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Chronique

Le droit de vote en Georgie, le fort début de saison de la MLB

Il répond à une question en conférence de presse.

Rob Manfred, commissaire du baseball majeur

Photo : Associated Press / LM Otero

Plus que jamais, les athlètes et dirigeants des grands championnats nord-américains sont descendus dans l’arène politique pour réclamer le respect des droits civiques des minorités au cours de la dernière année. Et ils ont visiblement l’intention d’y rester.

Vendredi dernier, alors que le congé pascal débutait, la MLB a créé toute une commotion en annonçant qu’elle renonçait à présenter son match des étoiles à Atlanta en juillet prochain.

Cette décision a été prise par le commissaire Rob Manfred avec les huit propriétaires membres du conseil exécutif de la MLB. Il s’agissait d’une réaction directe à l’adoption, par l’État de la Georgie, d’une loi ayant pour effet de restreindre l’exercice du droit de vote des membres de la communauté noire et des minorités.

Avant de lancer cette charge frontale contre le gouverneur républicain de la Georgie, Brian Kemp, Manfred s’était par ailleurs entretenu avec les représentants de l’Association des joueurs de la MLB. Le commissaire avait aussi sollicité l’opinion de Curtis Granderson, un ex-joueur des majeures qui préside désormais un regroupement appelé l’Alliance des joueurs. Cet organisme, qui regroupe plus de 150 anciens joueurs de la MLB, milite pour le respect des droits civiques des Noirs aux États-Unis.

Un stade de baseball

Le Truist Park, domicile des Braves d'Atlanta, devait accueillir le match des étoiles des majeures.

Photo : Getty Images / Todd Kirkland


Par voie de communiqué, la MLB a fait valoir qu’elle considère que tous les Américains ont le droit de voter et qu’elle s’oppose à toute restriction de ce droit fondamental. Elle a aussi rappelé qu’elle avait été la première ligue professionnelle, en 2020, à se joindre à l’Alliance civique, un organisme non partisan, afin d’encourager la population à voter lors de la dernière élection présidentielle.

L’Alliance civique est un regroupement de plus de 1100 entreprises qui emploient plus de 5 millions d’Américains. Ces entreprises se sont donné pour mission de renforcer la démocratie américaine en militant pour l’accessibilité du vote et en incitant les citoyens à se prévaloir de ce droit. Outre la MLB, on y retrouve des géants corporatifs comme Best Buy, Target, Twitter, SAP, Starbucks, GAP, Levi’s, la NFL, PayPal, Danone, etc.

L’Alliance civique s’est fixé comme objectif d’atteindre un taux de participation de 80 % aux élections américaines. En novembre 2020, 66,7 % des électeurs américains se sont prévalus de leur droit de vote. Il s’agissait du plus haut taux de participation dans ce pays en 120 ans.

Les dirigeants de près de 200 compagnies membres de l’Alliance civique ont signé une déclaration commune condamnant la loi électorale adoptée en Georgie. Par ailleurs, Coca-Cola et Delta Airlines, deux multinationales dont le siège social est établi à Atlanta, s’étaient prononcées contre cette loi avant qu’elle soit signée par le gouverneur.

Et dans le cadre d’une rare entrevue accordée par un président américain à un réseau sportif, Joe Biden avait déclaré sur les ondes d’ESPN qu’il allait soutenir la MLB si elle en venait à décider de présenter son match des étoiles dans une autre ville.


L’annonce faite par la MLB a eu pour effet d’ostraciser la Georgie dans l’opinion publique américaine. Devant les caméras, le gouverneur Kemp a joué la carte de l’indignation, accusant au passage les dirigeants de la MLB de s’être fait berner par des mensonges. Mais au bout du compte, le prix politique pourrait se révéler lourd pour les républicains de la Georgie.

D’autres ligues importantes comme la NCAA, la NFL et la NBA éviteront certainement de tenir des événements majeurs dans cet État. Et il y a fort à parier que de nombreuses compagnies ou organisations s’abstiendront d’organiser des congrès ou des événements d'entreprise à Atlanta.

Dans le passé, deux autres États ont reculé après avoir été victimes de sanctions semblables de la part de la NFL et de la NBA.

L’excellent chroniqueur de baseball Bob Nightengale, du USA Today, rappelait qu’en 1993 la NFL avait décidé de ne pas présenter le Super Bowl en Arizona. Les gens de la NFL avaient laissé tomber le couperet parce que les élus de cet État refusaient de reconnaître le jour de Martin Luther King comme un congé officiel. Et plus récemment, en 2017, la NBA avait renoncé à présenter son match des étoiles à Charlotte parce que la Caroline du Nord avait adopté une loi discriminatoire à l’encontre de la communauté transgenre.

Dans les deux cas, soulignait Nightengale, les États concernés avaient fini par faire marche arrière.

Pour des politiciens, il est sans doute extrêmement difficile de remporter une bataille d’opinion publique face à des machines qui bénéficient d’un aussi puissant rayonnement médiatique et qui sont aussi profondément ancrées dans la fibre populaire.


Il n’y a pas si longtemps, les athlètes qui osaient se prononcer sur des questions politiques se faisaient régulièrement (et rapidement) répondre de la fermer, parce que leur opinion n’intéressait soi-disant personne et que leur rôle consistait uniquement, disait-on, à remporter des matchs.

Depuis la mort de George Floyd en mai 2020 et la montée en force du mouvement Black Lives Matter, les athlètes s'investissent plus que jamais dans la défense et la promotion des droits civiques. Et ils ont incité leurs patrons à les suivre sur ce terrain.

Lors de la dernière élection présidentielle, des athlètes comme LeBron James ont appuyé la campagne More Than a Vote pour éduquer les membres des minorités en matière de démocratie et pour les inciter à voter. La NBA, la NFL et la MLB ont appuyé les initiatives de ce genre en transformant leurs amphithéâtres et stades en bureaux de vote, contribuant ainsi fortement au retentissant succès de l’élection de novembre 2020.

Ce spectaculaire renversement de situation s’est produit dans une très courte période. En 2016, la NFL ne savait pas comment réagir quand Colin Kaepernick et une minorité de joueurs posaient un genou au sol durant les hymnes nationaux. Quatre ans plus tard, elle convertissait la moitié de ses stades en bureaux de vote! Et cette semaine, son commissaire Roger Goodell diffusait un communiqué appuyant sans réserve la décision de la MLB de tenir son match des étoiles ailleurs qu’à Atlanta...

Le monde du sport est en train de se découvrir une force civique bienfaitrice dont il n’avait probablement jamais mesuré toute l’ampleur. La MLB a choisi de s’en servir au cours des derniers jours, et elle a du même coup provoqué une discussion essentielle sur l’égalité qui doit exister, en démocratie, entre tous les citoyens.

Le baseball majeur n’a probablement jamais connu un début de saison aussi éclatant.

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