•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une Québécoise veut établir un record du monde sur l’Everest

Une alpiniste vêtue d'un manteau orange ouvre les bras au sommet d'une montagne.

Marie-Pier Desharnais sur le mont Ama Dablam, au Népal, en 2019

Photo : Marie-Pier Desharnais

Marie-Pier Desharnais n’a pas froid aux yeux et ne manque pas d’ambition. La Québécoise de 35 ans s’apprête à gravir le mont Everest et ne veut surtout pas s’arrêter trop longtemps pour admirer la vue.

Après avoir foulé le toit du monde, à 8849 m, elle veut aussitôt atteindre le sommet du mont Lhotse, qui culmine à 8516 m. La montée pour les deux sommets se sépare au col Sud, à environ 7900 m d’altitude.

Elle espère établir un record mondial féminin pour cette double ascension, en rejoignant le sommet du Lhotse à partir de celui de l’Everest le plus rapidement possible. La marque à battre est de 21 h 30 min.

Tout ça, en préparation pour son véritable rêve : devenir la première Québécoise, tous genres confondus, à réaliser l’ascension du terrifiant K2, au Pakistan, la montagne la plus difficile à gravir du monde.

C’est mon ami, l’alpiniste Nimsdai, qui m’a un peu convaincue de m’attaquer à ce double défi, explique la Québécoise en entrevue à partir de Katmandou, où elle séjourne avant de quitter vers le camp de base de l’Everest le 6 avril. Mon but ultime, c’est de gravir le K2. J’ai toujours vu l’Everest comme un tremplin vers le K2. Je trouvais ça un peu ennuyant de seulement le monter, alors en discutant avec Nimsdai, l’idée de faire une double ascension a commencé à germer.

Nimsdai, Nirmal Purja de son vrai nom, est une vedette mondiale de l’alpinisme. Il a réussi à gravir les 14 sommets de plus de 8000 m de la planète en un peu plus de six mois en 2019.

En mai 2019, une photo de Nimsdai montrant la congestion d’alpinistes dans la dernière ligne droite vers le sommet de l’Everest a fait le tour du monde.

De nombreux alpinistes font la file avant d'atteindre le sommet de l'Everest.

Un embouteillage monstre s'était créé au sommet de l'Everest tant les alpinistes étaient nombreux.

Photo : Associated Press / Nirmal Purja/@Nimsdai Project Possible

Leurs destins se sont croisés au Népal cette année-là. Ils ont depuis fait plusieurs expéditions ensemble.

Cette année, pandémie oblige, l’affluence devrait être un peu moindre sur l’Everest. Les alpinistes sont toutefois nombreux à affluer au camp de base en vue d’une ascension finale au mois de mai.

Pour ne pas que ce genre d’embouteillage se reproduise, le gouvernement népalais va installer la corde fixe un peu plus tôt dans la saison, si bien qu’il devrait y avoir plusieurs fenêtres de beau temps pour les expéditions. Les gens devraient être mieux répartis de cette façon.

La planification est primordiale, ajoute Marie-Pier Desharnais. Je sais qu’avec Nimsdai, je suis entre bonnes mains, donc je suis très optimiste.

Deux alpinistes prennent la pose au sommet d'une montagne au Népal.

Marie-Pier Desharnais et Nimsdai au sommet du mont Ama Dablam, au Népal

Photo : Marie-Pier Desharnais

Elle-même ne sait pas encore à quel moment elle s’élancera et ne veut pas dévoiler sa stratégie. D’autres femmes présentes dans l'Himalaya en ce moment convoitent le même record qu’elle.

Si je monte plus tôt, ça donne la référence à battre pour les autres, alors je vais peut-être attendre. On va voir. Ça dépendra aussi de la météo et je dois me sentir prête et forte quand je pars.

Son objectif est ambitieux. Elle le sait et l’assume. Sa feuille de route en haute montagne est relativement récente, mais elle contient des sommets prestigieux.

Elle a notamment grimpé sur le Kilimandjaro, en Tanzanie, sur l'Aconcagua, en Argentine, sur le Denali, en Alaska et aussi sur le Manaslu, au Népal, qui culmine à 8156 m.

J’ai une grande résilience personnelle et une grande endurance mentale pour réussir ce genre de défi, explique la trentenaire. Le physique va suivre le mental. Quand tu peux contrôler ça, le reste suit et tu crois tellement en toi que "sky is the limit". C’est ce qui est le plus important.

Elle croit fortement en ses chances de réussir son défi, avec oxygène, mais il faut malgré tout respecter la montagne et les autres grimpeurs qu’on y croise.

J’ai pensé à plusieurs scénarios, à ce qui pourrait mal aller. La météo pourrait m’embêter ou encore si je croise un alpiniste en détresse, ça pourrait faire dérailler mes plans parce que moralement, si j’ai la capacité d’aider quelqu’un, je vais l’aider. Je ne suis pas prête à tout pour réussir mon record. Je ne serais pas capable d’enjamber une personne en détresse.

En 2019 seulement, 12 personnes ont perdu la vie lors de l’ascension ou de la descente de l’Everest.

