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Chronique

Y a-t-il d’autres Julien BriseBois dans la salle?

Julien BriseBois.

Julien BriseBois

Photo : Associated Press / Dirk Shadd

Le directeur général du Lightning de Tampa Bay, Julien BriseBois, a posé un geste fort honorable au début de la semaine en faisant un don personnel de 75 000 $ à l’équipe féminine de hockey des Carabins de l’Université de Montréal. Cet élan philanthropique lève toutefois le voile sur une situation inacceptable dont il faudra un jour finir par s’occuper.

Julien BriseBois est à la tête d’une organisation qui vient de remporter la Coupe Stanley et qui est constamment citée en exemple pour ses valeurs, la qualité de son département de recrutement et, évidemment, pour ses résultats sur la patinoire. Au sein de l’organisation du Lightning, rien n’est laissé au hasard.

Ainsi, le don que BriseBois a choisi de faire à son alma mater (il est diplômé de la Faculté de droit de l’UdeM) a été mûrement réfléchi et porte deux importants messages.

Dans un premier temps, le DG du Lightning espère que son geste incitera d’autres anciens étudiants de l’UdeM à redonner à leur université. Cette pratique, qui est fortement ancrée dans la culture des anciens étudiants des universités anglophones, est encore peu répandue chez les francophones.

L’Université de Montréal est souvent mentionnée à titre de meilleure université francophone au monde. Il faut lui permettre de bâtir à long terme. Il est important de redonner à nos universités si on veut leur permettre de rester au sommet, a-t-il mentionné.

En second lieu, le fait que BriseBois ait choisi de cibler précisément l’équipe féminine des Carabins constitue une reconnaissance totale de la qualité du programme. La grande patronne du Centre d’éducation physique et des sports de l’UdeM, Manon Simard, a d’ailleurs souligné que BriseBois avait posé beaucoup de questions avant de s’engager.

Durant la visioconférence de presse soulignant cette heureuse association, la directrice générale de l’équipe, Danièle Sauvageau, a plusieurs fois souligné à quel point cette reconnaissance est importante pour les Carabins. Et ce, même si cette formation a remporté deux championnats nationaux à ses dix premières saisons d’existence.

***

Prenons maintenant un pas de recul.

Si les Carabins ont pris la peine de souligner la générosité de Julien BriseBois, c’est parce que les programmes sportifs de l’UdeM dépendent de la philanthropie et ne roulent pas sur l’or.

Un don de 2 millions fait en 2015 par la Fondation Molson s’est avéré déterminant pour la survie des divers programmes sportifs de l’UdeM, a révélé Manon Simard. Des centaines de donateurs, parmi lesquels on retrouve les hommes d’affaires Robert Panet-Raymond et Guy Fréchette, aident aussi à porter ces programmes d’excellence à bout de bras.

Manon Simard et Danièle Sauvageau n’ont pas voulu dire à combien s’élève le budget annuel de leur équipe de hockey féminin. Mais à les entendre, il était facile de comprendre que les Carabins ne nagent pas dans l’argent.

Le montant que nous donne Julien BriseBois ne semble pas important pour la LNH. Mais pour nous, c’est la différence entre avoir un entraîneur en chef à temps complet et un à temps partiel. Ça permet d’avoir un entraîneur adjoint, a expliqué Danièle Sauvageau après avoir entendu sa patronne mentionner que les joueuses n’ont pas les meilleurs bâtons et n’ont pas le droit d’en casser plus d’un par match.

Au Québec, il y a certainement plus de 100 entraîneurs d’équipes masculines qui sont payés à temps plein pour faire leur travail. Comment se fait-il qu’une équipe comme les Carabins, qui se trouve au sommet de la pyramide du hockey féminin canadien, doive ainsi couper les huards en quatre pour offrir un encadrement de qualité à ses athlètes?

Leur situation soulève deux questions importantes :

  • Pourquoi le sport universitaire est-il aussi peu financé et valorisé au Canada?

  • Comment se fait-il que le hockey féminin universitaire canadien (un sport que nous avons pourtant inventé) tarde-t-il tant à recevoir l’aide et la reconnaissance qu’il mérite?

***

Je décortiquais récemment la liste des 47 joueuses invitées au camp d’entraînement de l’équipe nationale canadienne. Le Championnat mondial féminin sera disputé en Nouvelle-Écosse au début du mois de mai.

Sur ces 47 joueuses, deux seulement provenaient d’équipes universitaires canadiennes : Ann-Sophie Bettez et Mélodie Daoust, qui ont porté les couleurs de McGill. Et aux derniers Jeux olympiques, Daoust (proclamée joueuse par excellence du tournoi) était la seule joueuse issue d’une université basée au Canada.

Si 96 % des hockeyeuses canadiennes d’élite choisissent de s’expatrier aux États-Unis, ce n’est pas parce que les programmes universitaires y sont supérieurs. C’est simplement parce que les programmes sportifs féminins y sont mieux financés.

D’une part, la loi oblige les institutions scolaires et universitaires américaines à dépenser autant d’argent dans leurs programmes féminins que dans leurs programmes masculins. Et d’autre part, grâce aux dons de leurs anciens étudiants, les universités américaines sont assises sur des fonds de dotation gigantesques qui leur permettent d’accorder des bourses et de bien financer leurs programmes.

Le fonds de dotation de l’Université du Wisconsin, une institution très prisée par les hockeyeuses canadiennes, s’élève à quelque 3,2 milliards de dollars. Celui de Boston University, où Marie-Philip Poulin a fait ses études, se situe aux alentours de 2,3 milliards. Harvard est assise sur un fonds de dotation de plus de 38 milliards.

Cet important déséquilibre fait en sorte que les Canadiens ont perdu le contrôle sur tout un pan de leur sport national.

Les dirigeants de Hockey Canada, dont le mandat consiste à stimuler la pratique du hockey au Canada, ne semblent pas avoir de plan. Ils sont peut-être trop occupés à superviser leurs équipes masculines ou à vendre des droits de télé pour le Championnat mondial junior.

Et les gouvernements ne semblent pas intéressés à donner un coup de pouce aux programmes féminins comme celui des Carabins. L’équipe des Carabins a pourtant presque tout ce qu’il faut pour devenir une institution sportive francophone majeure, tous sports confondus.

Une entraîneuse de hockey se penche derrière le banc de son équipe pour parler à ses joueuses pendant un match.

Isabelle Leclaire est l'entraîneuse de l'équipe de hockey des Carabins de l'Université de Montréal.

Photo : Courtoisie / Carabins de l'Université de Montréal / James Hajjar

***

Les acteurs du milieu sportif universitaire québécois ne se plaignent jamais. Ils sont inventifs et parviennent à multiplier la valeur des dons qu’ils reçoivent pour encadrer leurs athlètes et faire rayonner leurs équipes le mieux possible.

Mais il reste tant à faire.

L’Université de Montréal lancera prochainement une campagne de financement dont l’objectif consistera à récolter 20 millions. La moitié de cette somme sera dirigée vers les opérations des programmes, et l’autre moitié sera consacrée à un fonds de dotation permanent.

Chaque année, ce fonds de dotation produira des dividendes qui permettront par la suite, notamment, d’embaucher des entraîneurs à temps complet et de rehausser encore plus la qualité des programmes sportifs.

Y a-t-il d’autres Julien BriseBois dans la salle? Plusieurs propriétaires d’équipes de la LNH se posent sans doute souvent la question. Les leaders des programmes sportifs de l’Université de Montréal aussi.

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