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Derek Drouin espère encore aller aux Jeux de Tokyo

Il lève les bras en triomphe.

Le médaillé d'or Derek Drouin durant la finale du saut en hauteur, à Rio. Il a passé 2,38 mètres pour monter sur la plus haute marche du podium.

Photo : Getty Images / Ezra Shaw

Jean-François Chabot

À un peu plus de 100 jours des Jeux olympiques de Tokyo, le Canadien Derek Drouin, médaillé d'or du saut en hauteur à Rio, ne sait toujours pas s'il pourra aller au Japon pour défendre son titre.

En attente de la confirmation par le Comité international olympique (CIO) qu'il est bel et bien le nouveau médaillé d'argent aux Jeux de Londres de 2012 à cause du déclassement d'un rival, Drouin avoue qu'il aimerait bien ajouter une cerise sur un gâteau déjà très alléchant.

Comme tant d'autres athlètes dans le monde, le Torontois de 31 ans ne peut que se croiser les doigts, car il ne sait trop quand il aura l'occasion de décrocher son troisième billet olympique pour son épreuve de prédilection.

En entrevue à Radio-Canada Sports, il réfléchit à voix haute sur sa propre situation. Lucide, il sait que les attentes à son égard sont élevées. Il sait aussi qu'il sera peut-être difficile, voire impensable, de rééditer ses exploits.


Q. Comment entrevoyez-vous la perspective de vous présenter aux Jeux de Tokyo en tant que champion olympique en titre?

R. Voilà quelque chose qui ne change pas. C’est quelque chose dont j’ai conscience depuis quatre… maintenant cinq ans. Je dirais même que ça m’enlève la pression. Souvent, des athlètes se pointent aux Jeux en se disant qu’ils sont les champions en titre et que les attentes sont là pour qu’ils répètent leur exploit.

Je ne ressens pas cette pression. Mon but dans la vie en tant qu’athlète était de gagner aux Jeux olympiques, et je l’ai fait. Si les choses ne vont pas dans la foulée du conte de fées que j’ai vécu à Rio, ça n’enlèvera rien à ce que j’ai déjà accompli.

À cette étape de ma carrière, j’aborde ce type de compétition comme si je n’avais rien à perdre ou comme si je n’avais plus nécessairement quoi que ce soit à prouver. Je vois ce que j’ai déjà accompli comme du bonus.


Q. Contrairement à tant d'autres, la pandémie de la COVID-19 et le report des Jeux de Tokyo n'ont-ils pas été pour vous une bénédiction?

R. Ce n’est un secret pour personne que j’ai subi de très vilaines blessures. Quand ils ont annoncé que les Jeux étaient remis, je n’ai pas ressenti ce sentiment crève-cœur que tellement d’autres athlètes ont eu, et je comprends pourquoi ils ont réagi de la sorte.

Pour ma part, j’étais heureux de savoir que j'avais une année de plus pour m’entraîner. J’ai pu utiliser l’année 2020 pour me reconstruire. Je suis resté en santé toute l’année, ce qui ne m’était pas arrivé depuis très longtemps. Cette année supplémentaire m’a beaucoup aidé.


Q. Parlez-nous de votre processus d’entraînement en pleine pandémie, surtout en sachant que vous n'avez pris part à aucune compétition depuis le mois de février 2020.

R. Étant donné qu’en saut en hauteur, on utilise une aire d’atterrissage commune, et en raison des limitations imposées par la COVID, le centre où je m’entraînais avait éliminé l’aire des sauts. Et je les regarde en train de la remettre en place au moment où je vous parle. Donc, de la mi-mars en 2020 jusqu’à maintenant, il n’y avait pas de matelas.

Il a donc fallu être très créatif en matière d’entraînement. On a pu trouver un site où s’entraîner à l’intérieur au début de 2021. Nous avons pu y utiliser un espace pour les sauts avec une approche prudente. Ça n’a pas été idéal, mais je ne crois pas que 2020 ni 2021 aient été idéales pour qui que ce soit.

On a eu des entraînements minimalistes où on a appris à s’adapter à la situation. J’ai appris à faire le travail sans les équipements optimums et en l’absence de conditions idéales. Je ne crois pas être dans la meilleure forme possible à ce moment-ci de la saison, mais je suis certainement un athlète plus fort.


Q. Êtes-vous stressé en sachant que vous n'êtes toujours pas qualifié pour Tokyo?

R. Je me trouvais dans une situation un peu semblable à l’approche des Jeux de Londres. Je n’avais pas enregistré le standard de qualification avant la mi-mai et c’était stressant. Je me rappelle m’être dit que je ne voulais jamais plus vivre ça. J’ai eu la chance d’éviter que ça ne se reproduise à Rio. Mais pour Tokyo, j’espérais m’épargner cela.

À cause des blessures que j’ai subies et tout ce que j’ai vécu depuis les derniers Jeux, je ne ressens pas ce stress. Je mentirais si je vous disais que si ça arrivait, ce serait génial. Donc, j’aborde ça en sachant que je suis déjà allé aux Jeux olympiques à deux reprises et que j’ai accompli tout ce que je voulais accomplir dans ma carrière.

Si je vais à Tokyo, ce serait formidable. Mais je ne me mets pas plus de pression comme je l’ai fait en 2016.


Q. De quelle manière pouvez-vous assurer votre qualification pour les Jeux et quels sont les rendez-vous où il sera possible d'accomplir cette mission?

R. Pour la première fois, les qualifications olympiques se dérouleront différemment. Il y a deux façons d’y arriver. Vous pouvez soit réaliser une solide performance et réussir le standard, ce qui s’annonce plus difficile que par le passé [le minimum requis est à 2,33 m, il a fait 2,38 m pour l’or à Rio, NDLR]. Ou bien vous pouvez calculer la moyenne de vos performances d'au moins cinq compétitions.

C’est sûr que l’on s’approche de plus en plus des Jeux, il me semble assez compliqué de réaliser cinq bonnes performances d’ici là. Le Canada a annoncé que l’on tiendrait un certain nombre de rencontres, mais l’Ontario vient de retourner en confinement complet pour 28 jours. On peut présumer que ces rendez-vous seront touchés.

À ce moment-ci, mon plan A est de trouver une rencontre d’athlétisme et d’y enregistrer le standard. Je vise la rencontre de la Diamond League à Doha, à la fin du mois de mai (le 28). Je sais que des agents d’athlètes sont en contact avec les organisateurs, mais ces derniers ne savent toujours pas si l’événement aura lieu. C’est pourquoi nous planchons déjà sur des plans B, C et D (rires).

Dans le passé, passer une barre à 2,33 m ne m’aurait pas inquiété, c’était clairement dans mes capacités. Mais étant donné que ça fait tellement longtemps que j’ai sauté à ce niveau ou dans un rendez-vous de la Diamond League, je ne sais pas.

Prendre la voie de la moyenne de cinq compétitions, c’est vraiment difficile à dire. C’est un système tellement complexe, parce que les rencontres d’un certain niveau procurent des points bonis. Si vous faites 2,20 m dans une compétition de la Diamond League, ça peut vous donner le même nombre de points que si vous passiez une barre à 2,25 m dans une petite compétition en Ontario.

Pour me simplifier la tâche, je vise de réussir 2,33 m et ne pas me préoccuper d’amasser une moyenne sur cinq épreuves, sauter 2,33 m et ne plus être tributaire du résultat des autres.


Q. Est-ce que la Fédération internationale d’athlétisme (World Athletics) a prévu un processus de sélection arbitraire advenant l’impossibilité de tenir assez de compétitions qualificatives? Pourriez-vous être invité automatiquement en tant que champion défendant?

R. Ce serait vraiment très bien (rires)! Je sais que ça se fait dans le cadre des Championnats du monde. Mais ceux-ci ont lieu tous les deux ans. Tant de choses peuvent survenir en l’espace de quatre ans, et je suis le parfait exemple pourquoi le Comité international olympique (CIO) ne procède pas ainsi.

La façon qu’ils ont d’accommoder le plus de monde possible, en considérant la pandémie et tous ceux qui n’ont pas pu prendre part à des compétitions en 2020, est qu’ils ont étendu la période de qualification rétroactivement jusqu’en 2019 pour inclure aussi 2020 et 2021.

Même si au total, ça représente une longue période, cela n’aide pas vraiment les athlètes qui, comme moi, soignaient des blessures en 2019. Je pense qu’ils (le CIO) espèrent que l’on puisse tenir un nombre suffisant de compétitions en 2021 pour permettre à tout le monde d’enregistrer leur standard de qualification. Mais si ce n’est pas le cas, je ne sais pas quel est leur plan B.


Q. Comment vous sentez-vous face au nouveau reconfinement complet de l’Ontario?

R. Les fermetures précédentes ont quand même permis aux athlètes de haute performance de continuer à s’entraîner pour les Jeux olympiques. Nous n’avons pas été directement touchés, à part bien sûr tout ce qui n’a pas de lien avec notre sport. Jusqu’à présent, ma routine quotidienne n’a pas beaucoup changé. Je me croise les doigts.


Q. Est-ce que vous devez avoir sur vous une forme d’identification en tant qu’athlète élite?

R. Dès le confinement précédent, nous avions reçu une lettre justificative de la part d’Athlétisme Canada. Elle est toujours dans ma boîte de courriel. Je n’ai pas eu à l’utiliser jusqu’à présent. Mais je connais d’autres athlètes qui ont été interpellés à bord des transports en commun et qui ont à produire ce document.


Q. Possédez-vous un chien vous permettant de sortir librement le soir?

R. - Non, je n’ai pas de chien (rires). J’aurai aimé m’en procurer un. Beaucoup l’ont fait au début de la pandémie, mais je n’ai pas joint le mouvement.

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