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Chronique

Que deviendras-tu, Cole Caufield?

Il pose avec un bâton sur ses épaules.

Cole Caufield

Photo : Getty Images / Kevin Light

« Si Caufield marque des buts, je peux vivre avec ça. Mais il est bien mieux de marquer des buts! »

Cette boutade a été lancée par Claude Julien, alors entraîneur-chef du Canadien, sur le plancher du repêchage de la LNH, à Vancouver, le 21 juin 2019. Quelques minutes auparavant, le CH avait misé son choix de premier tour (le 15e au total) sur Cole Caufield, un ailier de 1,70 m (5 pi 7 po) qui avait inscrit 72 buts en 64 matchs dans le programme de développement américain.

Même si le Tricolore venait de mettre la main sur le meilleur buteur disponible à l’encan, les sceptiques étaient nombreux. Il était alors l’organisation de la LNH qui, de loin, misait sur le plus grand nombre de petits joueurs. Et cette particularité était considérée par plusieurs comme l’un des facteurs contribuant aux insuccès de l’équipe.

Vingt-deux mois se sont écoulés depuis, et Cole Caufield n’a presque jamais dérougi. Au cours des dernières décennies, aucun espoir du Canadien n’a été suivi avec autant d’attention avant de poser le pied à Montréal. Et aucun n’a suscité autant d’interrogations auprès des partisans.

Après le repêchage, Caufield a fait le saut avec l’Université du Wisconsin. Il a inscrit 19 buts et 17 passes en 36 matchs à l’âge de 18 ans, alors qu’il affrontait des joueurs de 22 et 23 ans. Puis, cette saison, il a enchaîné avec une récolte de 30 buts et 22 passes en 31 rencontres. Cela lui a valu le titre de meilleur marqueur du réseau de la NCAA.

Depuis le repêchage de 2019, les deux seuls bémols à son dossier sont survenus lors des deux Championnats du monde juniors auxquels il a participé, et au cours desquels il ne s’est pas démarqué par rapport aux meilleurs joueurs de son âge.

Ces tièdes prestations sur la scène internationale ont évidemment relancé le débat quant à la pertinence d’avoir misé sur un joueur de petite taille au premier tour.


Vendredi soir, à Toronto, Cole Caufield fera enfin ses débuts dans les rangs professionnels. Sagement, les dirigeants du Canadien ont décidé de lui faire franchir cette étape dans l’uniforme du Rocket de Laval.

Un joueur de hockey met du ruban sur son bâton devant son casier.

Cole Caufield

Photo : Rocket de Laval

Marc Bergevin n’a pas toujours été aussi prudent au sujet de cet espoir. En décembre 2019, dans un élan d’enthousiasme, il avait confié à micro fermé qu’il espérait voir Caufield endosser l’uniforme du CH dès le printemps 2020. Sa prestation subséquente au mondial junior avait toutefois remis les choses en perspective.

Mais bon, à compter de ce soir, qu’ils soient optimistes ou sceptiques, les partisans et membres de l’organisation du Canadien auront une chance de se faire une meilleure tête quant au potentiel de Caufield. La marche entre les rangs universitaires et la Ligue américaine est haute, et la marche entre la Ligue américaine et la LNH l’est tout autant. Il vaut donc mieux les franchir une à la fois.

Pour ceux qui ne l’ont jamais vu à l’oeuvre, Cole Caufield est une sorte de machine à détecter les espaces libres en zone offensive. Pour cet aspect particulier de son jeu, il évoque des souvenirs de Daniel Brière. Comme Brière, Caufield est droitier. Et comme l’ex-vedette des Sabres et des Flyers, il aime se poster sur le flanc gauche, d’où il cherche constamment à dégager des lignes de passe pour que ses coéquipiers puissent l’alimenter.

Les comparaisons s’arrêtent toutefois là.

Caufield est un excellent tireur, mais il est un patineur moins dynamique et ne possède pas les qualités de passeur de Brière. Il perfectionnera peut-être cette dernière facette de son jeu avec le temps. Mais, chose certaine, sa carrière sera définie par le nombre de buts qu’il parviendra à inscrire parce qu’il s’agit de sa qualité dominante.

Claude Julien disait donc vrai. Caufield est en quelque sorte condamné à marquer des buts.


Cela dit, les amateurs qui doutent de la possibilité de voir Caufield continuer à se moquer des gardiens dans la LNH ne sont pas nécessairement rabat-joie. Les statistiques les incitent à une certaine prudence.

Depuis 1980, 1163 attaquants ont disputé au moins 320 matchs dans la LNH, et seulement 27 d’entre eux (2,32 %) mesuraient 1,73 m (5 pi 8 po) ou moins. Par ailleurs, entre 1997 et 2017, seulement huit attaquants de 1,73 m ou moins ont disputé l’équivalent d’une saison complète dans la LNH après y avoir été repêchés. Ces huit attaquants représentent 0,78 % des joueurs sélectionnés au repêchage durant cette période et qui ont réussi, à ce jour, à participer à un minimum de 82 matchs.

Les optimistes ont toutefois des raisons d’espérer la naissance d’une étoile. Après tout, au fil des ans, de petits joueurs ont considérablement marqué les esprits en se faufilant parmi les plus redoutables attaquants de la LNH.

  • L’ex-capitaine du CH Brian Gionta (1,70 m/5 pi 7 po) a connu des campagnes de 48, 29, 28 et 25 buts.
  • Les plus vieux partisans se souviennent encore de Mats Naslund (1,68 m/5 pi 6 po). Dans les années 1980, le petit viking avait connu des saisons de 43, 42, 33 et 29 buts à Montréal.
  • Theoren Fleury, qui faisait aussi 1,68 m, a connu 9 saisons de plus de 30 buts et, parmi elles, on note des productions de 51, 46 et 40 buts.
  • Martin St-Louis (6 saisons de 30 buts et plus, dont une de 43 buts) et Donald Audette (des saisons de 32, 31, 29 et 28 buts) ont développé leur talent au Québec.
  • Par les temps qui courent, Tyler Johnson (Tampa Bay), Cam Atkinson (Columbus) et Alex DeBrincat (Chicago) sont les joueurs de petite taille qui s’illustrent le plus dans la LNH. Atkinson et DeBrincat ont tous deux connu des saisons de plus de 40 buts depuis le début de leur carrière. Quant à Johnson, il a flirté deux fois avec le plateau des 30 buts.

Cole Caufield parviendra-t-il à les imiter?


Ses anciens coéquipiers du programme national américains ont sans doute eu l’occasion de raconter à Caufield à quel point la transition entre les rangs amateurs et la jungle du hockey professionnel n’est pas évidente.

Au repêchage de 2019, Cole Caufield avait été le septième joueur de sa formation à être choisi au premier tour après Jack Hughes, Alex Turcotte, Trevor Zegras, Matthew Boldy, le gardien Spencer Knight et Cam York.

À ce jour, seuls Hughes (qui avait été le tout premier joueur sélectionné) et Zegras ont eu l’occasion de disputer des matchs dans la LNH. Jusqu’à présent, Hughes a marqué 15 fois en 99 matchs dans l’uniforme des Devils. Quant à Zegras, qui dominait nettement au dernier mondial junior, il a secoué les cordages une fois à ses 17 premières rencontres avec les Ducks d’Anaheim.

La marche est haute. Et dans le cas de Caufield, les attentes sont extrêmement élevées.

Bref, peu importe le genre d’envol que connaîtra sa carrière au cours des prochaines semaines, nous n’avons pas fini d’entendre parler de Cole Caufield.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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