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À 50 ans, Jacques Villeneuve ne veut pas ralentir

Il roule à moto.

Jacques Villeneuve

Photo : Getty Images / Charles Coates

Jacques Villeneuve a 50 ans. Né le 9 avril 1971, il a su très jeune qu'il allait devenir pilote automobile comme son père. Il a suivi son idée, et le pilotage est devenu une passion qui ne l'a jamais quitté durant toutes ces années.

Sa passion s'exprime encore de plusieurs façons : il est commentateur de F1 pour la chaîne française Canal+, il dirige une école de pilotage avec son ami d'enfance Patrick Lemarié, il pilote pour une équipe italienne dans le championnat Euro NASCAR. Sept week-ends de course sont prévus en 2021.

En dehors des circuits, le champion du monde de F1 en 1997 s'occupe de ses enfants, ses quatre garçons Jules, Joakim, Benjamin et Henri.

À l'occasion de son 50e anniversaire, Radio-Canada a joint Jacques Villeneuve chez lui, au nord de l'Italie, près de Milan.

Je ne sais pas encore si la cinquantaine est un cap important, se demande-t-il d'entrée. Je n'y ai pas trop pensé, vu que ça fait un an qu'on est en lock down, coincés à la maison. Ça a été une année un peu étrange à ce niveau-là. Et l'anniversaire va se passer enfermé à la maison. Ce ne sera pas la grosse fête qu'on pourrait imaginer.

Vêtu d'un chandail bleu rayé, il regarde la caméra de son ordinateur.

Jacques Villeneuve en entrevue à Radio-Canada

Photo : Société Radio-Canada

Ce cap sera vite passé. Villeneuve n'est pas du genre à faire une pause pour réfléchir à ce qu'il a vécu jusque-là.

Je n'ai pas eu le temps de me poser dans un canapé et de réfléchir au temps qui passe. La vie n'a pas arrêté. Il y a eu toute la période F1, les courses. L'après-F1 a été assez chargée avec les enfants, surtout les dernières années avec tout le travail à la télé, et des courses au milieu de tout ça. Ça a été trop chargé.

Le Québécois n'a tout de même pas refusé de réfléchir quelques instants sur ses choix.

Ma plus grande réussite? Le championnat de F1, clairement. Mon plus grand échec? De ne pas avoir fait les bons choix au tout début pour pouvoir intégrer le milieu du NASCAR. L'erreur que je ne veux pas refaire? De mal s'entourer, peut-être.

Quand Jacques Villeneuve a posé ses valises en Italie il y a un peu plus d'un an, juste avant le premier confinement, il ne se doutait pas que sa 50e année d'existence serait marquée par une pandémie qui a bouleversé ses habitudes et celles de ses enfants.

On est pas mal cloîtrés à la maison. Mes garçons sont des skieurs, ils jouent au hockey. Ils étaient assez actifs. Est-ce qu'ils auront envie (de recommencer), se demande-t-il? Ils ont peut-être perdu le goût du sport complètement.

Ça fait plusieurs mois que l'école se fait à la maison pour mes enfants. C'est un peu compliqué pour les jeunes. Socialement, il ne se passe plus rien, plus de sport. C'est assez destructif psychologiquement.

Une citation de :Jacques Villeneuve

On n'a pas mesuré l'importance et les dégâts que ça va faire, estime-t-il. Mais bon, c'est comme ça, il faut vivre avec et il faut s'adapter.

S'adapter. Ce mot est revenu plusieurs fois dans la conversation. Coincé chez lui, Jacques Villeneuve s'est finalement décidé à utiliser les réseaux sociaux. Il a maintenant sa page Instagram.

Légèrement, précise-t-il rapidement. Il y a parfois des messages qui peuvent passer. Pour mon école de pilotage, c'est utile.

Mais c'est un outil très dangereux, il faut faire attention de ne pas tomber dans le panneau, avec l'envie d'y être accroché du matin au soir. Il faut faire la part des choses. Je ne suis pas très actif parce qu'on voit que ça peut faire du dégât.

La page d'accueil montre des photos et des phrases.

Le compte Instagram de Jacques Villeneuve

Photo : Instagram

L'opposé de son père

Malgré son emploi du temps chargé et ses déplacements professionnels, Jacques Villeneuve s'efforce d'être le plus près possible de ses enfants.

Je me sens très bien comme père de famille, confie-t-il. J'ai peut-être été l'opposé de mon père. (Je suis) très présent socialement. Plutôt un père moderne à ce niveau-là. Je voyage pas mal pour le travail. Mais quand je suis à la maison, ce n'est pas pour aller "gosser" avec mes amis.

Mes enfants m'apportent des responsabilités, une raison de bien faire les choses. Aussi, les éduquer, et éduquer, c'est se remettre constamment en question.

Tout le côté course, ils ne connaissent pas. Ce n'est pas tout à fait la même jeunesse que j'ai eue. Ils n'ont pas grandi dans un motorhome au bord des pistes.

Une photo en noir et blanc d'un pilote automobile avec son enfant.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gilles Villeneuve en 1974 avec son fils Jacques

Photo : Getty Images / AFP

Mes enfants ne me connaissent pas comme pilote, ils me connaissent comme commentateur, révèle-t-il. Ce qu'ils comprennent, c'est que c'est important de travailler.

Question de caractère, les enfants de Jacques Villeneuve n'ont pas eu besoin de se faire rassurer pendant la pandémie.