Un projet pour augmenter l’empreinte féminine en haute montagne

Quand la pandémie a frappé, l’hiver dernier, Marie-Pier Desharnais était au Pérou et se préparait pour se rendre au Népal grimper l’Everest.

Ce sommet faisait partie d’une liste de cinq montagnes qu’elle voulait gravir pour le projet Apex Women, une initiative personnelle pour participer activement au mouvement égalitaire des femmes, encore très minoritaires en haute montagne.

Une alpiniste marche dans la neige sur une montagne en Alaska.

Marie-Pier Desharnais, au Mont Denali en Alaska, en juin 2018

Photo : Marie-Pier Desharnais

L’Everest et le Lhotse seront ses deuxième et troisième cibles. Suivront ensuite le K2, cet été, et le mont Sidley, en Antarctique, en janvier 2022. 

Je suis souvent la seule femme dans mes expéditions, explique la Québécoise. Des fois, dans des expéditions plus commerciales, ça peut monter à 40 %, mais on est toujours minoritaires. On voit de plus en plus de femmes, mais on est encore largement minoritaires.

Être minoritaire ne l’a jamais effrayée. Elle travaille dans le milieu de la gestion des désastres où les hommes sont plus nombreux, notamment dans l’industrie pétrolière et gazière. Elle a aussi résidé plusieurs années au Qatar où la place des femmes dans la société n’est pas égalitaire.

Dans chaque sphère de ma vie, j’ai été confrontée au fait que c’était plus difficile d’avancer parce que j’étais une femme, confie Desharnais. On m’a souvent rappelé et remis en pleine face le fait que j’étais une femme. Je dois travailler plus fort et c’est injuste.

Par ses expéditions, elle veut donc inspirer les plus jeunes, notamment par des conférences.

Je me souviens d’une conférence dans une école au Qatar. Une fille est venue me voir pour me dire que son rêve était de gravir le Kilimandjaro, mais que jamais elle n’oserait demander à son père, parce que ça lui semblait inconcevable. Après la rencontre, elle est venue me voir pour dire qu’elle allait demander à son père et elle a finalement monté le Kilimandjaro.

Une alpiniste montre des drapeaux du Qatar, du Québec et du Canada dans la noirceur au sommet d'une montagne du Népal.

Marie-Pier Desharnais au sommet du Manaslu, au Népal, en septembre 2019

Photo : Marie-Pier Desharnais

Aujourd’hui, cette fille est devenue une jeune femme en voie de réaliser de grandes choses au Qatar.

Pour moi, pouvoir donner une poussée à de jeunes filles comme ça, c’est le plus cadeau que la vie peut me faire.

Le risque au cœur de sa vie

Marie-Pier Desharnais a déjà vu la mort de près. De trop près. C’est l’eau et non la montagne qui a déjà failli avoir sa peau.

Elle était à Phuket, en Thaïlande, quand le tsunami s’est déversé sur les côtes en décembre 2004. Elle a été prisonnière des eaux dans sa chambre et a cru y laisser sa peau.

C’était pire qu’un film d’action et j’ai fait des cauchemars pendant deux ans, raconte Desharnais. J’avais la poitrine comprimée par l’eau et j'étais vraiment en train de mourir, au point où je voyais les images de ma vie défiler. J’ai profité du ressac de la première vague pour sortir.

Elle admet avoir eu bien du mal à passer au travers et à s’en remettre. Elle souffrait du syndrome de culpabilité du survivant. Elle n’arrivait plus à se trouver chanceuse d’avoir survécu.

Une femme aux cheveux foncés regarde devant elle en portant un manteau avec un capuchon jaune. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marie-Pier Desharnais au Népal

Photo : Marie-Pier Desharnais

Je me disais que si je n’arrivais pas à faire quelque chose de ma vie qui en valait la peine, ça aurait été aussi bien que je crève là-bas. Ma délivrance, je l’ai eue en trouvant ma voie dans ma carrière dans la gestion des désastres. Ç'a été un vrai déclic.

Aujourd’hui, ses notions de gestion des désastres et d’évaluation des risques, surtout, la guident dans sa passion pour la haute montagne. Elle doit ironiquement lutter avec une certaine peur des hauteurs.

J’ai beaucoup travaillé là-dessus, notamment en commençant à faire de l’escalade de roche pour m’aider à avoir confiance en mes partenaires et en mon équipement, confie-t-elle. Mon plus grand défi, c’est de passer les échelles suspendues au-dessus des crevasses. Parfois, on a plusieurs échelles attachées ensemble et elles forment un U, alors c’est un peu épeurant. Je travaille là-dessus.

Mais, comme Desharnais le dit, la peur, ça se corrige et ça se modifie.

La clé est de bien évaluer les risques, de vivre le moment présent et d’avoir des plans pour se réajuster. Pour elle, l’expédition est plus riche que la simple atteinte du sommet.

Et c’est dans l’expédition que cette nomade québécoise se sent le plus en vie.

Avec la collaboration de Geneviève Tardif

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !