allons réagir. Il faut se soutenir mutuellement. À l’extérieur de la glace aussi, a lancé Eric Staal.

Soirée particulièrement pénible pour le vétéran d’ailleurs, qui n’a pas hésité à l’admettre. Ses compagnons de trio et lui, souvent Jonathan Drouin et Anderson, parfois Artturi Lehkonen et Anderson, ont tenté un seul tir à cinq contre cinq durant tout le match. Un seul, contre 11.

Et ce n’était pas un cas isolé, loin de là.

Les Jets célèbrent un but derrière Jeff Petry et Jake Allen.

Les arrières de Dominique Ducharme ont connu une soirée de travail pénible, multipliant les erreurs en zone défensive.

Photo : usa today sports / Eric Bolte

Cette prestation est inquiétante. Au bout du compte, le Canadien a gagné seulement 17 de ses 38 matchs, la pire prestation parmi toutes les équipes qualifiées pour les séries éliminatoires.

Au moment où le jeu se resserre, où chaque pouce de terrain est âprement disputé, où, nous disait Bergevin, le style plus physique de ses défenseurs serait utile à l’approche des séries et après les avoir atteintes, le Tricolore s’écroule. Trois défaites de suite, quatre à ses cinq derniers matchs.

Le hockey avec moins de 20 matchs à jouer dans la saison est différent de celui d’il y a 20, 25 matchs. Le nombre d’erreurs, à ce temps-ci de l’année, tu n’as pas besoin d’en faire cinq, tu payes direct. Tu en fais une, tu payes direct, a laissé tomber Ducharme.

C’est pourtant dans ce style que le CH était censé briller. Toutes les critiques ressortent dans une séquence du genre. Des attaquants trop petits qui peinent à prendre d’assaut le centre de la glace et l’enclave. Des défenseurs trop gros, trop lents qui n’arrivent plus à suivre le rythme des avants talentueux de la division canadienne.

Le directeur général a fait un pari osé avant la saison en misant sur des défenseurs un peu moins agiles et plus robustes. Tranquillement, la défense a pris une tangente plus intimidante, certes, mais plus limitée en attaque. C’est d’autant plus vrai avec le ralentissement évident de Shea Weber, auteur d’une gaffe royale sur le cinquième et dernier but du match.

Outre Jeff Petry, lui-même dans une mauvaise passe, qui a la capacité de bondir dans l’action depuis l’arrière avec régularité sans compromettre nécessairement ses partenaires?

Les joueurs ont encore évoqué des erreurs et rappelé qu’il faut s’en débarrasser , comme l’a dit Tomas Tatar plus d’une fois. Ce n’est pas une question de manque d’engagement ou d’efforts, a-t-il précisé. Ni même de zizanie dans ce groupe qu’ils assurent être tissés serré.

Ce sont des erreurs bêtes. De concentration parfois, de jugement à l’occasion. Mais des erreurs qui se répètent. Il vient un moment où l’entraîneur ne peut plus faire grand-chose pour les corriger, même si Ducharme a évidemment admis qu’il ne baisserait pas les bras.

C’est un partenariat qu’on a avec notre groupe d’entraîneurs et de joueurs. On va continuer à travailler a affirmé l’entraîneur-chef.

Bizarre de constater que, près de 10 ans plus tard, sans Brendan Gallagher et Carey Price dans la formation, ou même un des deux seulement, il n’y a point de salut. C’est peut-être seulement une coïncidence remarquez. Price connaît lui-même une saison en deçà des attentes et le CH a encore le temps de démontrer qu’il peut se débrouiller sans le petit numéro 11 pendant un certain temps.

Et ce n'est certes pas la faute de Jake Allen, lui qui en était à une troisième rencontre en quatre soirs. Certes, il a probablement offert sa pire prestation dans l'uniforme bleu, blanc et rouge avec 5 buts accordés sur 25 lancers, mais le gardien auxiliaire ne jouit d'aucun appui de ses coéquipiers.

Le Canadien a inscrit 17 buts lors des 10 derniers départs d'Allen. Il en a remporté seulement deux d'ailleurs. L'attaque en général est en panne sèche, d'abord pour les raisons évoquées plus haut, ensuite parce que l'avantage numérique tourne en rond depuis la fin de la période d'isolement de l'équipe avec une seule réussite en 21 tentatives.

Le CH n’est sûrement pas aussi perclus de vices et de travers qu’il s’emploie à le démontrer depuis trois matchs. Et il n’est certainement pas aussi bon que sa fiche le suggérait après les 10 premiers matchs de l’année (7-1-2).

Non, la vérité se trouve quelque part entre les deux. Mais Bergevin doit commencer à sérieusement se demander laquelle est-ce.

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