La crainte ne fait pas partie de la famille, en général. On vit avec notre temps. Je pense qu'il y a eu pire au travers des siècles. Mais aujourd'hui, médiatiquement, on est très doués pour amener de la peur. De la peur constante. C'est difficile de comprendre de qui se passe vraiment. Mais mes enfants ne se questionnent pas trop, ils prennent ça comme ça va.

Il a les bras croisés.

Jacques Villeneuve en entrevue à Radio-Canada

Photo : Société Radio-Canada

Toujours en piste

Même si ses garçons ne voient pas en leur père un pilote, Jacques Villeneuve n'a pas pour autant l'intention de raccrocher son volant. Il va entreprendre en mai sa saison en championnat Euro NASCAR, et il a d'autres idées en tête.

La passion est toujours aussi vive. Je me sens vivant derrière un volant. En compétition dans un bolide de course, c'est quelque chose qui va rester.

Une citation de :Jacques Villeneuve

Malgré la pandémie, il espère pouvoir participer à toute la saison, soit sept week-ends de course sur les circuits européens. Il se plaît encore au sein de la famille NASCAR, au point de...

Un volant en Amérique du Nord m'intéresserait encore énormément, bien sûr, révèle-t-il, les yeux brillants. À part quelques courses sur circuit routier comme à Montréal, ça a été difficile de pouvoir intégrer le groupe de pilotes NASCAR.

Il entre dans sa camionnette.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jacques Villeneuve en NASCAR en 2007

Photo : Getty Images / Todd Warshaw

Le Québécois a tenté sa chance en NASCAR en 2007 et en 2008, sans toutefois trouver les budgets nécessaires.

Ce serait génial, mais jongler avec les journées, ça deviendrait un peu compliqué, admet-il, réaliste.

De là à retraverser l'Atlantique et à envisager un autre déménagement, il aime mieux ne pas se prononcer.

À chaque fois que j'ai déménagé, je pensais que ce serait le dernier, dit-il en riant. Donc, ça ne sert à rien que je réponde. Il peut toujours y avoir des surprises. Mais clairement, avec les enfants, les déménagements sont un peu plus compliqués.

L'autre projet qui l'intéresserait, c'est de retourner aux 24 heures du Mans.

Maintenant, avec les voitures hybrides, il y a beaucoup plus de constructeurs, fait-il remarquer. Mais pour entrer dans le milieu, c'est compliqué. Je n'ai aucune idée si ça pourrait fonctionner à nouveau.

Il embarque dans son auto.

Jacques Villeneuve aux 24 heures du Mans de 2007 lors d'un arrêt aux puits de l'équipe Peugeot

Photo : Getty Images / STRINGER

Jacques Villeneuve a participé deux fois aux 24 heures du Mans, en 2007 et en 2008 avec l'équipe Peugeot, qui avait mis de gros moyens pour gagner et qui se battait contre Audi.

En 2008, on avait réussi à perdre la course, dit-il sans détour. On avait terminé deuxième derrière Audi. Et au Mans, c'est comme aux 500 milles d'Indianapolis, ça ne sert à rien de terminer deuxième.

Je ne veux pas ralentir

Le sang de la course coule encore fort dans les veines du pilote cinquantenaire. Et tant pis si certains pensent que ce n'est plus raisonnable à son âge.

Beaucoup me rappellent que c'est quand même un certain âge pour faire de la course automobile. Mais pour l'instant, je ne le sens pas encore.

Une citation de :Jacques Villeneuve

On va voir quand je ne serai plus capable de me battre, d'être agressif au bon moment en piste, faire les bons choix dans les combats, d'aller chercher le tour de qualification, là, peut-être que je me poserai quelques questions.

De toute façon, si on aime se dépasser, si on aime aller chercher les limites dans un bolide de compétition, il n'y a aucune raison que ça change.

Non, je ne veux pas ralentir. Je crois que quand on ralentit, c'est là qu'on prend un coup de vieux.

Le coup de pouce aux jeunes

Il y a deux ans, il a décidé de redonner plus concrètement en créant avec son ami d'enfance Patrick Lemarié une école de pilotage en France, Feed Racing.

Depuis, il partage sa passion, ses conseils et sa philosophie de la course avec les jeunes qui s'y inscrivent.

Le contact est le fun, les jeunes sont très à l'écoute, affirme-t-il. Ils ont de 14 à 20 ans, certains arrivent du monde virtuel, et d'autres n'ont jamais roulé de leur vie.

On travaille beaucoup à l'ancienne, explique-t-il non sans fierté, en bord de piste, loin des ordinateurs. Et quand on discute, on voit que ça fonctionne.

Il regarde passer une voiture de course.

Jacques Villeneuve regarde rouler un élève de son école de pilotage pendant une séance d'essais.

Photo : Feed Racing

Finalement, ce qui a changé après toutes ces années au plus haut niveau, c'est la vision qu'a Jacques Villeneuve de la course automobile.

Je la respecte plus. Je comprends mieux ce que ça m'a apporté, la valeur que ça a. Alors qu'à l'époque, c'était juste un jeu, admet-il. Quand je me retrouve en piste, j'ai peut-être une meilleure analyse à ce niveau-là.

La course, c'est une sorte de leçon de vie, c'est une manière, une raison d'être, et c'est aussi un peu l'exemple qu'on donne à ses enfants.

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